Incendie à Notre-Dame de Paris: des «vulnérabilités» ont été identifiées dans la structure

Les images d’immenses flammes rouges engloutissant la flèche collent toujours à la rétine et Paris se réveille groggy. Quelques heures après la fin de l’incendie qui a ravagé une partie de la cathédrale de Notre-Dame, l’heure est aux questions, toujours nombreuses. Comment s’est déclaré l’incendie ? Que nous apprennent les premiers balbutiements de l’enquête ? Comment et avec quels moyens reconstruire le joyau parisien que le monde entier est venu à chérir ? Premières pistes d’explications.

1. Les dégâts

Le bilan est lourd : 1.000 mètres carrés de toiture partis en fumée. La charpente et l’emblématique flèche détruites. L’impressionnante charpente en chêne surnommée la « forêt » n’est plus. Les mensurations de l’ossature étaient impressionnantes : 110 mètres de long, 13 mètres de large et 10 mètres de haut, achevée au début du XIIIe siècle, et dont certains éléments dataient du VIIIe siècle. L’immense toiture en plomb a elle aussi été avalée par l’incendie. La flèche, perchée à 93 mètres de haut, n’a pas pu être atteinte par les lances à eau des quelque 400 pompiers mobilisés et s’est effondrée vers 20 heures. Au sommet de la flèche trônait une sculpture de coq qui abritait des reliques considérées comme sacrées par les catholiques : une partie de la couronne d’épines, une relique de Saint-Denis et une autre de Sainte-Geneviève. Elles ont toutes les trois disparues dans l’incendie. Le beffroi nord qui surplombe le parvis et la grande rosace, ont échappé au pire. Mais le sort des grandes orgues de la cathédrale du maître-autel et des vitraux reste très incertain.

En milieu de matinée ce mardi, les pompiers de Paris ont détaillé le travail de la nuit : «  Toute la nuit le travail a été de surveiller les foyers résiduels. Jusqu’à ce matin le travail était de préserver les deux beffrois nord et sud pour être sûr que les tours ne s’effondrent pas », a expliqué dans un premier temps le lieutenant-colonel Gabriel Plus. Les pompiers étaient donc toujours à l’œuvre ce mardi matin pour surveiller les structures et éteindre les foyers résiduels : « Mais l’ensemble du feu est éteint. La phase est désormais à l’expertise. L’ensemble de l’édifice va être analysé », a précisé le porte-parole des pompiers.

Le secrétaire d’Etat français à l’Intérieur Laurent Nuñez a communiqué mardi en milieu de journée que des «points de vulnérabilité» ont été identifiés dans la structure de la cathédrale Notre-Dame de Paris, notamment au niveau de la voûte, dont une partie s’est effondrée dans l’important incendie qui a ravagé le lieu durant la nuit. Il y a aussi des inquiétudes sur «un pignon du transept nord», ce qui a entrainé l’évacuation de 5 bâtiments proches pour 48h, des immeubles d’habitation de la rue du Cloître. Malgré cela, «globalement, la structure tient bon», a-t-il ajouté.

La structure de la cathédrale est sauvée mais la situation reste « précaire », a annoncé Franck Riester, ministre de la Culture : « Tout cela est très fragile et c’est tellement construit avec beaucoup de finesse que dès qu’il y a une partie qui s’effondre, ça risque de perturber l’intégralité de la construction ».

La plupart des trésors de la cathédrale ont pu être sauvés, notamment la tunique de Saint-Louis et la couronne d’épine, un morceau de la Croix et un clou de la Passion qui sont stockées, pour l’instant, à l’Hôtel de ville de Paris. « Nous avons travaillé, hier soir, avec le ministère de la Culture sur les œuvres qui pouvaient être sauvées, a détaillé la bourgmestre de Paris Anne Hidalgo sur France Inter. Une vraie chaîne humaine s’est levée, et voir la mobilisation des agents de la Ville si tard dans la nuit était très émouvant ». Le ministre de la Culture Franck Riester a précisé qu’une grande partie du Trésor de la cathédrale sera «mis en sécurité au Louvre aujourd’hui et demain».

Une grande partie des tableaux a été évacuée : certains ont été transportés à la mairie de Paris dans la salle Saint-Jean, a confirmé Anne Hidalgo.

2. L’enquête

« Longue, complexe, technique ». Le ton est donné par la brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire qui a été chargée des investigations. Une enquête de longue haleine donc, dont la complexité ne fait plus l’ombre d’un doute pour les enquêteurs, pour plusieurs raisons. La plus évidente étant que les enquêteurs n’ont pas encore pu procéder à ce stade aux premières constatations sur place, la structure du bâtiment étant trop précaire pour le moment.

