Artcurial: hommage à la sculpture

Carpeaux esquissa à la peinture en grisaille son « Ugolin ». Le tableau réalisa un plus de 455.000 euros. Lot 17
Carpeaux esquissa à la peinture en grisaille son « Ugolin ». Le tableau réalisa un plus de 455.000 euros. Lot 17 - Studio Sebert.

Intitulé Un hommage à la sculpture, le catalogue de la vente alignait en effet, aux côtés de quelques tableaux, des œuvres en trois dimensions principalement françaises, mais également antiques, africaines, sud-américaines et asiatiques. En tout 68 lots qui témoignent du goût raffiné et de la passion de Joseph Lafarge (né en 1886), puis de son fils Fernand.

Amiens

L’on paya plus de 3,7 millions d’euros pour cette allégorie de l’architecture datée des environs de 1600.
L’on paya plus de 3,7 millions d’euros pour cette allégorie de l’architecture datée des environs de 1600. - Studio Sebert.

Les Lafarge, père et fils, étaient aux commandes d’une fabrique familiale de parapluies fondée à la fin du XVIIIe siècle. A l’époque, l’objet est encore réservé à la haute société, mais le siècle suivant sera celui de sa démocratisation. L’entreprise est prospère et les Lafarge habitent un hôtel particulier à deux pas de la cathédrale d’Amiens. Le premier achat de Joseph remonterait à 1915, suivi de bien d’autres acquisitions. A sa mort en 1962, une partie de ses collections seront dispersées, mais son fils reprendra le flambeau avec autant d’intensité.

Décédé en 2013 à l’âge de 92 ans, Fernand Lafarge rassembla donc pendant des décennies cet ensemble qui suscita un très grand intérêt de la part des collectionneurs d’aujourd’hui puisque le produit total de la vente s’élève à un peu plus de 6,2 millions d’euros, bien au-delà de ce qui était espéré.

Moyen âge

L’une des pièces majeures de la vacation était une huile sur panneau datant de la seconde moitié du XVe siècle et probablement exécutée par un artiste picard ou bourguignon. Elle représentait la Résurrection de Lazare avec un donateur. Estimée entre 300.000 et 500.000 euros, elle changea de mains contre 381.000 euros. Mais la surprise vint surtout des 110.500 euros acquittés pour un relief en bois de noyer représentant l’arrestation du Christ, un travail du nord de la France probablement de la seconde moitié du XIVe siècle. La sculpture était préalablement estimée entre 15.000 et 20.000 euros.

Cette « Résurrection de Lazare avec un donateur », une peinture du XV
e
 siècle, fut acquise contre 381.000 euros.
Cette « Résurrection de Lazare avec un donateur », une peinture du XV e siècle, fut acquise contre 381.000 euros. - Studio Sebert.

Haute Époque

Une allégorie de l’architecture, un bronze catalogué comme exécuté à Florence vers 1600 d’après Giambologna et prisé entre 30.000 et 50.000 euros, fut le sujet d’une bataille d’enchères livrée sans doute par de grands collectionneurs contre de grands marchands. Verdict : plus de 3,7 millions d’euros, soit le meilleur prix de toute la session ! Fernand Lafarge l’avait acquis en octobre 1962.

Carpeaux

Ce chef-modèle du célèbre « Ugolin » de Carpeaux fut payé 343.800 euros.
Ce chef-modèle du célèbre « Ugolin » de Carpeaux fut payé 343.800 euros. - Studio Sebert.

Pas moins de sept œuvres de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) étaient proposées. Parmi celles-ci, deux retenaient particulièrement l’attention. La première était le chef-modèle d’une des pièces maîtresses de l’artiste, Ugolin. Terminé à Rome en 1861, ce groupe connut une très grande renommée et l’exemplaire mis en vente chez Artcurial ne pouvait que séduire les amateurs de l’artiste. L’estimation de 100 à 150.000 euros a donc été dépassée et la sculpture fut payée 343.800 euros. Moins cher cependant qu’une peinture en grisaille esquissant le même sujet et qui avait été acquise en 1913 par Joseph Lafarge. L’on en offrit 455.400 euros, soit plus de dix fois son estimation basse ! Enfin, toujours par Carpeaux, un Christ en croix en bronze, également un chef-modèle, partit contre 48.100 euros, sur la base d’une estimation de 8 à 12.000 euros… Il est rassurant pour le marché de la sculpture du XIXe siècle que des amateurs comprennent encore l’intérêt de ces œuvres moins regardées aujourd’hui par le grand public. Certes, il s’agit d’exemplaires de référence, mais les prix sont là pour témoigner de l’engouement suscité.

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