Annette Messager, transportée

Récompensée par le Lion d’Or en 2005 lorsqu’elle représentait la France à la 51e Biennale de Venise, Annette Messager n’est plus à introduire : elle fait partie des grands noms de l’art contemporain, et c’est pourtant la première fois qu’une exposition personnelle lui est consacrée à Bruxelles. Représentée de longue date par la galerie franco-grecque Bernier/Eliades, elle est doublement mise à l’honneur cette semaine, avec l’ouverture du stand qui lui est dédié à Art Brussels et d’un solo show dans la galerie même, installée rue du Châtelain. C’est en 2016 que la galerie a ouvert ses portes à Bruxelles. Pilier historique de l’art contemporain en Grèce, où elle a été créée en 1977 par Jean Bernier et Marina Eliades, elle a depuis lors défendu des mouvements comme le minimalisme, l’arte povera, le land-art et l’art conceptuel, en présentant des artistes européens comme américains.

Annette Messager. «
Immaculée
». 2018. 98 × 62 cm. Acrylic on paper. 20.000 euros.
Annette Messager. « Immaculée ». 2018. 98 × 62 cm. Acrylic on paper. 20.000 euros. - D.R.

« Je m’appelle Messager mais je suis sans message. Les idées me viennent, je ne sais pas comment ça se passe ni comment le dire », déclare celle qui travaille le désir et le corps féminin depuis les débuts de son fulgurant parcours. Elle présente ici une série de sculptures datant de 2012-2013, intitulée Mes transports  : certaines œuvres entièrement sculptées en bois ou en métal ; d’autres composites, agencées à partir d’objets récupérés recouverts d’aluminium peint. Chaque sculpture est faite d’un assemblage hétéroclite de morceaux de corps, de formes géométriques, d’animaux et d’objets divers recouverts de feuilles d’aluminium noir mat, puis posée sur un chariot à roulettes en bois. Une série de 21 pièces dont 16 sont présentées dans l’espace de la galerie et une autre montrée à Art Brussels. Le tout forme une seule grande installation qui pose la question des origines et de la place au sein du groupe : « Où on va, d’où on vient, et quand une pièce est vendue et séparée du groupe, fait-elle toujours partie de la totalité, de la cohérence de l’ensemble ? », s’interroge Wauthier de Mahieu, responsable de la galerie bruxelloise. Des couvertures de déménagement sont pliées pour amortir ces « transports » dont la nature se veut autant réelle que métaphorique : transports de marchandise, transports amoureux, transports sanguins, transports urbains, transports de joie, etc. « Ce sont des couvertures qui servent aux transporteurs pour protéger les pièces, mais aussi pour adoucir leur voyage », commente l’artiste : « Certaines œuvres sont joyeuses, d’autres combinent le drame et la bouffonnerie en un ensemble tragicomique. Des morceaux de corps humain, d’animaux, de personnages grotesques revenus au temps de l’enfance. Peut-être dialoguent-ils ensemble bien qu’étant séparés ? »

Annette Messager. «
Mes Transports
». 2012-13. 54 × 48 × 48 cm. Various objects, wood, metal, wheels, blankets, black wrap. 30.000 euros + TVA
Annette Messager. « Mes Transports ». 2012-13. 54 × 48 × 48 cm. Various objects, wood, metal, wheels, blankets, black wrap. 30.000 euros + TVA - D.R.

Dans la même direction

Dispersés en position statique sur le sol même de la galerie, ces îlots font surgir diverses interrogations : « Ils sont tous en attente. Viennent-ils d’arriver ? Sont-ils sur le départ ? » sont des questions que se pose l’artiste tout en refusant d’y répondre, et pour cause : « Je travaille comme un somnambule ; parfois je suis comme un récepteur, je reçois des choses, des messages, et les choses arrivent », déclare-t-elle. Le noir des sculptures les rend uniformes, sans âge, les dépersonnalise : « Ce sont nous, humains, animaux, de toutes races, de tous genres – et évidemment, on y va tous… Jeunes, vieux, beaux, laids, on est tous embarqués sur des chariots aux roulettes du temps. »

Aux cimaises, elle a choisi de présenter quelques œuvres graphiques plus récentes, de petites dimensions. Des dessins de 2018 qui dénoncent le sexisme, le racisme et l’homophobie de nos sociétés contemporaines. Et qui font la part belle au désir, aux passions, aux envies, à la possession que la femme reprend d’elle-même et de son corps, dans une explosion de rouge aux courbes éclatantes. Pour Annette Messager, le corps féminin représente la liberté individuelle et collective : une image du corps avec ses désirs et ses plaisirs, où la sexualité est (un) manifeste.

Annette Messager. Mes transports, Galerie Bernier/Eliades, du 25 avril au 6 juillet, du mardi au samedi

de 12 à 18 h, 46 rue du Châtelain, 1050 Bruxelles, 02-640.55.04, www.bernier-eliades.com

 
 
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