Manifestation des gilets jaunes: «On vaut bien une cathédrale»

Après plus de cinq mois de mobilisation, des milliers de gilets jaunes sont redescendus dans la rue samedi pour un acte XXII marqué par un regain de tension à Paris avant les réponses d’Emmanuel Macron au grand débat, attendues jeudi.

Selon le ministère de l’Intérieur, le nombre de manifestants a reculé sur l’ensemble du pays (27.900 contre 31.100 la semaine précédente) mais a quasiment doublé dans la capitale (9.000). Selon leurs estimations, les gilets jaunes ont comptabilisé plus de 100.000 manifestants en France.

Plusieurs magasins vandalisés

À Paris, les premières échauffourées ont éclaté en début d’après-midi près de Bastille, avant de se concentrer sur la place de la République, point d’arrivée du cortège.

Pendant l’après-midi, la place a été régulièrement plongée dans un nuage de gaz lacrymogènes tandis que des manifestants jetaient bouteilles et autres projectiles en direction des forces de l’ordre. Plusieurs enseignes ont été vandalisées.

Amplifiant le climat de tension, certains manifestants ont crié « Suicidez-vous, suicidez-vous » aux forces de l’ordre, alors que la police est touchée par une vague de suicides sans précédent. « Honte à ceux qui se sont livrés à une telle ignominie », a twitté le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Après plusieurs heures de face-à-face tendu, le rassemblement se dispersait lentement vers 19h sur la place de la République où la circulation automobile avait repris.

La police a procédé à Paris à 227 interpellations et à plus de 20.500 contrôles préventifs, selon la préfecture.

À 19h, 178 personnes avaient été placées en garde à vue dans la capitale, dont six mineurs, selon le parquet.

La version du ministre de l’Intérieur vs la mairie de Paris

Malgré les craintes des autorités qui avaient déployé 60.000 policiers et gendarmes dans le pays, les heurts ont été sans commune mesure avec ceux du premier « ultimatum » du samedi 16 mars, pendant lesquels les Champs-Elysées avaient été saccagés.

« Malgré la volonté de certains manifestants de casser à nouveau (…), le travail des forces de l’ordre et leur professionnalisme ont permis de protéger les biens et les personnes », a salué M. Castaner dans un communiqué.

Une vision toutefois contestée par la mairie de Paris dont le premier adjoint Emmanuel Grégoire a dénoncé des dégâts « très importants » et critiqué un dispositif de sécurité « pas satisfaisant ».

Notre-Dame au cœur des tensions

La méfiance était palpable à quelques jours des mesures que le chef de l’État doit dévoiler et dont il avait dû différer l’annonce en raison de l’incendie à Notre-Dame.

L’incendie à Notre-Dame lundi soir était de fait dans les esprits, notamment les centaines de millions d’euros promis pour reconstruire la cathédrale.

« C’est une bonne chose cet argent pour Notre-Dame mais quand on voit ce qu’on peut débloquer en quelques heures… », résumait Jean-François Mougey, retraité de la SNCF venu de Mulhouse.

« J’aime beaucoup Notre-Dame, je suis catholique, mais le plus grand des patrimoines ce sont la main et la tête qui travaillent », insistait Jean-Marie, professeur à la retraite venu d’Auxerre.

« On vaut bien une cathédrale », proclamait également une pancarte de « gilet jaune » à Montpellier, théâtre d’échauffourées et mobilisée samedi comme d’autres villes.

À Bordeaux, place forte du mouvement, quelque 1.500 gilets jaunes ont défilé dans le calme, canalisés par les forces de police.

À Toulouse, des milliers de personnes ont marché dans le centre de la ville, théâtre en fin d’après-midi d’échauffourées. « J’ai la trouille mais ça ne va pas m’empêcher de venir », assurait Claudine Sarradet, retraitée de l’Éducation nationale.

À Marseille, les gilets jaune étaient un petit millier au départ de la manifestation sur le Vieux-Port.

 
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