François Piron, la construction dans le sang

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Ce cliché montre une maison personnalisée construite par T&P à Aywaille sur la base des desiderata du client.
Ce cliché montre une maison personnalisée construite par T&P à Aywaille sur la base des desiderata du client. - D.R.

entretien

François Piron.
François Piron. - D.R.

François Piron est le fils de Louis-Marie Piron, le fondateur du groupe de construction de logements n° 1 en Wallonie. En 2017, celui-ci a érigé la bagatelle de 700 maisons pour 625 appartements. L’an dernier, le nombre de maisons vendues s’est élevé à 813, soit une progression de 10 % par rapport à l’année précédente. Sur les trois dernières années, Thomas et Piron Home, la branche du groupe réservée aux maisons qu’il dirige, a vendu entre 700 et 750 unités. De quoi faire taire ceux qui croient que la maison est définitivement dépassée par les appartements, même si ce dernier secteur est en très nette progression.

La part d’appartements dans le neuf ne fait que croître, c’est une réalité. Cela vous inspire quoi ?

L’appartement est de plus en plus populaire auprès de nos clients, mais quand on parle de grands développements emblématiques, où la surface de construction est suffisante, la part des maisons est toujours représentative. En fait, dès qu’on sort des centres-villes, les projets comprennent à la fois des maisons et des appartements. Les communes et Régions sont demandeuses de maisons pour maintenir la variété et toucher le plus de personnes possible, et aussi parce que tout le monde ne rêve pas de vivre en appartement. Par ailleurs, la part de purs investisseurs dans l’achat de maisons est beaucoup plus importante qu’avant. Elle atteint aujourd’hui entre 15 et 20 %. C’est un signe.

On le sait, le stop au béton qui interdira la progression des constructions neuves en dehors des zones urbaines est prévue en 2040 en Flandre et en 2050 en Wallonie. Inquiétant pour T&P Home ?

Cette mesure part de bonnes intentions car elle tend à préserver les surfaces non bâties et donc l’écologie, tout en favorisant l’utilisation des transports en commun. On y viendra forcément, et c’est une bonne chose, mais il faudra encore de nombreuses années avant qu’elle ne soit mise en pratique. De toute façon, on construit déjà beaucoup moins de 4 façades et davantage de maisons groupées de 2 et 3 façades. Le stop au béton nous oblige déjà à être beaucoup plus regardants sur les terrains qu’on convoite. On accorde beaucoup plus d’importance qu’avant à la localisation. Par exemple, si le terrain est loin d’une gare ou s’il n’est pas desservi par les transports en commun, on ne le prendra plus.

Avez-vous encore beaucoup de clients qui vous demandent de leur construire une maison sur un terrain qu’ils ont acheté eux-mêmes ?

Oui. La moitié de nos ventes sont des maisons bâties sur les terrains de nos clients. Un chiffre qui affiche une relative stabilité.

Vous êtes à la fois constructeur et promoteur. Un avantage ?

Nous sommes les seuls en Belgique à porter les deux casquettes. Cela nous a permis de prendre des parts de marché et constitue un grand avantage parce que dans un projet de très grande envergure qui comporte des maisons, la concurrence est faible car, puisque nous employons nos propres ouvriers, nous avons les moyens de faire face à un éventuel pic de constructions.

Quand vous vous lancez dans un projet, y a-t-il une surface minimum en dessous de laquelle vous ne descendez pas ?

Non, car comme toute entreprise, nous avons besoin d’une activité stable. Des projets moyens et plus petits sont nécessaires pour réguler à la fois le marché et le travail de nos équipes.

On le sait, la délivrance des permis se transforme trop souvent en parcours du combattant en Belgique. Votre opinion à ce sujet ?

L’argent doit tourner. Quand on engage plusieurs dizaines de millions d’euros pour un projet qui doit sortir en 5 ans et qu’on constate, après coup, qu’il en mettra 10 pour voir le jour, c’est très frustrant. En Belgique, l’intérêt individuel prime trop sur l’intérêt général. On est trop permissif par rapport aux recours des citoyens. Ajoutez à cela les périodes liées aux élections pendant lesquelles les politiques et les communes lèvent le pied et vous obtenez une situation forcément difficile.

Le CODT (Code du développement territorial wallon) n’a-t-il pas amélioré les choses ?

Il a apporté davantage de fluidité dans la manœuvre, c’est vrai, mais je constate malgré tout que plus un projet est grand, plus les problèmes pour le mettre en pratique sont nombreux. Même chose pour les centres urbains : plus on s’en approche, plus c’est difficile. Si le stop au béton entre en vigueur un jour, il faudra davantage de courage de la part de nos hommes politiques.

