Cayman: le groupe hôtelier aux puissantes mâchoires

Les hôtels à petits  ou moyens budgets ont  le mieux résisté  à la crise et aux attentats. Ils sont désormais  la cible  privilégiée de la clientèle business.
Les hôtels à petits ou moyens budgets ont le mieux résisté à la crise et aux attentats. Ils sont désormais la cible privilégiée de la clientèle business. - D.R.

Les deux font la paire. Il n’y a pas de meilleure expression pour définir François et Olivier Cayman, 40 ans au compteur. D’abord parce qu’ils sont jumeaux et que leur ressemblance est tellement forte qu’elle en est, par moments, troublante. Ensuite, et surtout, parce qu’ils travaillent ensemble, plus précisément dans le milieu de l’hôtellerie, un secteur qu’ils connaissent désormais par cœur.

Ils nous reçoivent dans le lobby du Novotel Wavre East Brussels qui s’apprête à fêter son inauguration. Datant du début des années 90, le bâtiment est extérieurement « fatigué ». Il a d’abord été un Novotel (déjà) avant de passer dans les mains du groupe israélien Leonardo pour revenir, en quelque sorte, à ses premières amours. « Notre père connaissait le directeur du développement chez Accor (NDLR : propriétaire de 30 marques parmi lesquelles Sofitel, Ibis, Novotel, Pullman, Mercure et Adagio sont les plus connues). Très vite, l’établissement nous est apparu comme une belle opportunité à saisir… », résument les jumeaux.

Pour 7,5 millions d’euros, les frères Cayman achètent l’hôtel en décembre 2017 et le transforment entièrement. Air conditionné dans les 102 chambres, nouvelles salles de bains, piscine extérieure réaménagée, techniques mises à jour, quatre salles de réunion, salle de fitness : 16 mois de travaux sont nécessaires pour rendre l’ensemble méconnaissable (façades exclues). « Les moquettes dataient encore de 1992 quand l’hôtel a ouvert pour la première fois », sourit François. « Notre core-business, c’est le moyen de gamme, certainement pas le luxe car c’est trop compliqué à cause des services qu’il requiert et c’est moins rentable. Il faut savoir faire ce qu’on sait. Et puis, le moyen de gamme est le seul secteur hôtelier qui a progressé malgré la crise et les attentats. »

Créé par le père Bernard il y a tout juste 20 ans, le groupe Cayman vit aujourd’hui son heure de gloire. Il est propriétaire de 14 hôtels, dont un à Rouen, emploie 180 personnes, affiche un taux de remplissage annuel de 85 % et a généré l’an dernier un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros. « On montera à 25 millions cette année », insiste fièrement Olivier (à moins que ce ne soit François qui parle). « En termes de personnel, nous allons grimper à 350 personnes d’ici 3 ans. Quant au nombre d’hôtels, nous allons simplement le doubler d’ici à 2022, avec aussi des ouvertures à l’étranger (NDLR : Annecy et Séville). Tous sont déjà en construction ou en passe de l’être pour une valeur supplémentaire estimée à 150 millions. »

Les frères Cayman sont tombés dans le développement immobilier dès leur plus jeune âge. Pharmacien, le père aimait acheter et rénover des officines. Une activité qui l’a conduit à revendre au début des années 2000 pas moins de… 16 pharmacies. Cette injection d’argent frais a permis au pôle immobilier de se développer. « Aux soupers, nous entendions souvent notre père parler de briques », se souvient François. « Elles nous ont suivis lors de nos études supérieures. J’ai obtenu un bachelier en immobilier et Olivier a suivi des études d’ingénieur en construction. Un autre frère (NDLR : Julien, 35 ans) travaille avec nous. Il est en charge de la rénovation de l’existant. »

L’entreprise familiale est basée à Gerpinnes mais, expansion oblige, elle déménagera à l’aéropôle de Gosselies en septembre. Même si les liens qui unissent des jumeaux sont forts, deux frères qui se voient tous les jours pour discuter gros sous, ce n’est pas forcément évident. « Il y a des moments où ça se passe moins bien mais je préfère me disputer avec mon frère qu’avec un inconnu », souligne à ce sujet Olivier. « On se sent moins seul et en cas de problème, on peut toujours en discuter à table le dimanche autour d’un poulet frites compote. Et puis, même s’il nous laisse la gestion du groupe, notre père reste le boss, notre guide spirituel, celui sans qui rien ne serait arrivé. Nous avons hérité d’une structure qui avait déjà une assise très solide. Ça aide. »

Le modèle Cayman est simple : le groupe achète les hôtels à moyen ou petit budget, les rénove, reste propriétaire des briques et en confie la gestion sous forme de franchise aux marques économiques de trois des principaux groupes hôteliers mondiaux : Accor (Novotel, Ibis, Adagio Access), Marriott (Moxy) et IHG (Holiday Inn). « Nous sommes présents à Liège, Mons, Dinant, Wavre, Charleroi mais aussi à Bruxelles », expliquent les jumeaux. « Notre expansion est assez excitante car l’hôtellerie réunit toutes les fonctions d’un projet : recherche du terrain, aspects juridiques, urbanisme, construction, opérationnel, discussion des contrats de franchises et remise des clés. Nous avons également en portefeuille deux promotions en résidentiel, à Gand et à Bruges. »

Le projet qui leur tient le plus à cœur ? Les frangins réfléchissent un instant. « Je dirais celui qui verra le jour à Charleroi », intervient Olivier (François acquiesce). « Il s’agit d’un projet mixte de 35.000 m2 estimé à 40 millions d’euros. Situé sur le Quai Verlaine, juste en face de la gare, nous avons racheté plusieurs bâtiments, hormis celui de La Nouvelle Gazette, pour y construire un hôtel de 60 chambres, du résidentiel, des commerces et une résidence pour personnes âgées mais encore valides. Les permis sont attendus sous peu. »

Même s’il vise aussi à s’attirer les faveurs de la clientèle des milléniaux et des publics lifestyle, voyageurs et hyperconnectés, le modèle d’hôtels développé par le groupe Cayman se base évidemment majoritairement sur la clientèle business. « Elle constitue, en effet, 80 % de nos réservations car elle est de plus en plus demandeuse de séjours économiques mais avec des services mis au goût du jour », concluent-ils en chœur. « Ce modèle économique nous a permis de traverser les principales crises sans problème car des gens qui voyagent pour affaires, il y en aura toujours… »

 
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