Avec Stéphan Sonneville, l’Europe est dans le cœur d’Atenor

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ENTRETIEN

Stéphan Sonneville.
Stéphan Sonneville. - D.R.

Stéphan Sonneville est le patron d’Atenor, un promoteur qui a toujours fait de l’Europe son cheval de bataille. Ses premiers investissements dans le quartier européen à Bruxelles remontent d’ailleurs à 1992. Il est également vice-président de l’UPSI (Union professionnelle du secteur immobilier) pour la Région de Bruxelles-Capitale. À quelques encablures des élections, européennes mais aussi fédérales, nous lui avons donné la parole pour voir quelle importance la Commission européenne revêt pour l’immobilier bruxellois en particulier et belge en général.

Stéphan Sonneville, quel est votre sentiment à l’approche des élections ?

Tout le monde prédit une vague verte et sociale, j’en prends bonne note et je suis très serein mais nous n’éviterons pas à mon sens une nouvelle coalition. Attendons avant de nous prononcer…

Si Ecolo prend le pouvoir, cela veut dire selon toute vraisemblance construire plus de logements accessibles à Bruxelles. D’accord avec ça ?

Aucun problème pour améliorer la mobilité et rendre le logement plus accessible mais nous autres promoteurs privés voulons le même taux de TVA de 6 % que Citydev. Et puis je dis attention aux mesures transitoires. La mission d’un promoteur est de transformer le tissu urbain pour l’adapter aux nouveaux besoins des habitants. Il lui faut 6 ans pour y arriver. Je veux bien m’adapter à de nouvelles règles à condition que celles-ci ne changent rien à ce qui a été entrepris avant leur introduction. Il faut nous laisser le temps d’intégrer les changements sous peine de voir les terrains baisser de valeur.

Avez-vous un message particulier à faire passer aux politiques ?

Il faut continuer à développer près des gares. Que ce soit autour de la gare du Midi, du Nord, de Bruxelles-Central ou de Schuman, il faut densifier et apporter de la mixité dans ces zones car ce sont des lieux de vie où la mobilité peut être encore plus améliorée.

On parle de Bruxelles comme d’une ville « durable ». C’est quoi au juste ?

Une ville durable est une ville qui réussit l’équilibre entre les volets social, environnemental et économique. Construire social, c’est donner de l’importance aux espaces publics et j’espère à ce sujet qu’on va arrêter de critiquer le piétonnier de Bruxelles. Quand les Diables rouges réalisent quelque chose de grand, les gens, qu’ils soient riches ou pauvres, se réunissent sur les places publiques qui deviennent des espaces à grande mixité sociale.

Quid de la dimension environnementale ?

Bruxelles est en avance sur les normes de construction des bâtiments (NDLR : avec l’obligation de construire passif notamment). Nous autres Belges, nous faisons école à travers le monde. En 2018, Rudi Vervoort (le ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale) est allé à New York pour promouvoir nos architectes.

Vous alliez embrayer sur le volet économique…

Le moteur de la Région bruxelloise est l’Europe. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, il n’y a plus de grands corporates à Bruxelles. Voyez KBC qui part s’installer à Namur et à Gand. L’Europe alimente largement, même si indirectement, l’économie bruxelloise. Cela va de la vente de sandwichs dans les snacks le midi à la vente et la location d’appartements aux émissaires européens. Autre pan important : l’industrie du lobbying. Elle est colossale et ne fera que croître à l’avenir. Même si les moyens de télécommunications ont évolué, il y aura toujours un énorme besoin de rencontres internationales physiques et Bruxelles occupe sur ce point une place incroyable sur l’échiquier mondial.

Près de 30 ans après la construction de votre premier bâtiment, où en est le quartier européen ?

Aujourd’hui, les promoteurs ont compris son importance et y investissent massivement. Car une chose est sûre : le quartier du Kirchberg au grand-duché du Luxembourg ou Strasbourg ne nous attendent pas ! Il faut voir son quartier européen pour comprendre. Là-bas, les pouvoirs ont davantage les coudées franches pour mener à bien leur politique de développement tandis qu’en Belgique, les intérêts locaux et privés peuvent trop contrarier l’intérêt général. Regardez le RRUZ (le Règlement Régional d’Urbanisme Zoné) qui vient d’être attaqué au Conseil d’Etat. Et puisque le quartier européen est à cheval sur plusieurs communes, Bruxelles-Ville, Ixelles et Saint-Josse, avec Woluwe qui n’est pas loin, la lasagne institutionnelle complique encore les choses. Nos futurs gouvernants devront se donner les moyens d’accueillir l’Europe. Ne jouons pas avec notre bonheur.

Que répondez-vous à ceux qui prônent une dispersion des bureaux de la Commission européenne à travers Bruxelles ?

