Le luxe n’est pas celui qu’on croit

Situé dans un ancien hôtel particulier proche du Sablon, à Bruxelles, cet appartement a été aménagé dans une ancienne bibliothèque en 2015. Il est à vendre au prix de 580.000 euros, hors taxes.
Situé dans un ancien hôtel particulier proche du Sablon, à Bruxelles, cet appartement a été aménagé dans une ancienne bibliothèque en 2015. Il est à vendre au prix de 580.000 euros, hors taxes. - sotheby’s.

Si une Ferrari ou un sac Vuitton traduisent immanquablement la notion de luxe, il est beaucoup moins facile de définir ce qu’il représente dans le domaine de l’immobilier. Poser la question aux agents spécialisés revient à obtenir toujours la même réponse : ce n’est pas le prix qui définit le luxe mais la localisation du bien, sa beauté, son degré de confort, ses finitions. Sans oublier le coup de cœur, crucial dans ce genre d’achat. « A Bruxelles, certains quartiers sont primordiaux, comme le Châtelain ou la place Brugmann mais aussi la zone du Canal où nous venons de vendre un très bel appartement », estime Jean-Marc Delcroix, directeur de Sotheby’s Bruxelles. « Mais le luxe c’est aussi une architecture ou un aménagement intérieur effectué par un architecte ou un décorateur connu. C’est également un bien qui a du style, pas uniquement contemporain d’ailleurs. Notre portefeuille comporte aussi des lofts et des maisons d’artistes avec des châssis en métal, des verrières et des planchers magnifiques… »

Le prix n’est donc pas le critère. Preuve en est qu’un agent immobilier peut mettre autant de temps à vendre un bien à 700.000 euros qu’un autre à 3 millions ou plus, même si la concurrence est moins forte dans ce dernier segment. La surface alors ? « Non plus, car on ne vend pas du mètre carré », tranche Jean-Marc Delcroix. « Le luxe, ça peut aussi bien être une villa de 350 m2 avec 4 chambres et piscine qu’un penthouse de 40 m2 décoré avec goût. Je pense notamment à un de nos appartements, un duplex situé au rez-de-chaussée dans le quartier du Sablon où l’on se croirait en plein Paris ! Et l’on parle ici d’un bien mis en vente à 600.000 euros, pas à un million. Bruxelles regorge d’appartements au charme fou. »

Le nom Sotheby’s évoque bien évidemment les salles de vente prestigieuses où affluent des clients fortunés. Lorsqu’elle s’est lancée dans le volet immobilier, la marque a ainsi été assimilée à des propriétés exceptionnelles vendues à des prix à sept voire huit chiffres. « Beaucoup de clients ont peur de venir nous voir car ils croient que nous n’avons que ce type de biens à leur proposer », explique-t-on à l’agence située sur l’avenue Louise. « Or, nous ne refuserons jamais un bien à 600.000 euros pour autant qu’il réponde à notre charte de qualité. »

Ces biens « meilleur marché » constituent toutefois une minorité mais celle-ci pourrait être amenée à se développer dans le futur. Sotheby’s Bruxelles possède quelque 250 biens en portefeuille dont la moyenne de prix oscille entre 2 et 3 millions d’euros (l’aiguille peut monter jusqu’à 20 millions d’euros). « Mais nous avons aussi une trentaine de biens entre 700.000 et 1,5 million, ce qui est notoire puisque nous ne développons cette activité que depuis un an. »

Autre nouveauté : Sotheby’s va créer après l’été un département réservé à l’immobilier neuf. Son futur directeur est activement recherché car vendre sur plans demande une expérience à part. « Nous sommes de plus en plus contactés par des promoteurs qui nous demandent de vendre leurs biens », explique Jean-Marc Delcroix. « Parfois comme agent exclusif, parfois pas comme c’est le cas aux Jardins de Lasne, un projet réceptionné où il reste six appartements à vendre. Dans un futur proche, nous serons présents dans beaucoup de nouvelles promotions, dont deux dans le quartier Louise où nous aurons en exclusivité 25 appartements haut de gamme. »

Dans l’immobilier de luxe, le million d’euros n’est pas la barre symbolique la plus difficile à atteindre. Elle est même à la portée de beaucoup d’acheteurs. Mais que peut-on réellement s’offrir pour une telle somme dans la capitale ? « Ce sont souvent de beaux biens, entre 400 et 600 m2, qui demandent une rénovation poussée, explique Nicolas Frings de chez Barnes International Realty Bruxelles, comme des maisons de maître à très fort potentiel, avec des hauts plafonds, de beaux parquets et de grands espaces mais où les standards comme l’électricité ou le simple vitrage ne sont plus aux normes PEB. »

Qui dit rénover, dit argent. Et là, le portefeuille peut encaisser quelques sérieux uppercuts en fonction de la qualité du confort recherchée. « On chiffre généralement la rénovation à 2.000 euros/m2  », poursuit l’agent immobilier. « Quand on achète une maison à 1 million, elle peut donc facilement monter à 1,6 ou 1,8 million après travaux… »

Si l’on prend l’ensemble des biens haut de gamme en vente à Bruxelles, où la surface moyenne d’une maison est supérieure à 350 m2, la tendance du prix de vente oscille entre 3.500 et 4.500 euros/m2. Il s’agit ici d’une moyenne car dans certains quartiers d’Uccle, d’Ixelles ou de Woluwe-Saint-Pierre, la barre des prix peut s’affoler et osciller entre 6.000 et 8.000 euros/m2. « Un autre élément à ne pas négliger est l’absence en Belgique d’une loi Carrez comme en France » (NDLR : qui analyse avec précision les surfaces), note encore Nicolas Frings. « En Belgique, on n’achète pas des mètres carrés mais ce qu’on voit. Et on se soucie moins de savoir s’il s’agit, comme dans le cas d’un home-cinema installé dans le sous-sol, d’une surface habitable ou pas. J’entends souvent dire que le marché n’est pas cher à Bruxelles mais si l’on regarde le prix net au mètre carré, Bruxelles est quand même une ville chère même si elle reste très abordable par rapport à Paris ou Londres. »

Un atout que la capitale de l’Europe possédera toujours sur ses rivales se trouve dans sa configuration qui la voit s’étendre notamment dans les deux Brabant, des zones qui en séduisent plus d’un. « Que ce soit à Rhode-Saint-Genèse, à Waterloo ou à Lasne, on trouve beaucoup de maisons autour du million d’euros, conclut Nicolas Frings. Mais c’est normal : elles sont spacieuses et sont situées sur des grands terrains, le tout à 20 minutes à peine de Bruxelles. On peut vivre à la campagne et aller manger un bout en ville en un rien de temps… »

Un luxe, encore un…

990.000 euros

Penthouse de 212 m2 aménagé par l’architecte Daphné Daskal, avec ses terrasses de 25 m2, dans le quartier Montgomery, à Etterbeek. Quatre chambres, une salle de bains et deux salles de douche. Deux emplacements parking disponibles à 40.000 euros l’unité.

1.140.000 euros

Spacieux loft-duplex de 250 m2 et 200 m2 de terrasse, situé dans un bel immeuble Art déco de la fin de l’avenue Molière, à Forest. Trois chambres au premier niveau. Au second, master bedroom, salon, salle à manger et cuisine.

885.000 euros

Appartement-duplex de 267 m2 dans une des villas du projet Les Jardins de Lasne situé dans sur un terrain de 1,5 hectare. L’escalier interne mène au deuxième étage vendu casco (sols finis) où il est possible d’aménager 3 autres chambres.

 
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