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La chasse aux logements inoccupés est ouverte

Une méthodologie a fait ses preuves à Charleroi où au moins 2,7 % des habitations sont vides. D’autres communes, comme Namur et Seraing, vont être sondées.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

Des maisons aux fenêtres murées. D’autres à l’état de ruines ou mises en vente depuis des lustres. Les logements inoccupés sont légion en Wallonie. Mais combien sont-ils ? Impossible à dire avec précision. « La Wallonie est pauvre en statistiques sur le sujet, concède Thibault Ceder, conseiller à l’Union des Villes et Communes de Wallonie (UCVW). Nous ne pouvons compter que sur le recensement effectué par les communes. Il n’y a aucune centralisation des données car il s’agit d’une compétence communale. Néanmoins, sur base de plusieurs études menées par divers organismes, nous estimons l’ampleur du phénomène entre 1,8 et 2,2 % du parc de logement. »

Une évaluation plus précise du fléau est cependant sur le point de voir le jour. Grâce à une méthodologie mise au point par le Centre d’Evaluation en Habitat Durable (CEHD), installé à Charleroi. « Il est vrai que le recensement n’est pas équivalent dans toutes les communes, commente Emilie Lemaire, chercheuse au CEHD. Il est généralement basé sur le visuel et ça a ses limites. » Le Centre a donc élaboré une nouvelle technique qu’il a testée à Charleroi. Avec un résultat étonnant et parlant.

« Nous avons recensé 10.853 logements présentant une vacance potentielle, poursuit la chercheuse. Pour arriver à ce constat, nous avons analysé la consommation annuelle d’eau (consommation minimale de 5 m3) et d’électricité (10 kWh) des habitations. Nous avons ensuite croisé les résultats. En conclusion, 11 % du parc de logements carolo était potentiellement inoccupé. » Un taux particulièrement élevé.

Vient alors la seconde étape, celle de la vérification et de l’affinement de la recherche. « Un logement peut révéler une très faible consommation pour diverses raisons, argumente Emilie Lemaire. Il peut appartenir à un routier qui est fréquemment absent ou à une personne âgée qui n’occupe qu’une petite partie de son logement. L’occupant peut aussi être hospitalisé pour une longue durée. Nous avons donc contacté le cadastre et recherché les propriétaires pour vérifier si ces logements étaient bien vides et pour comprendre les raisons de cette possible inoccupation. Concrètement, nous avons obtenu des réponses de la part de la moitié des propriétaires. Ce qui nous amène à la conclusion qu’au moins 2,7 % du parc de logement est réellement inoccupé. Comme nous pouvons légitimement penser que les propriétaires qui ne nous ont pas répondu ont leurs raisons, ce pourcentage peut être clairement revu à la hausse. » Pour peut-être atteindre 5 %, selon le CEHD.

La méthodologie semble donc efficace. A tel point que les villes de Namur et de Seraing se sont, elles aussi, porté candidates pour que leurs parcs immobiliers fassent l’objet d’une même enquête.

En 2003 déjà, la Région wallonne avait inscrit dans son Code du logement une mesure qui permet de faire appel aux opérateurs d’eau et d’énergie pour établir une liste de logements dont la consommation se situe sous le seuil minimal. Jusqu’à présent, le texte n’a pas été suivi d’arrêtés d’exécution. Peut-être l’enquête du CEHD va-t-elle relancer la procédure.

Une fois les logements inoccupés identifiés, c’est au bourgmestre d’entrer en action. « Au cours de la législature précédente, ses pouvoirs ont été renforcés dans le Code de démocratie locale, rappelle-t-on au cabinet de Paul Furlan, ministre des Pouvoirs locaux. Il peut notamment prendre un arrêté de police pour sécuriser la voie publique le long d’un immeuble menaçant ruine. Ca peut aller jusqu’à ordonner la destruction d’un immeuble si la sécurité de la population est mise à mal. » Sans avoir à en arriver jusque-là, pour convaincre les propriétaires de rénover ou de réaffecter leurs biens, les communes ont en général instauré dans leur arsenal réglementaire une taxe sur les immeubles inoccupés. Elle est parfois dissuasive. Ou pas…

A Graide, une maison rasée sur ordre du bourgmestre

Un conflit oppose de longue date le maïeur à un propriétaire de trois maisons considérées comme des ruines. Reportage.

Temps de lecture: 3 min

Petite bourgade de l’entité de Bièvre, près de Paliseul, Graide alterne les maisons traditionnelles en pierres et d’autres plus récentes en briques. A plusieurs endroits du village, des bruits de marteaux et d’outils divers se font entendre. Certaines des plus anciennes bâtisses subissent un ravalement de façade bienvenu, d’autres se voient reconstituer de fond en comble. Seule reste leur enveloppe extérieure. Signe d’un village vivant qui, même s’il s’est vidé de la majorité de la majorité de ses commerces, tient à son image. Mais pas partout…

Rue de la Station, une vieille grue rouillée semble monter la garde devant une petite bicoque aux briques rouges abandonnée. Totalement passée et décolorée, l’affiche « à vendre » fixée à une fenêtre y est incontestablement depuis longtemps. Des vitres sont brisées. L’état général est déplorable. Presque une ruine.

Quelques rues plus loin, près de l’église, les pelleteuses ont fait leur œuvre. A côté d’une maison saine, une parcelle jonchée de briquaillons témoigne de la présence passée d’une maison. « Elle a été rasée en mars dernier à la demande du bourgmestre, explique Eugénie, la coiffeuse. Le propriétaire possède trois maisons dans le village, dont celle devant laquelle se trouve la grue. Il n’en fait rien et fait croire qu’il veut vendre mais dès qu’un candidat acquéreur se présente, il le décourage. En plus, il demande un prix bien trop élevé. » « Pour pouvoir raser l’autre, embraie un client, le bourgmestre a dû aller en justice. Il a gagné parce que la bâtisse était dangereuse. »

« Ça faisait des années que j’essayais de convaincre les propriétaires soit de vendre, soit de rénover cette maison, explique David Clarinval, bourgmestre MR de Bièvre. Ils n’ont jamais rien voulu entendre. En juillet 2014, j’ai pris un arrêté de police ordonnant la destruction de la maison. Le propriétaire est allé devant le Conseil d’Etat où il a été débouté. C’est une décision qui n’a pas été agréable à prendre mais j’ai été obligé de démolir car les ruines menaçaient de s’effondrer et le site n’était pas sécurisé. Il en allait de la sécurité des habitants du village. »

Le montant total des travaux de démolition tourne autour des 20.000 euros. Ils ont été pris en charge par la commune de Bièvre. Une somme que le bourgmestre entend bien récupérer. « Le montant va être facturé au propriétaire. S’il ne paie pas, nous serons obligés de saisir les deux autres maisons en ruine que possède cette famille et de les vendre pour nous garantir le remboursement, assure David Clarinval.C’est une famille de ferrailleurs qui nous pose pas mal de problèmes. Concernant ses maisons, elle évoque des problèmes d’indivision qui la ralentisse dans la vente ou la rénovation. La vérité n’est pas totalement là car j’ai déjà dû intervenir à plusieurs reprises à l’encontre du propriétaire. En 2010, j’ai dû faire enlever des carcasses de voitures et de machines qu’il entreposait chez lui et sur des terrains qui ne lui appartenait pas. » Même la maison qu’occupe le propriétaire avec sa mère octogénaire est dans le viseur du bourgmestre. « La toiture est très dangereuse et menaçante mais ils ne veulent rien savoir. »

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