Je suis totalement contre. Premièrement, parce que la présence de l’Europe chez nous a besoin d’une visibilité et d’une identité fortes. Ensuite parce que disperser reviendrait à créer encore plus de va-et-vient entre les employés des différents bâtiments et services et créerait encore davantage de trafic dans une capitale déjà suffisamment surchargée. Enfin, parce qu’il est beaucoup plus facile de sécuriser une zone quand tout est rassemblé au même endroit. Et je ne dois pas insister sur l’importance de la sécurité de nos jours…

Sur un plan strictement visuel, comment voyez-vous le quartier européen idéal ?

Je le disais déjà il y a dix ans : il faut libérer les gabarits sous conditions et permettre de monter les constructions à certains endroits tout en laissant des espaces verts autour. Cela permettrait de casser cette impression de couloir qui se dégage trop des rues Belliard et de la Loi. Je plaide en faveur du Paysage Urbain Loi (PUL). (lire par ailleurs)

Vous êtes également un fervent adepte de la « smart-Region », une Région intelligente. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Est « smart » ce qui est à la fois durable et technologique avec une dose de démocratie participative. Bruxelles doit aller vers ça. Sur le plan de la technologie, nous avons des poches de valeur ajoutée qui sont en train de se créer. Mais si l’on regarde par exemple la situation du coworking chez nous, on est en retard par rapport à des villes comme Londres ou Amsterdam. Déjà aujourd’hui, la technologie entraîne une meilleure connectivité. Il nous faut par exemple des outils numériques qui permettent de lire les plaques de voiture pour mieux réguler le trafic. La technologie peut aussi aider par exemple à mieux gérer les places de parking disponibles dans une ville.

Justement, sur ce point, on sait que beaucoup de promoteurs râlent parce qu’on leur impose dans tout projet neuf de prévoir une place de parking par appartement construit…

C’est beaucoup trop. Jusqu’ici, on a beaucoup trop pénalisé le parking. Sachez par exemple qu’aujourd’hui, une place de parking réservée à un bureau ne peut pas être accordée au propriétaire ou au locataire d’un logement, et vice versa. Il faut davantage de souplesse dans les règlements.

Pour limiter le trafic dans les grandes villes, le télétravail semble une solution idéale. Pourtant, cela coince encore parfois trop auprès des employeurs…

Le télétravail comme outil miracle ? Désolé mais c’est un petit peu tarte à la crème. Il améliore le confort de l’employé, c’est évident, mais il limite sa performance. Je ne dirige pas Atenor depuis mon jardin. Un boss a besoin de voir ses collaborateurs. Je préfère des mesures comme celle qui a été prise par la ville de Rotterdam où l’on reçoit un avantage fiscal si on vient plus tard au bureau.

Pour certains, le trajet maison-bureau est un vrai cauchemar…

Pour résoudre ça, il faut mettre des trains à toutes les heures de la journée et afficher une cohérence plus globale en matière de politique de mobilité. J’en reviens à ce que je disais au début : il faut développer les gares, c’est la seule manière de réconcilier les gilets verts et les gilets jaunes car le train est le moyen de déplacement le plus économique et le plus durable. À ce sujet, Atenor s’est récemment associé à AG Real Estate et Axa pour développer le centre CCN à la gare du Nord. Les travaux commenceront en 2021, une fois que les employés de la Région auront quitté leurs bureaux.

174.000

Par Paolo Leonardi

Soit le nombre de mètres carrés construits par Atenor dans le quartier européen depuis 1992. Les immeubles sont, dans l’ordre de construction, le Montoyer 34 (12.000 m2, 1992), le White Park (12.000 m2, 1995), le Montbourg-Luxbourg (30.000 m2, 1997), le Trebel (30.000 m2, 2016) et The One (30.000 m2, 2018). Atenor possède aussi un terrain sur lequel il ambitionne de construire un grand centre de congrès, le Realex. La demande de permis a été introduite.

Concours international: densification

Par Paolo Leonardi

Le concours international pour l’aménagement du quartier européen a été remporté par Christian de Portzamparc. Dans sa vision, l’architecte français prône notamment la densification du quartier, le passage d’une rue de la Loi corridor à une rue ouverte, la création d’espaces et de places publics, différents reculs des fronts de bâtisse.

Le Programme Urbain Loi (PUL) doublera le nombre de mètres carrés actuels du périmètre pour atteindre 880.000 m2. Il prévoit 400.000 m2 supplémentaires de bureaux à destination de la Commission européenne sur les 800.000 m2 qu’elle occupe aujourd’hui dans le quartier. On sait que le parc immobilier occupé par l’Europe est en grande majorité obsolète. Le PUL prévoit également 110.000 m2 de logements et 60.000 m2 d’équipements et de commerces. En décembre 2010, le gouvernement bruxellois en a approuvé les lignes directrices. Il a dans le même temps lancé le processus permettant d’assurer la mise en œuvre rapide du projet. Le PAD (Plan d’aménagement directeur) est en préparation.

 
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