Quel regard portez-vous sur la qualité de construction en Belgique ? Celle-ci a toujours été vantée à l’étranger. Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Je dirais qu’elle est encore meilleure qu’avant pour une raison très simple : le consommateur est de plus en plus informé, notamment grâce à internet, et il nous pousse à nous améliorer sans cesse car on a de moins en moins droit à l’erreur. Notre cellule « recherche et développement » exerce à ce sujet un rôle fondamental parce qu’elle analyse notamment les nouveaux matériaux mis sur le marché. Elle emploie deux personnes à temps plein et deux autres qui s’occupent de la formation.

On construit de moins en moins grand et sur des terrains de plus en plus petits. Vous confirmez ?

Oui. Si le terrain de référence était de 10 ares dans le passé, il est aujourd’hui de 5 ares. Il faut donc imaginer des espaces optimisés avec un maximum de confort. C’est l’un de nos plus grands défis car on ne peut en aucun cas se tromper sur le prix de sortie. Notre expérience en Wallonie nous permet de connaître le marché à la perfection. Il nous a appris une chose : si on se trompe de 20.000 voire même de 10.000 euros dans une Région ou une commune, on ne vendra pas.

Quand on parle de Thomas&Piron, les gens pensent à un constructeur clé sur porte où les plans sont établis à l’avance. Un client peut-il vous demander de construire la maison qu’il a lui-même imaginée, même si elle sort de vos schémas ?

Absolument, et j’insiste là-dessus car nous ne sommes pas un constructeur sur catalogue. La moitié du chiffre d’affaires de Thomas&Piron Home est d’ailleurs réalisée par des projets personnalisés bâtis sur les terrains de nos clients. Ceux-ci peuvent nous amener leurs croquis ou plans. On leur proposera nos modèles, ou plutôt nos avant-projets de maisons, mais on peut très bien repartir d’une feuille blanche.

Autre constatation : les prix sont en constante évolution et privent une belle frange de la population de l’accès au logement. Votre réflexion ?

Aujourd’hui, seuls 36 % des Wallons peuvent encore se permettre un bien de 200.000 euros et seulement 29 % un bien de 265.000 euros. C’est trop peu. Notre gouvernement doit œuvrer pour maintenir l’accessibilité au logement. Plusieurs mesures ont été prises dans ce sens. Je pense notamment à l’harmonisation du statut ouvrier-indépendant, à la gestion des terres excavées, aux charges d’urbanisme, à la taxe kilométrique ou encore à l’assurance décennale obligatoire. Ces mesures partent toutes d’une bonne intention mais, sur le long terme, leur impact n’est pas aussi positif qu’annoncé.

Peu de gens le savent mais vous êtes à la fois patron de T&P Home et co-administrateur délégué, avec Edouard Herinckx, de la holding T&P. Une situation délicate, non ?

Pas vraiment. Je participe à toutes les décisions, mais c’est Edouard qui gère le côté opérationnel.

Occuperiez-vous cette place si vous n’étiez pas le fils de... ?

Chez Thomas&Piron, j’ai été tour à tour conducteur de chantier, manager de zone, adjoint de production puis directeur de production. J’ai gravi les échelons un à un avec un père qui a toujours été plus dur avec moi qu’avec les autres, ce qui était d’ailleurs très bien car cela m’a permis d’asseoir ma crédibilité au sein de l’entreprise et dans le milieu. Je n’ai pas été catapulté.

Justement, votre père, que fait-il encore au juste au sein de Thomas&Piron ?

Il n’est pas du genre à lever le pied et s’occupe des développements à l’étranger, au grand-duché de Luxembourg, au Maroc et au Portugal. Il est toujours à l’affût. A Casablanca, nous sommes en train de construire 224 appartements de standing sur le site de l’ancien aéroport. Notre présence au Maroc ne date pas d’hier. Il y a 20 ans, nous avons construit des petites résidences à appartements plutôt bas de gamme à Rabat. En ce moment, mon père regarde beaucoup le Portugal. On va construire un immeuble à appartements dans un beau quartier de Lisbonne. Porto est aussi dans notre ligne de mire mais il est trop tôt pour en parler.

Avez-vous songé un temps faire un autre métier ?

Je ne crois pas, non. La passion est venue tout naturellement. Quand j’étais étudiant, je passais mon temps sur les chantiers où j’aimais notamment maçonner.

Implantation: nouveaux bureaux

Par Paolo Leonardi

Thomas & Piron Bâtiment a inauguré récemment ses nouveaux bureaux dans un bâtiment flambant neuf (à énergie positive) à Wierde. Deux ans ont été nécessaires pour ériger la nouvelle bâtisse sur 3 niveaux et la relier, par un atrium vitré, à la première aile inaugurée en 2014.

Bois

Par Paolo Leonardi

TomWood

Thomas&Piron, c’est aussi une entreprise qui construit des maisons à ossature bois via la filiale TomWood. Depuis sa création en 2011, elle a construit 250 maisons. À Gentinnes, près de Chastres, TomWood construit un lotissement de 4 maisons entièrement en bois. La première est au stade des finitions et sera présentée lors de la journée « Chantiers ouverts » en mai.

 
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