Les onze espèces exotiques envahissantes en Wallonie

Onze espèces exotiques envahissantes à cibler en Wallonie

Par Michel De Muelenaere

La grenouille taureau est l’une des onze espèces sur 18 pour lesquelles il est encore possible d’empêcher la propagation.
La grenouille taureau est l’une des onze espèces sur 18 pour lesquelles il est encore possible d’empêcher la propagation. - photo news

Dans son dernier recensement, l’Union européenne a identifié 49 espèces exotiques envahissantes végétales et animales qui, en raison des dégâts qu’elles commettent ou sont susceptibles de causer, sont à éradiquer ou à contrôler. Parmi ces espèces, treize animaux sont aujourd’hui établis en Wallonie. Ils sont installés et s’y reproduisent. Cinq font des apparitions occasionnelles.

Que faut-il faire ? C’est la question que s’est posée un groupe de travail composé de plus de 35 scientifiques et de 45 gestionnaires de terrain issus des trois Régions du pays. Les résultats préliminaires paraissent ce vendredi dans le magazine Forêt Nature. Leur conclusion : « 11 des 18 espèces animales envahissantes peuvent faire l’objet de mesures d’éradication ou de confinement à un prix raisonnable en regard du coût environnemental et socio-économique qu’elles sont susceptibles d’engendrer. » En clair, c’est le moment d’agir. Cela ne coûtera pas (trop) cher et cela permettra d’éviter de sérieux dégâts à l’avenir. Mais il faut décider rapidement.

Sept espèces hors contrôle

Parmi les onze espèces visées, il y en a six qui sont installées chez nous et qui se reproduisent : la grenouille taureau, l’écrevisse de Californie et sa cousine de Louisiane, le tamia de Sibérie, le ragondin, le muntjac de Chine. Et cinq espèces plus sporadiques : l’érismature rousse, le chien viverrin, l’écureuil fauve et l’écureuil gris ainsi que l’ibis sacré. Ceux-là doivent être soit éradiqués, soit « confinés » sur une partie du territoire.

En revanche, ce n’est plus possible pour les sept espèces restantes qui sont déjà beaucoup plus répandues et/ou se reproduisent trop vite : l’écrevisse américaine, le frelon asiatique (15 nids l’an dernier et déjà plusieurs repérés cette année dans le Hainaut), le goujon asiatique, la tortue de Floride, l’ouette d’Egypte (jusqu’à 12 jeunes par couvée), le rat musqué et le raton laveur. Ces espèces ne peuvent plus être gérées « qu’au travers de mesures d’atténuation destinées à réduire localement leur densité ». Par exemple en supprimant des individus se trouvant à proximité de populations fragiles comme la cigogne noire ou la moule perlière dans le cas du raton laveur.

L’éradication ou le confinement des indésirables peut se faire par des tirs de nuit, le piégeage dans des nasses, l’utilisation de biocides ou encore la pose de pièges létaux. Un décret récemment adopté par le parlement wallon valide l’utilisation de ces méthodes « spécifiques ».

Attendre coûtera cher

Coût des mesures : environ 40.000 euros par an par espèce à éradiquer (il y en a sept) et près de 100.000 euros par an par espèce à confiner, à répéter durant 5 années consécutives. Au moins 700.000 euros, donc. Pas donné, mais « tout retard dans la mise en place des opérations est susceptible d’hypothéquer le succès de la lutte et de se voir déborder par l’invasion de ces animaux », préviennent les experts. « Ce sont des fourchettes de prix, une évaluation rapide à affiner », explique Etienne Branquart, spécialiste des espèces exotiques à l’administration wallonne et un des auteurs de l’article. « Pour la mise en œuvre, on peut faire appel à une société privée, mais nous plaidons aussi pour renforcer l’équipe de piégeurs de la Région. »

« L’investissement consenti est rapidement amorti par les bénéfices que procurent la disparition des nuisances et la réduction rapide des coûts liés à la lutte récurrente sur le long terme », souligne l’article. En cas d’échec, il faudra en revanche s’attendre à payer « le prix fort ».

S’il faut procéder rapidement, il faudra aussi prendre des formes, notamment en communiquant correctement à l’égard du public et en emportant son adhésion. Certains pourraient ne pas comprendre pourquoi on détruirait des animaux dont certains ont plutôt une tête sympathique…

 
 
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