Ce que l’on sait pour le moment de source sûre est que la piste criminelle est a priori écartée. «  La piste accidentelle est privilégiée, rien ne va dans le sens d’un acte volontaire », a déclaré le procureur de Paris aux alentours de midi. « Cinq entreprises intervenaient sur le site. Dès aujourd’hui, ont débuté des auditions d’ouvriers d’employés de ces entreprises ». «Ils sont une quinzaine à être intervenus, à avoir été présents hier», a précisé Rémy Heitz devant Notre-Dame, ajoutant que la direction de la police judiciaire mobilisait près de 50 enquêteurs sur cette enquête.

Le procureur de Paris a ajouté qu’une «première alerte» avait été donnée à 18h20, mais qu’aucun départ de feu n’avait alors été constaté. «Il y a eu une deuxième alerte à 18h43 et un départ de feu a été constaté au niveau de la charpente. Entre temps, l’église avait été évacuée».

L’enquête a été ouverte du chef de « destruction involontaire par incendie », a précisé dans la soirée de lundi le parquet de Paris. La piste d’un départ de feu accidentel depuis le chantier en cours sur le toit de la cathédrale « retient l’attention des enquêteurs en l’état des investigations », a précisé une source proche du dossier. L’enquête a été confiée à la Direction régionale de la police judiciaire (DPRJ).

Les enquêteurs ont commencé dans la nuit de lundi à mardi à recueillir les témoignages des personnes qui travaillaient sur le chantier de Notre-Dame.

L’enquête devrait « marier des éléments policiers et des éléments techniques, avec des expertises qui vont être missionnées », rapporte une source policière à nos confrères du Monde, qui parle déjà d’une affaire « hors norme ».

Le feu, apparemment d’origine accidentelle, a pris dans les combles de l’édifice peu avant 19 heures. Il semble être parti au niveau d’échafaudages installés sur le toit de l’édifice, en travaux depuis plusieurs mois.

Un important dispositif de secours a été rapidement mis en place pour tenter de circonscrire au plus vite le feu, à savoir entre 400 et 500 pompiers avec 18 lances à incendie, certains juchés sur des bras mécaniques à des dizaines de mètres de hauteur.

Un largage d’eau par avion a été exclu, risquant d’entraîner l’effondrement de l’intégralité de la structure.

Les deux tiers de la toiture étaient en proie aux flammes et la flèche de la cathédrale, l’un des symboles de Paris avec ses 93 mètres de hauteur, s’est effondrée. Mais les deux tours de Notre-Dame et la structure de l’édifice religieux ont été préservés.

3. Les coûts

« Nous rebâtirons Notre-Dame ». Dans une allocution prononcée dans la nuit de lundi à mardi, Emmanuel Macron a annoncé qu’il s’engageait à reconstruire le joyau du patrimoine français, ainsi que le lancement d’une souscription nationale. Des dons pour la rénovation de la cathédrale ont déjà été annoncés, comme celui de 100 millions d’euros de François Pinault et celui de 200 millions d’euros de la famille Arnault. Franck Riester, a, par ailleurs, annoncé que l’État assurerait « sa part de responsabilité » pour reconstruire Notre-Dame de Paris.

«  Je proposerai qu’on puisse tenir une conférence internationale des donateurs, annonce, quant à elle, Anne Hidalgo. Nous devons lever les fonds nécessaires à la restauration de ce lieu extraordinaire, où résonne l’âme de Paris. Le fonds de dotation pour le patrimoine, créé à Paris en 2014, sera mobilisé et la Ville mettra une partie de sa contribution à l’œuvre de la restauration.  » Sur France Inter, Patrick Chauvet, recteur-archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame de Paris a tenté une évaluation : « On avait évalué pour les travaux de la flèche et les arcs-boutants 150 millions d’euros. Mais là ça sera beaucoup plus, il y a la charpente, la toiture et toutes les voûtes. »

Une question subsiste : qui assure Notre-Dame ? Qui assure le chantier ? Anne Hidalgo a apporté de premiers éléments de réponse ce mardi matin au micro de France Inter : « La Fédération des assurances nous a appelés pour nous dire qu’ils se mettaient à disposition pour pouvoir évaluer ce que les assurances pourraient amorcer. À Paris, nous avons un plan église depuis 2014, un budget municipal de 80 millions d’euros qui est aujourd’hui mobilisé pour beaucoup de ces églises comme celle de la Madeleine. » Dans la foulée, la maire de Paris Anne Hidalgo a annoncé à une contribution à hauteur de 50 millions d’euros de la Ville.

« Le chantier était assuré par l’Etat, a précisé Patrick Chauvet. L’Etat était le maître d’ouvrage. Nous, l’église, la cathédrale est assurée pour tout ce qui est à l’intérieur, sonorisation, le mobilier… c’est l’Eglise qui assure »

 
 
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