La bonne mine du bijou

C’est trois fois rien. Juste quelques-unes des plus belles pierres qu’on peut voir sur le marché mondial. De petites merveilles qu’on croise rarement chez les marchands. Soigneusement sélectionnée pour la maison Millon par Céline Rose David, gemmologue, historienne du bijou et prof à l’école de gemmologie de Montréal, chacune raconte une fabuleuse histoire par sa provenance, son poids ou la rareté de sa couleur.

Broche en corail peau d’ange sur monture en or gris 18k (750 millièmes) figurant une fleur constituée de six pétales. Au centre, des pistils de diamants sur or gris.
Broche en corail peau d’ange sur monture en or gris 18k (750 millièmes) figurant une fleur constituée de six pétales. Au centre, des pistils de diamants sur or gris. - Millon

« Prenez ce spinelle Mahenge, commence l’experte, il vient d’une mine de Tanzanie, une mine ouverte dans les années 90 et qui sort des pierres dont la couleur particulière ne se trouve nulle part ailleurs. Ce n’est pas du framboise, ce n’est pas du rose, ni du rouge ni de l’orangé. C’est la couleur Mahenge. Le plus gros spinelle connu, c’est celui qui est sur la couronne d’Angleterre, cette grosse pierre rouge qu’on appelle le rubis du Prince noir – qui n’est donc pas un rubis, mais un spinelle. Rouge. Les spinelles qui sortent de la mine Mahenge font généralement 2 ou 3 ct brut, soit environ 1.5 ct quand la pierre est taillée. Pour celui que nous vendons, serti dans une bague en or gris 18 k pavée de diamants, on est à du 8.02 ct ce qui veut dire qu’il devait faire 12 à 14 ct en brut ! » Une pièce estimée entre 25.000 et 40.000 euros, exposée à Bruxelles dès vendredi.

Arrêtez-vous également devant ce ras-de-cou en perles de calcédoine lavande (2.800 - 3.000 euros). La calcédoine n’est pas une pierre qui coûte cher d’habitude parce qu’elle est généralement très opaque, striée de veines. Ici, elle est translucide. « Je suis allée à Munich l’autre jour, poursuit Céline Rose David, dans une foire de gemmologues de très haut niveau, voir si je pouvais trouver la même qualité. Je n’ai vu que deux demi-sphères et j’ai demandé au monsieur : “Tiens, vous pourriez m’avoir des boules, des boules grosses comme ça ?” Et il m’a répondu : “ Madame, de cette qualité, c’est impossible à trouver.” Eh bien, si : la preuve. »

Sri Lanka, pierres issues du commerce équitable. Lot de cinq spinelles ronds allant du gris au bleu électrique jusqu’au gris violet. Poids total : 1.04 ct. Estimées 280 - 300
€.
Sri Lanka, pierres issues du commerce équitable. Lot de cinq spinelles ronds allant du gris au bleu électrique jusqu’au gris violet. Poids total : 1.04 ct. Estimées 280 - 300 €. - Millon

Elle pointe aussi cette broche en corail peau d’ange, probablement de la famille corallium elatius, l’une des plus belles qualités de corail existant au monde, d’une couleur très pâle rappelant celle des angelots qu’on peignait à la Renaissance. Elle souligne l’incroyable largeur des pétales : « Quand on regarde une branche de corail, on voit qu’il est poreux tout autour. Seul l’intérieur est plus solide. Du coup, imaginez un peu la grosseur des branches qu’il a fallu pour obtenir ces larges pétales sans qu’aucun pore ne soit apparent. » Une estimation de 2.800 - 3.000 euros.

Plus loin, une paire de boucles d’oreilles en saphir padparadscha (un mot cinghalais désignant la couleur de la fleur de lotus au coucher du soleil), très tendre, rose pêche pouvant tirer sur le saumon. Vous en avez vu un sur la bague de fiançailles d’Eugenie d’York il y a quelques mois : un padparadscha de 2 ct. « Ici, on en a un de 2.20 et un de 2.36 ct. Et on a la paire ! Il faut souvent des mois voire des années pour trouver deux pierres se ressemblant suffisamment pour former une paire. Et toc ! Bon, on ne bat pas toujours la famille royale d’Angleterre… »

En tout, 266 pièces sont proposées à la vente lundi prochain, en incluant les pierres. Et à elles seules, elles valent le détour. Parce que Céline Rose David, cette semaine, a réussi un tour de force. Une première mondiale tout simplement. La gemmologue historienne du bijou a été invitée à l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques) jeudi dernier à Paris pour parler des pierres équitables qu’elle a glissées pour la première fois dans un catalogue de vente aux enchères. « Ce sont de petits spinelles bleus, violets, roses, qui viennent du Sri Lanka, explique-t-elle, d’une petite mine où les mineurs envoient leurs enfants à l’école, où les femmes obtiennent des microcrédits grâce au bénéfice des ventes, où les papas sont payés un prix juste pour leurs pierres, où les bénéfices servent aussi à étançonner correctement la mine de façon à ce qu’il n’y ait pas d’éboulis ou à refaire la route qui mène à la mine pour permettre un meilleur acheminement des outils… Alors à l’OCDE, quand j’ai entendu les Chinois dire que le travail des enfants est nécessaire parce qu’ils font vivre toute leur famille, je les ai fusillés du regard et j’ai crié : “Zero tolerance for the children labour !” Zéro. Rien. Pas de discussion possible. La place d’un enfant est à l’école. Je sais que ce n’est qu’une goutte d’eau, que ça ne donne une visibilité qu’à une dizaine de mineurs. Mais c’était un début. On n’avait jamais imaginé, au niveau de ces grands centres de décision, que les ventes aux enchères pouvaient être un relais possible pour faire connaître les productions équitables. »

La vente « Bijoux et pierres précieuses » aura lieu le lundi 6 mai à 19 heures chez Millon Belgique, 39B avenue des Casernes, 1040 Bruxelles. Exposition vendredi 3 mai, samedi 4 mai et lundi 6 mai de 11 à 18 h. 02-646.91.38 ou www.millon.com/

 
 
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