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Le MR veut casser le décret inscription

Le MR pose ses conditions à son éventuelle participation à une majorité en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le parti libéral veut abroger le décret « inscription » et laisser le dernier mot aux directeurs d’école.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Le Mouvement réformateur (MR) briguerait-il le prochain ministère de l’Enseignement ? Si Charles Michel, aux côtés de Françoise Schepmans, la première échevine de Molenbeek, députée fédérale et tête de liste du parti pour les régionales, dit ne pas vouloir « chercher le prochain titre en Une du journal », le Conseil du MR de ce mardi était exclusivement consacré à l’enseignement. « Nous ne parlons pas de fonctions ou de projets individuels, avance-t-il toutefois. Une chose est certaine : si nous nous asseyons à une table de négociations en lien avec l’enseignement, nous allons être terriblement exigeants. » Sans vouloir porter la « cinquante-deux millième réforme de l’enseignement technocratique ou administrative », le parti libéral souhaite « remettre de l’oxygène » dans le milieu scolaire.

Globalement, le parti redoute que, dans le cadre du Pacte d’excellence, des éléments aillent à contre-courant de l’autonomie des écoles, ligne directrice du projet du parti en la matière. « Nous voulons construire un projet pour l’enseignement qui mise sur la confiance dans les acteurs de l’école et les équipes pédagogiques pour faire leur métier. »

Un objectif que le parti veut défendre dans cinquante propositions « pour un enseignement exigeant » dans l’espoir que les élections de mai prochain « permettront de changer de cap et de réintroduire le principe d’autonomie pédagogique de l’école ». Invoquant le dernier ministre libéral de l’éducation, Pierre Hazette, Charles Michel avance un « programme » prônant principe d’autonomie et liberté des écoles. Voici les grands points soulevés.

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Le décret inscription

Le parti souhaite supprimer le décret actuel et le remplacer par un mécanisme de sélection en deux temps. La première phase attribuerait d’abord les places aux enfants dits « prioritaires ». Il s’agirait notamment de ceux qui ont déjà un frère ou une sœur dans l’établissement convoité, des enfants d’enseignants qui y sont rattachés, ou en fonction d’une série de priorités qui seraient préalablement annoncées (les enfants à haut potentiel auraient ainsi l’avantage dans les écoles ayant développé un projet pédagogique spécifique pour ce type d’élèves, par exemple). La seconde phase viserait, elle, les enfants « non prioritaires », soit la majorité des candidats. Ici, le MR entend maintenir le formulaire unique d’inscription (FUI) prévu par le décret actuel, avec le maintien d’une date unique de remise des formulaires, mais en abandonnant les différents critères de proximité géographique et socio-économiques prévus dans la procédure actuelle. Pour les écoles où la demande de places excéderait l’offre disponible, il reviendrait alors aux directeurs d’école, dans l’esprit d’autonomie de gestion qui leur serait accordé, de choisir eux-mêmes les élèves qu’ils inscriront, notamment en fonction des choix pédagogiques exprimés par les parents.

Une proposition « interpellante » pour le cabinet de l’actuelle ministre de l’Enseignement, Marie-Martine Schyns (CDH). « Outre l’augmentation des documents administratifs pour les directions (il faudra des attestations de refus motivées), comment vont-ils pouvoir créer une base objective et non discriminatoire pour sélectionner entre deux familles qui auront toutes les deux dit qu’elles adhèrent au projet pédagogique de l’école ? »

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Le décret titres et fonctions

L’autre point d’urgence que les réformateurs mettront à l’agenda s’ils sont appelés à la table des négociations gouvernementales porte sur le décret titres et fonctions, que les réformateurs entendent « revoir ». Adoptée en 2014 par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles – avec l’appui de l’opposition MR à l’époque –, cette réforme a suscité beaucoup de remous dans les écoles depuis son entrée en application en septembre 2016.

