Le bloc de chanvre cartonne

Dans cet article
Dans le domaine de la construction, une des principales applications du chanvre est celle du bloc isolant.
Dans le domaine de la construction, une des principales applications du chanvre est celle du bloc isolant. - DR

Hallucinantes mais pas hallucinogènes ! Voilà comment, avec un peu de dérision, on pourrait décrire le chanvre industriel. Ce dernier n’a pas les propriétés psychotropes de sa cousine, la marijuana. Par contre, il offre une multitude de débouchés : sa fleur peut être utilisée en pharmacie, ses graines en alimentation, la peau de ses tiges en isolation, la chair de ses tiges en construction. Dans cette plante, tout ou presque peut être utilisé…

Dans le domaine de la construction, une de ses principales applications est celle du bloc isolant. Comment l’obtient-on ? Tout part de la chair des tiges. Celle-ci est séparée du reste de la plante après un premier traitement, appelé le défibrage. Le produit se présente alors sous la forme de bris de paille de 0,5 à 3 cm. C’est la chènevotte.

Lors d’une seconde transformation, cette chènevotte est mélangée avec de la chaux et de l’eau suivant un dosage précis. L’ensemble est ensuite coulé dans des moules pour procurer la forme rectangulaire et est fortement compressé. Une fois sortis de la presse, les blocs sont enfin mis à sécher à l’air libre, entre 10 et 14 semaines. C’est durant cette étape que le matériau durcit. Il est prêt à l’emploi.

Une entreprise wallonne

Basée à Fernelmont près de Namur, IsoHemp a redéfini et automatisé ce processus de fabrication. Cette société a été créée en 2012 par deux jeunes ingénieurs, Olivier Beghin et Jean-Baptiste de Mahieu. Au début, ils étaient seuls. Aujourd’hui, IsoHemp compte 25 personnes et vend ses produits en Belgique, en France et aux Pays-Bas. La sauce a vite pris. « Depuis 2012, la société est en croissance », témoigne Charlotte de Bellefroid, la responsable marketing et communication. « L’an passé, le chiffre d’affaires a augmenté de 75 %. Cette année, il pourrait progresser de 100 %… Nous bénéficions de l’intérêt des consommateurs pour les produits naturels, locaux, écologiques. »

Les avantages du bloc de chanvre sont en effet multiples. Le premier est de présenter un excellent bilan carbone. En poussant dans les champs, le chanvre capte en effet du CO2. La fabrication des blocs, elle, réclame très peu d’énergie. Aucun déchet. Aucune substance chimique incorporée. Les blocs sont recyclables à 100 %. Une fois en place dans une maison, ils procurent une très bonne isolation. « C’est le point fort de ce type de matériau », poursuit Charlotte de Bellefroid. « Contrairement aux autres blocs, le chanvre sert à la fois d’enveloppe et d’isolant. Il n’y a pas besoin d’ajouter des couches d’isolants. De plus, il permet de très bien réguler l’humidité à l’intérieur, rendant également inutile le placement de systèmes de ventilation ou de membranes pare-vapeur. »

Ce dernier avantage est très utile en rénovation. Lorsque la façade doit être préservée, il est en effet nécessaire d’isoler par l’intérieur. Or, c’est souvent là qu’apparaissent des problèmes de condensation. Respirant, le chanvre permet d’évacuer ce problème. La rénovation est donc le premier marché d’IsoHemp. Les blocs se placent alors contre les murs intérieurs et se maçonnent avec un mortier-colle à base de chaux, naturel lui aussi.

Une utilisation en construction neuve est aussi possible. Les blocs sont alors accolés à une maçonnerie classique, intercalés dans une structure porteuse (en bois, acier…) ou encore combinés avec des poteaux-poutres en béton (à ce niveau, un système, baptisé Hempro, a été mis au point par la société). Selon les chantiers, les dimensions des blocs varient, de 6 à 36 cm de longueur.

