Les détenteurs de panneaux solaires devront finalement payer pour le réseau

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Mauvaise nouvelle pour les 150.000 ménages wallons ayant installé des panneaux solaires. Et à tous ceux qui ont prévu d’en installer d’ici juillet. Alors que le gouvernement MR-CDH leur a annoncé qu’ils seraient exonérés d’une surcharge, prévue dès 2020… voilà que ce projet est reporté à l’après-élection. Sans la moindre garantie que cette exonération puisse vraiment voir le jour…

Reprenons dans l’ordre. Depuis quelques mois, c’est à nouveau la ruée sur les panneaux photovoltaïques. Les carnets de commandes des installateurs débordent. « Nous ne sommes plus en mesure d’accepter aucune commande pour des installations à réaliser avant le 1er juillet, même au prix du renforcement de nos équipes », nous glissait récemment un des leaders du marché.

En cause : une annonce du ministre wallon de l’Energie, Jean-Luc Crucke. Fin janvier, le libéral a fait miroiter à tous les ménages ayant installé des panneaux avant le 1er juillet 2019 qu’il souhaitait les exonérer du « tarif prosumer ». Derrière ce terme un peu barbare, se cache une mesure qui va toucher le portefeuille des 150.000 détenteurs de photovoltaïque. Dès 2020, le régulateur a en effet prévu de revoir la façon dont sera calculé leur tarif de réseau, pour rééquilibrer la charge entre ménages qui ont des panneaux (les prosumers) et ceux qui n’en ont pas. Autrement dit : faire payer plus les détenteurs de panneaux (59 millions au total), pour réduire à même hauteur la facture des « sans panneaux ».

Le Conseil d’Etat en sauveur

Pour un ménage ayant une installation standard de 5kWe, on parle tout de même d’un surcoût de 334 à 447 euros par an. Surcoût dont le ministre Crucke ne voulait pas entendre parler. D’où son idée d’exonérer tous les ménages ayant déjà installé des panneaux. Une idée qui a suscité pas mal de critiques (notamment du régulateur). Mais pas de quoi ébranler le libéral… jusqu’à la défection de Patricia Potigny. Son départ du MR, pour rejoindre les listes Destexhe, a rendu le gouvernement wallon minoritaire au parlement. Jean-Luc Crucke n’avait donc plus de majorité pour faire voter son texte. Et refusait d’aller mendier le vote de la rebelle Potigny ou du très à droite député Puget.

Après une (longue) négociation avec l’opposition PS-Ecolo, un consensus est intervenu, ce lundi. Le projet d’exonération du ministre Crucke a fini par être déposé en commission de l’Energie, où il doit être voté avant d’arriver devant les députés. Il était moins une, car c’était la dernière séance de commission avant la dissolution du parlement. Donc la dernière chance de faire passer un texte sous cette législature…

Verdict ? Malgré sa mise à l’ordre du jour, le texte n’a pas été voté. Les partis traditionnels ont en effet trouvé une parade pour masquer leur désaccord. La commission de l’Energie a décidé d’un commun accord… d’envoyer le texte au Conseil d’Etat, pour avis. L’instance avait en effet refusé de remettre un avis en urgence sur ce projet. Elle aura donc un peu plus de temps pour le faire. Mais comme il n’y a plus de séance de commission avant les élections du 26 mai, le dossier reviendra sur la table… après le scrutin. Et si la majorité change, il peut aussi voler aux oubliettes dès la reprise.

« Triste, mais fier »

Le ministre Crucke s’est dit « un peu triste » que son texte ne passe pas. Mais fier « de ne pas avoir transigé avec ses valeurs », en refusant de s’allier avec les députés wallons se présentant sur les listes Destexhe pour faire voter son texte.

Le « tarif prosumer » entrera donc en vigueur en 2020 pour tous les détenteurs de panneaux. En attendant de voir ce qui figurera dans l’accord de gouvernement de la future majorité wallonne…

Une solution pour liquider la bulle photovoltaïque

Par X.C.

A côté de sa défaite sur le « tarif prosumer », le ministre de l’Energie Jean-Luc Crucke a une raison d’avoir le sourire. Son projet visant à apporter une solution, à long terme, à la bulle photovoltaïque wallonne a été approuvé en commission. Selon toute logique, il devrait être définitivement voté vendredi, lors de la dernière séance plénière de la législature. Alors que ses prédécesseurs ont plutôt eu tendance à camoufler cette dette wallonne dans le placard, via des opérations de temporisation, le ministre Crucke a proposé une solution pérenne et définitive pour régler le problème. En résumé : on lisse la dette sur vingt ans, sans augmentation de la facture annuelle. C’est la banque BNP Paribas Fortis qui va prêter à la Wallonie l’argent nécessaire à liquider cette bulle. Un prêt qui sera remboursé grâce à la « surcharge Elia », déjà présente sur la facture des Wallons. Cette surcharge va même diminuer, dans un premier temps. Mais elle restera présente plus longtemps que prévu sur la facture, jusqu’à ce que l’emprunt soit totalement remboursé.

 
 
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