Le tabac interdit aux mineurs: «Une mesure essentielle»

Le tabac interdit aux mineurs: «Une mesure essentielle»

Lors de la dernière séance de la législature, la Chambre des représentants a approuvé deux mesures importantes. D’une part, l’âge légal pour acheter des produits du tabac est relevé à 18 ans au lieu de 16. D’autre part, l’interdiction de fumer en voiture en présence d’enfants de moins de 18 ans s’applique désormais à l’ensemble de la Belgique. L’Alliance pour une société sans tabac se réjouit de ces mesures, mais le travail est loin d’être terminé. Elle exhorte dès lors les prochains gouvernements – fédéral et régionaux – à élaborer un plan antitabac cohérent et ambitieux.

Relèvement à 18 ans de l’âge légal

« Le relèvement de l’âge légal pour acheter du tabac est une mesure essentielle pour protéger les enfants contre la dépendance au tabac », explique Anne Boucquiau, porte-parole de l’Alliance et de la Fondation contre le Cancer. Depuis le 1er janvier 2019, la Belgique était le seul pays de l’Union européenne où les jeunes de moins de 18 ans pouvaient encore acheter des cigarettes. Les enfants et les jeunes sont exposés à une série d’incitations à fumer. « Comme leur cerveau est encore en plein développement, les jeunes éprouvent beaucoup plus souvent l’envie d’expérimenter que les adultes. La nicotine a cependant une influence nocive sur le cerveau en développement des adolescents. Selon le neuropsychologue Jelle Jolles, la nicotine a un impact différent sur les adolescents que sur les adultes. Elle endommage et détruit des cellules dans l’ensemble du cerveau à tout âge, mais chez les adolescents, les dommages sont les plus sévères au niveau de l’hippocampe, la structure nichée au coeur du cerveau et qui est responsable du processus de mémorisation et, par conséquent, de l’apprentissage. Par rapport aux adultes, les adolescents souffrent plus fréquemment d’épisodes de dépression et de troubles du rythme cardiaque ; ils courent également un risque accru de développer une dépendance rapide et durable à la nicotine ».

Des études démontrent également que plus les jeunes commencent à fumer tôt, plus l’addiction à la nicotine est rapide et plus il est difficile d’arrêter par la suite. Par conséquent, rehausser la limite d’âge permet de reculer l’âge auquel les jeunes commencent à fumer et réduit le risque de dépendance rapide au tabac. Enfin, l’immense majorité des fumeurs (90 %) ont commencé à fumer avant 18 ans. Relever l’âge légal est donc surtout essentiel pour le groupe des 15-17 ans.

Interdiction de fumer en voiture

Emboîtant le pas à plusieurs pays européens, la Belgique adopte l’interdiction légale de fumer en voiture lorsqu’il y a des enfants à bord. Les enfants sont en effet exposés à des concentrations de substances cancérigènes nettement plus élevées dans une voiture que dans une habitation, étant donné que l’espace du véhicule est fermé et particulièrement exigu. De plus, il ne suffit pas d’abaisser la vitre pour éliminer ces substances. Pas moins de 93 % des Belges veulent une interdiction de fumer en voiture en présence d’enfants. Les fumeurs eux-mêmes sont 88 % à soutenir une telle mesure.

La Flandre a adopté il y a peu une interdiction similaire, mais pour les enfants de moins de 16 ans, alors que la Wallonie avait opté pour l’interdiction de fumer en présence d’enfants de moins de 18 ans. Cette décision fédérale clarifie les choses et protège les mineurs du tabagisme passif en voiture dans toute la Belgique. L’Alliance pour une société sans tabac est très satisfaite de l’approbation de cette mesure – qui figure aussi dans son mémorandum – par la Chambre des représentants. « Cette étape nous rapproche encore un peu plus d’une première génération sans tabac. Il ne faut toutefois pas en conclure que le politique a terminé son travail – bien au contraire ! Une politique antitabac efficace exige en effet un ensemble de mesures visant à éviter que les jeunes ne deviennent dépendants et à aider les fumeurs à arrêter. L’Alliance demande aux pouvoirs publics de faire un grand pas dans cette direction après les élections. À cette fin, un plan antitabac ambitieux et cohérent doit être élaboré et inscrit dans les accords de gouvernement fédéral et régionaux ».

L’adoption de ce texte, à l’origine une proposition de la NV-A, est une surprise, alors que le texte avait été rejeté en commission de la Santé. Techniquement, la séance plénière était invitée à se prononcer jeudi sur le rapport des votes en commission qui avait conclu au rejet du texte. Or, ce rapport a à son tour été rejeté jeudi en séance plénière. Traditionnellement, en cas de rejet par la séance plénière, la proposition doit alors être réexaminée en commission. Or, aucune réunion de commission ne figure plus au calendrier de la Chambre. Faisant appel au règlement, la cheffe de groupe cdH Catherine Fonck a souligné que la proposition de loi pouvait aussi directement être examinée en séance plénière. Il n’y a pas eu de discussion sur la proposition de loi qui a été adoptée dans la foulée. Interrogée par le Soir, Catherine Fonck a confié être « ravie...après une législature frileuse sur le plan du tabac. Seul le VLD, parti de la ministre de la santé voté contre. Révélateur de ceux qui sont plus sensibles à l'intérêt économique plutôt que de la santé. Il reste cependant bcp à faire ».

 
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