Des revers existent cependant. D’abord, les blocs de chanvre ne sont pas porteurs. Ensuite, ils coûtent plus chers. Toutefois, affirme IsoHemp, ce surcoût est gérable. « Selon nos calculs, il se limite à 2 % sur un gros-œuvre fini. Ce n’est pas excessif. D’autant moins, si on prend en compte le confort procuré, été comme hiver. »

Bientôt, une nouvelle usine

Par Jean-Christophe de Wasseige

Actuellement, IsoHemp vend 1 million de blocs de chanvre par an. Selon la société, cela équivaut à la construction ou à la rénovation d’une maison unifamiliale par jour. Comme la demande progresse constamment, la décision a été prise de dédoubler l’usine de production existante. Une seconde unité devrait sortir de terre d’ici mars 2020. Elle se situera à proximité de la première, sur le zoning de Fernelmont, le long de la E42. Cet investissement de 5 millions d’euros permettra de pousser la production jusqu’à 5 millions de blocs par an. L’unité sera « intelligente », recourant massivement aux nouvelles technologiques : capteurs, robots, cobots (bras robotisés) ou encore pilotage par logiciel de gestion intégré (ERP).

Savoir-faire wallon

Par Jean-Christophe de Wasseige

«  IsoHemp est un exemple représentatif de ce que le secteur de l’éco-construction peut devenir en Wallonie, à savoir une success-story », diagnostique Denis Vasilov, chargé de communication au cluster Eco-Construction (270 membres). « L’éco-construction wallonne se décline en cinq filières principales : bois, paille, chanvre, argile, laine. Le tout avec un haut degré de qualité, le know-how wallon se classant facilement dans le top 3 européen. Le problème, c’est que les candidats-bâtisseurs ont encore trop de préjugés – injustifiés – sur les matériaux biosourcés. Le marché reste donc limité. Sans compter un manque de soutien de la part des autorités. Pourtant le potentiel économique, social et écologique est bien présent.  »

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Didier Reynders entend suivre la position de longue date de la Belgique
: motus.

    Armes nucléaires: Reynders confirme qu’il ne confirme pas

  2. Les ministres des finances des sept plus grandes puissances (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) se sont réunis ces 17 et 18 juillet à Chantilly (France).

    G7: les Européens cèdent du terrain sur la taxe Gafa

  3. d-20190501-3TNP55 2019-05-01 18:55:26

    La Belgique, terre promise de la radio 2.0

Chroniques
  • Vous avez de ces mots: un ostracisme façon {beulemans}

    Un bruxellois mythique

    Zinnekes de tous poils, kiekefretters de toutes plumes, ne m’en veuillez pas de dire tout droit dehors ce que je pense : le parler bruxellois n’est pas une langue. Je veux dire : il n’est pas une langue reposant sur un système linguistique partagé par une communauté de locuteurs, comme le français ou le wallon. Il fait partie de ces codes mixtes, tels le camfranglais ou le francolof en Afrique, qui varient sensiblement d’un locuteur à l’autre.

    Mais qu’est-ce qu’il raconte, ce zievereir ? Pas une langue, mon bruxellois ? Qu’est-ce que moi je te cause alors ? Qu’est-ce que tu fais avec les Fables de Pitje Schramouille ? Les Flauwskes de Jef Kazak ? La Famille Kaekebroek ? Les marionnettes de Toone ? Et Le mariage de Mlle Beulemans, ça n’est pas du spek pour ton bec, peut...

    Lire la suite

  • Bruxelles: un accord rouge, vert, raisonnablement ambitieux

    Un accord de gouvernement, c’est un acte par lequel des élus s’engagent envers les citoyens, pour cinq ans. Au moment de sa rédaction, il peut être jugé à l’aune de son ambition et de ses priorités. A cet égard, le texte conclu par les six partis de la majorité bruxelloise affiche clairement les couleurs. Rouge et verte.

    La ville se fracture, entre pauvres et riches, que relient de moins en moins ces classes moyennes tentées par l’exode urbain. Les indicateurs se dégradent : le nombre d’enfants...

    Lire la suite