Les titres, soit les diplômes, requis pour enseigner sont devenus bien plus précis qu’auparavant, ce qui a rendu les recrutements plus complexes, aggravant selon les réformateurs la pénurie actuelle de profs dans certaines classes. « Cela a révélé plutôt que renforcé la pénurie, oppose le cabinet de la ministre. Si on ne veut pas revivre dans trente ans la problématique de l’adéquation entre le diplôme et la fonction, il faut un travail continu de conservation de ces principes de priorisation des diplômes requis. Mais nous sommes ouverts au dialogue et aux assouplissements futurs si nécessaire : pour preuve, la ministre a à plusieurs reprises repris le dialogue politique sur le sujet. Mais sans perdre la philosophie d’avoir d’abord en classe la personne la mieux titrée. »

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Le tronc commun

Sur le principe, le MR n’est pas opposé à un tronc commun, mais jusqu’en deuxième secondaire seulement, alors que le Pacte d’excellence le porte à la troisième secondaire. « Nous voulons rouvrir le débat sur le contenu du tronc commun, avance Charles Michel. Son allongement accroît le risque de décrochage scolaire de la part de ceux qui n’aspirent qu’à rejoindre l’enseignement technique. »

« Nous avons le temps de mesurer les effets positifs du tronc commun, rappelle le cabinet de Marie-Martine Schyns. Une évaluation est prévue, année après année, à mesure que le tronc commun va entrer en application, d’abord en maternelle à la rentrée 2020, jusqu’en troisième secondaire en 2028. Le MR se trompe de débat en focalisant tout sur l’allongement. L’important est plutôt le contenu du tronc commun… »

Le parti libéral entend aussi développer davantage l’enseignement en immersion, créer un programme Erasmus pour les élèves et les profs du secondaire entre la Wallonie et la Flandre, et revaloriser l’enseignement technique et professionnel.

À cet égard, les réformateurs souhaitent confier aux Régions un nouveau rôle en matière d’enseignement, celui de pouvoir organisateur de toutes les écoles techniques et professionnelles relevant aujourd’hui soit du réseau de la Fédération, soit de celui des communes et provinces. Le pouvoir régulateur de l’enseignement (technique et professionnel) resterait toutefois entre les mains de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

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2 Commentaires

  • Posté par De Cuyper Thierry, vendredi 10 mai 2019, 13:24

    Qu'est-ce que va être cette évaluation année après année. Va-t-on enfin évaluer nos écoles ? Les syndicats risque de grimper au créneaux. Encore une fois, rien on ne sait rien et on ne comprend rien.

  • Posté par De Cuyper Thierry, vendredi 26 avril 2019, 10:21

    « Nous voulons construire un projet pour l’enseignement qui mise sur la confiance dans les acteurs de l’école et les équipes pédagogiques pour faire leur métier ». Que fait le Mr de la confiance en soi des élèves ? Un élève qui ne peut décider de l'orientation de son avenir et doit subir redoublement et orientation précoce perd confiance en ses capacités, car à quoi bon ? Pour le Mr, les élèves ne sont sans doute pas « acteurs » de l’école, ils doivent en effet SUBIR les décisions de redoublement et d’orientation imposée par un conseil de classe et une direction bien décidée à SELECTIONNER. Arrêt du décret inscription et liberté de choix des chefs d’établissement de la population scolaire, L’école deviendrait pour le MR une gare de triage. Qui lit le projet pédagogique d'une école ? Il s’agit d’un recueil de lieux commun jamais respecté. Comment des parents qui l'auraient lu verraient leur enfant acceptés par une école? L'école va-t-elle leur faire passer un test pour voir si leurs convictions sont conformes à ce que l'école attend des parents : être docile, des sortes de "béni-oui-oui" qui paient des cours particuliers. Le risque est en effet grand de renvoi des élèves si les parents rouspètent : on leur dira « puisque vous n'êtes pas contents, vous ne respectez pas le projet pédagogique de l’école ». « L’allongement du tronc commun accroîtrait le risque de décrochage scolaire de la part de ceux qui n’aspirent qu’à rejoindre l’enseignement technique ». Il s’agit d’une affirmation souvent prononcée, mais jamais vérifiée. Les pays qui ont un tronc commun plus long ont justement moins d’abandons scolaires. Il faut tout de même reconnaître que peu d’adolescents ont un choix déjà arrêté à 14 ans. Souvent, les élèves déclarent s’être trompés et souhaitent revenir dans le général, mais le Mr est-il prêt à les écouter ? Avec le tronc commun, jusque 15 ans, les élèves (peu nombreux) qui sont certains de leur choix, mûriront leur projet un an de plus. Au moins, on est sûr qu’ils ne seront pas trompés, parce que le Mr ne leur promet pas de retour en arrière dans l'éventualité où ils se seraient trompés…

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