Assange va s’opposer à la demande d’extradition américaine

Assange va s’opposer à la demande d’extradition américaine

L’avocat de Julian Assange a annoncé jeudi qu’il s’opposerait à la demande d’extradition américaine son client.

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été reconnu coupable jeudi par la justice britannique d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire, quelques heures après son arrestation par la police dans l’ambassade d’Equateur à Londres où il était réfugié depuis près de sept ans.

L’Australien de 47 ans a été arrêté en vertu d’une demande d’extradition américaine pour «piratage informatique», qui sera examinée au cours d’une prochaine audience le 2 mai, et d’un mandat délivré en juin 2021 par la justice britannique pour non présentation au tribunal, un délit passible d’un an de prison.

Julian Assange s’était réfugié en 2012 dans l’ambassade d’Equateur pour éviter d’être extradé vers la Suède, où il était accusé de viol, un dossier depuis classé.

Jeudi vers 13H15 GMT, il est entré dans une salle d’audience du tribunal de Westminster, à Londres, en esquissant un salut, pouce levé, en direction de la presse, avant de commencer à se plonger dans un livre sur la «Sécurité d’Etat nationale», a constaté un journaliste de l’AFP. Quelques heures auparavant, il avait été extrait de l’ambassade équatorienne par six policiers habillés en civil jusqu’à un fourgon de police, apparaissant vieilli et affaibli, cheveux blancs et barbe hirsute, selon une vidéo réalisée par l’agence Ruptly TV.

La juge Emma Arbuthnot a estimé que Julian Assange était «un narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt» et l’a déclaré coupable. la sentence sera rendue à une date ultérieure non précisée.

Se pose à présent la question d’une éventuelle extradition de l’Australien vers les Etats-Unis, où il est inculpé d’association de malfaiteurs en vue de commettre un «piratage informatique», a révélé le ministère américain de la Justice. Cette peine est passible d’une peine maximum de cinq ans de prison, précise le ministère dans un communiqué.

La justice britannique «va devoir se prononcer sur ce qui semble être des efforts sans précédent des Etats-Unis en vue d’obtenir l’extradition d’un journaliste étranger afin qu’il soit inculpé pour avoir publié des informations véridiques», a déclaré l’avocat de M. Assange, Barry Pollack, dans un communiqué diffusé sur le compte Twitter de WikiLeaks.

«Décision souveraine»

Son arrestation a provoqué un branle-bas de combat chez ses soutiens qui ont dénoncé la décision «illégale» de l’Equateur et les conditions de cette arrestation.

Sur Twitter, WikiLeaks a reproché à ce pays sud-américain d’avoir «illégalement mis fin à l’asile politique accordé à Julian Assange, en violation du droit international» et d’avoir «invité» la police britannique dans l’enceinte de l’ambassade.

Moscou, qui a exprimé à plusieurs reprises sa sympathie pour le fondateur de Wikileaks, a accusé Londres d’«étrangler la liberté», tandis que l’ex-président équatorien Rafael Correa a qualifié son successeur Lenin Moreno de «traître».

Des critiques jugées «totalement infondées» par le secrétaire d’Etat britannique pour l’Europe et les Amériques, Alan Duncan. «Ses droits n’ont pas été violés. Nous avons tout fait correctement dans le respect du droit international et en coopération avec le gouvernement de l’Équateur.», a-t-il dit à l’AFP.

Le président équatorien Lenin Moreno a défendu sur Twitter le retrait de l’asile accordé à Julian Assange, une décision présentée comme «souveraine» et prise «après ses violations répétées des conventions internationales et des protocoles de la vie quotidienne». La nationalité équatorienne, qui avait été accordée à M. Assange en 2017, lui a aussi été retirée.

«Il n’a respecté aucune de ses obligations et cela a obligé l’Equateur à mettre en vigueur en octobre dernier un protocole spécial sur la cohabitation dans une ambassade (...), il a continué à enfreindre ce protocole.», a déclaré à l’AFP l’ambassadeur d’Equateur à Londres Jaime Marchan.

L’ex-président équatorien qualifie son successeur de « traître »

«Pas un héros»

Tandis que les soutiens du fondateur de WikiLeaks le voient en héraut de la liberté, pour le gouvernement britannique c’est un justiciable comme les autres. «Personne n’est au-dessus des lois» a déclaré la Première ministre Theresa May au Parlement tandis que le chef de la diplomatie Jeremy Hunt a jugé dans un communiqué que Julian Assange n’était «pas un héros».

M. Moreno a dit avoir obtenu «par écrit» de Londres la garantie que l’Australien ne serait pas extradé vers un pays où il risque la peine de mort.

Mais la rapporteure de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a déclaré à l’AFP qu’en l’expulsant de l’ambassade, l’Equateur fait courir à M. Assange «un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux».

En Suède, l’accusatrice de M. Assange compte demander la réouverture de l’enquête, a déclaré jeudi son avocate à l’AFP. «Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l’enquête suédoise et qu’Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol», a dit Me Elisabeth Massi Fritz à l’AFP.

Julian Assange a fondé en 2006 WikiLeaks, qui s’est fait connaître trois ans plus tard avec la diffusion de centaines de milliers de messages de bipeurs envoyés aux Etats-Unis le 11 septembre 2001.

 
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