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Reconstruire Notre-Dame: «Il faudra probablement compter une vingtaine d’années», selon les experts

Emmanuel Macron pense que la cathédrale peut être reconstruite en cinq années. Les experts ne sont pas de cet avis.

Temps de lecture: 4 min

Sauvée des flammes, Notre-Dame de Paris devra être reconstruite d’ici à cinq ans, a martelé Emmanuel Macron. « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d’ici cinq années », a dit le chef de l’État au cours d’une allocution télévisée de moins de six minutes mardi soir à l’Elysée.

Lundi soir, après avoir annulé une allocution où il devait annoncer ses mesures pour répondre à la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron avait déjà promis de « rebâtir » Notre-Dame, monument historique le plus visité en Europe, en lançant une grande souscription nationale.

Emmanuel Macron se serait-il emballé en annonçant une reconstruction dans les 5 années à venir ?

« Une vingtaine d’années »

« Il faudra probablement compter une vingtaine d’années de chantier », estime Bertrand Evrard, l’architecte belge qui suit depuis bientôt quinze ans le chantier de la restauration de la cathédrale de Tournai. « Paris va devoir commencer par démonter les échafaudages qui ont fondu sur la cathédrale, avant d’étayer les structures de l’édifice et, surtout, celle du chœur gothique. Là, on est dans la dentelle de pierre, dans un équilibre délicat d’arcs-boutants qui étaient en tension, en mouvement avec les voûtes et la charpente… La réhabilitation sera extrêmement délicate et très longue à supporter pour la ville comme pour ses habitants. »

Refaire à l’identique ?

L’architecte belge Francis Mezger qui a notamment travaillé sur la restauration de l’église royale de Laeken et du Palais de justice de Bruxelles va dans le même sens. Il rappelle l’importance de ne pas œuvrer dans la précipitation lorsqu’on entreprend la rénovation d’un monument sinistré.

« On est toujours incompétent quand on commence un travail de restauration. La première partie consiste à comprendre l’édifice et à s’entourer des meilleurs artisans pour mettre en place des techniques de restauration. Pour Notre-Dame de Paris, il y a d’abord un travail de documentation à faire : trouver des photos anciennes, les documents laissés par Viollet-Le Duc, les plans existants. La deuxième étape consiste en des relevés dimensionnels. Puis à des fouilles archéologiques. Les éléments au sol qui ont chuté peuvent être de première importance. On cherche l’information dans ce qui s’est écroulé. Enfin on procède à un relevé de pathologie pour connaître l’état réel de l’édifice après le traumatisme qu’il a connu. Certaines pierres qui ont l’air saines ont probablement explosé en profondeur et fragilisé la structure. Il faut voir aussi les dégâts causés par le feu et l’eau aux décors. Une fois ce diagnostic fait, on doit mettre en place une philosophie de restauration. On ne va pas redétruire une forêt pour trouver des chênes et les laisser sécher pendant des années. Il faut accepter qu’il y ait de toute façon une perte. Des éléments sont impossibles à reconstituer, les copier n’a pas d’intérêt. La question va se poser notamment pour la flèche de Viollet-le-Duc : est-ce qu’on va restaurer une flèche qui n’est pas gothique et date de la restauration du bâtiment ? »

Autre souci : le manque d’artisans

Le manque d’artisans qualifiés et le débat sur les modalités de la reconstruction de Notre-Dame de Paris devraient être les principaux écueils de ce chantier colossal, estime un architecte ayant participé à la restauration du château de Windsor.

« Trouver suffisamment d’artisans capables de travailler la pierre, le bois, le plomb, le verre (…) est un défi pour le secteur dans toute l’Europe », déclare de son côté Francis Maude, directeur du cabinet d’architectes Donald Insall Associates, basé à Londres.

« D’autres très grands projets sont confrontés aux mêmes difficultés, comme le Palais de Westminster, sur lequel nous travaillons ici à Londres », souligne-t-il.

Cette pénurie « pourrait être l’élément clé qui déterminera le rythme et peut-être certaines des décisions qui seront prises au cours du processus de restauration » de Notre-Dame, ajoute l’architecte, dont le cabinet avait été sollicité pour travailler sur la restauration du château de Windsor.

Datant du XIe siècle, la résidence favorite de la reine Elizabeth II avait été dévastée par un incendie en 1992, avant de retrouver une nouvelle jeunesse, moyennant une facture de 36,5 millions de livres et deux ans de travaux, achevés en 1997.

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7 Commentaires

  • Posté par Van Obberghen Paul, mercredi 17 avril 2019, 12:01

    Il est question de pénurie des métiers nécessaires à la reconstruction de la Cathédrale, même au niveau européen (et donc mondial). Cette catastrophe aura sans doute comme vertu de susciter des vocations pour des métiers sans aucun doute forts gratifiants.

  • Posté par Van Obberghen Paul, mercredi 17 avril 2019, 11:58

    Quand Emmanuel Macron annonce 5 ans pour sa restauration, c'est de toutes évidences très optimistes. Il n'est pas exclu qu'il soit à nouveau possible de visiter la cathédrale dans les 5 ans mais elle restera certainement en travaux beaucoup plus longtemps que cela, quelques soient les moyens financiers qu'on y consacrera. Quoi qu'il en soit, c'est bien l'occasion d'associer tout ce qui se fait de créatif en France, et possiblement en Europe et dans le monde, pour recréer la cathédrale, non pas à l'identique, ce qui serait du reste impossible en ce qui concerne les bois de la charpente. En particulier, la flèche qui n'est de toutes manières pas d'origine et d'un intérêt mineur, pourrait faire l'objet d'un geste architectural audacieux et moderne, tout en respectant l'âme et la destination du lieu.

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