«Une humiliation nationale»: la presse britannique unanime après le report du Brexit

«Une humiliation nationale»: la presse britannique unanime après le report du Brexit

Les dirigeants européens et Theresa May sont tombés d’accord dans la nuit de mercredi à jeudi pour un report du Brexit pouvant aller jusqu’au 31 octobre, écartant provisoirement le spectre d’une séparation brutale, à l’issue d’un sommet tendu à Bruxelles. Le compromis est intervenu à la veille du 12 avril, la date butoir pour le retrait britannique décidée au cours d’un précédent sommet, et qui risquait de devenir celle d’un divorce sans accord après plus de 40 ans d’une union tourmentée.

Si la date fixée à Halloween a beaucoup fait rire les internautes, ce n’est pas le cas des journaux britanniques, qui semblent perdre espoir. Le sentiment général est résumé par le journal Metro, qui avance que, « vu de l’espace », le Brexit doit probablement ressembler à un trou noir, dont la première image a été dévoilée ce mercredi.

Pour le Guardian, ce n’est pas ce report qui permettra de mettre à l’impasse dans laquelle se trouve le Brexit. « L’humiliation de mercredi soir, lorsque 27 autres pays ont décidé de notre destin – un avant-goût du modèle norvégien ou du marché commun 2.0 où les décisions sont prises pour le Royaume-Uni sans notre présence – expose les mensonges des pro-Brexit et l’impossibilité d’avoir une position forte et stable en dehors de l’Union européenne. L’Histoire se souviendra que les Britanniques ne se sont rendu compte du pouvoir qu’ils avaient au sein de l’Europe que lorsqu’ils l’ont perdu », écrit même le quotidien. L’humiliation était aussi celle de Theresa May mais le journal note que la Première ministre ne semble pas connaître ce qu’est la honte.

The Telegraph est du même avis et titre « Une humiliation nationale : jamais autant d’embarras n’a été causé à autant de gens par si peur d’autres ». Le quotidien blâme le président français Emmanuel Macron, « qui a hanté » les dirigeants de l’Union européenne pour fixer « l’heure fatale du Brexit ». « Une nuit meurtrière à Bruxelles », en somme. The Mail y voit même une « vengeance » de la part de Macron, qui « a retourné le couteau dans la plaie ». Pour le journal, il s’agit même de « l’un des épisodes les plus humiliants » de l’histoire britannique.

The Times va même plus loin et estime que l’humiliation subie par le Royaume-Uni lors de la crise du canal de Suez est à peine comparable à la honte infligée aux Britanniques lors du sommet européen.

Le Daily Mail trouve la date du report particulièrement bien choisie et titre « le Halloween d’horreur de May ». Un thème repris par The Mirror, pour qui le « cauchemar » continue. The Sun semble même avoir perdu tout espoir : « Va-t-on un jour partir ? »

Le Brexit est dans l’impasse, tous sont d’accord sur le sujet. Et maintenant, alors ? Quelles solutions sont envisagées ? Pour le Guardian, inutile de se faire des illusions, les Britanniques devront voter. « La réalité est qu’il n’y a pas de majorité parlementaire pour tout résultat du Brexit – du no deal à toutes les variantes d’un accord sur le Brexit, jusqu’à la révocation de l’article 50. Même si la Première ministre tente un autre vote, elle ne réussira pas. Malgré tout, May refuse de partir. (…) Un nouveau chef conservateur n’apporterait pas non plus une nouvelle solution à la crise. Que ce soit maintenant ou dans quelques mois : renvoyer la question du Brexit à la population pour un second référendum, ou organiser des élections générales pour réunir un parlement capable de prendre une décision ».

Deux options également envisagées par le Daily Mail, qui estime néanmoins qu’un nouveau référendum semble écarté, pour l’instant.

The Times est moins tranché sur la question mais le Royaume-Uni ne pourra pas avancer « tant que Theresa May restera Première ministre ». The Sun estime que ce sommet européen n’est que « la confirmation finale » de l’échec de Theresa May, qui doit désormais accepter que « le jeu touche à sa fin ». C’est le cas également du Telegraph, qui préconise un changement de leader.

 
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