Mapic food: l’alimentation au centre de l’immobilier commercial

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Le secteur food and beverage va prendre uen importance croissante dans les centres commerciaux.
Le secteur food and beverage va prendre uen importance croissante dans les centres commerciaux. - E. Megret.

Il pleut sur Milan mais cela n’empêche pas un attroupement de personnes de se former devant le MiCo, le Milano Congressi, le centre de Congrès à l’architecture futuriste implanté au cœur de la capitale lombarde. Depuis quatre ans, Reed Midem, la société organisatrice du Mipim à Cannes, y tient le Mapic Italy, la version italienne du grand salon de l’immobilier commercial né lui aussi dans la Cité des Festivals.

L’occasion pour les acteurs du secteur de réseauter et de dénicher le bon investissement à réaliser. A cet événement, déjà décliné dans d’autres pays (Russie et Inde), est venu s’ajouter en 2018 le Mapic Food, un appendice du Mapic Italy qui sent bon la pizza et le café, deux des ingrédients qui font la réputation de l’Italie à travers le monde.

En pénétrant au sein de MiCo, on est tout de suite frappé par un détail : les odeurs qui se dégagent des cuisines. A droite, on entre dans la zone réservée au Mapic où les promoteurs et autres investisseurs échangent leurs cartes de visite. A gauche, l’odorat vous mène tout droit vers les stands de la partie « Food » où l’on prépare les plats qui seront servis pendant les deux jours du salon.

Pizzas, lasagne, panini con le polpette (petits pains avec boulettes), poissons frits, saucisses, panettoni, chocolats : tout est gratuit et… à volonté. Ruée garantie à partir de midi trente. « Dans les cinq années à venir, 50 % de l’occupation commerciale dans le monde sera consacrée aux loisirs et à l’alimentation », explique Nathalie Depetro, directrice des événements Mapic au sein de Reed Midem. « Aujourd’hui, 22 % des ventes en Europe sont effectuées en ligne. Pour attirer le chaland, les centres commerciaux devront de plus en plus se transformer en “lieux de vie” où l’on ressent des émotions, ce qu’on ne peut pas vivre en faisant ses achats sur internet. »

D’où l’idée de créer le Mapic Food. Cette année, 35 enseignes dédiées à l’alimentation ont pris un stand. C’est encore très peu, mais Nathalie Depetro ne doute pas du succès futur de la manifestation. « D’ici 3 à 4 ans, le Mapic Food doit devenir un événement de référence », dit-elle ainsi. « Car le F&B (NDLR : l’industrie du Food and Beverage) va continuer à se développer partout. Cette année, nous avons plus de 350 enseignes enregistrées en tant que visiteurs. L’événement étant encore nouveau, elles préfèrent venir voir avant de se décider à prendre un stand pour l’année prochaine… »

La présence du Mapic Food à Milan n’est pas le fruit du hasard. Depuis l’Exposition universelle de 2015, la cité lombarde est devenue la capitale mondiale de l’alimentation et une « Food Week » y est désormais organisée sur le modèle de la Design Week ou la Fashion Week. « Cette transformation de l’immobilier commercial doit être vue comme quelque chose de positif », insiste Nathalie Depetro. « Aux Etats-Unis, 15 millions de mètres carrés de surfaces commerciales ont été fermés ces deux dernières années, mais elles seront transformées en zones de restauration et de loisirs, en structures de coliving ou de coworking, en écoles ou en plateformes culturelles. Les centres commerciaux du futur seront ceux où l’on pourra à la fois faire ses achats, se nourrir et se divertir. A ce sujet, une étude réalisée au Moyen-Orient démontre que la présence de zones de restauration et de parcs de loisirs au sein même des centres commerciaux débouche sur un temps de visite plus long des consommateurs, et donc aussi un temps de consommation plus important. A ce sujet, nous allons organiser cette année un salon “loisirs” au sein du Marriott en préouverture du Mapic cannois. »

Bayerische Burger et Würstel

Attirer le chaland pour le retenir davantage : telle est la nouvelle recette du chef. Pour ce qui est des enseignes présentes au Mapic Food, on signalera deux foodtrucks, ces points d’alimentation installés dans des camionnettes devenues des incontournables dans les grandes villes. La première s’intitulait « Löwengrube » et venait de Munich. Au menu : le Bayerische Burger et, bien sûr, les Würstel et autres bières munichoises. On est très loin de la pasta et de la mozzarella, mais c’est un concept culinaire comme un autre. L’autre foodtruck s’appelait « Nordsee », enseigne allemande elle aussi, et proposait des bagels au saumon et des baguettes aux crevettes. Pour le reste, les 33 autres enseignes étaient italiennes. Certaines sont déjà bien implantées dans la Péninsule mais inconnues en Belgique.

Justement, les Belges brillaient par leur absence au salon. Nous en avons croisé certains (lire par ailleurs), mais tous avaient fait le voyage à Milan pour le Mapic et non pour la partie restauration… où ils sont tout de même allés faire un tour car l’estomac finit toujours par avoir le dernier mot.

« Le Mapic Food a une vocation internationale », conclut Nathalie Depetro. « A terme, toutes les enseignes et tous les goûts culinaires pourront y être représentés et le salon servira à les faire connaître. Je ne veux pas m’avancer en termes d’objectifs car le salon doit encore grandir. Mais il y a lieu d’être optimiste car le besoin de points de vente dans le secteur de l’alimentation ne se fera pas ressentir que dans les centres commerciaux. Les rues commerçantes de premier rang où la mode est trop présente vont devoir elles aussi y passer… »

Les Belges «L’Italie offre d’énormes opportunités»

Par Paolo Leonardi

entretien

Francisca Boucher.
Francisca Boucher. - D.R.

Francisca Boucher est responsable de l’Agence bruxelloise pour l’accompagnement des entreprises Hub.brussels à Milan. Présente en Lombardie depuis plus de vingt ans (elle a créé le bureau en 1996), sa mission est d’aider les entreprises italiennes à mieux connaître le marché bruxellois et ses opportunités d’investissement, et vice versa. Nous l’avons croisée dans les allées du Mapic Food alors qu’elle accompagnait un groupe d’étudiants d’EMI, le programme immobilier de la Solvay Brussels School, en visite pendant 4 jours dans la capitale lombarde.

Dans quels domaines œuvrez-vous ?

Tous les domaines, le secteur alimentaire, mais aussi la mode, le design et beaucoup d’autres secteurs encore. Récemment, nous avons accompagné des Belges à un Congrès juridique à Rome.

Quel est votre but ?

Aider les entreprises et acteurs des deux pays à faire connaissance pour favoriser l’exportation. Nous mettons les gens en contact et organisons des visites pour déboucher sur des collaborations.

Pourquoi un bureau en Italie ?

Parce que c’est un pays où il y a tout : la montagne, la mer, les lacs, le climat, les vins, les glaces sans parler de la pizza et du café ! Mais c’est surtout un pays qui offre encore d’énormes opportunités de développement.

L’ouverture en 2021 d’Eataly en face de la Bourse va permettre aux Bruxellois et aux Belges dans l’ensemble de mieux connaître les produits gastronomiques de la Péninsule. Une bonne chose ?

Oui, parce que jusqu’ici, les produits italiens manquent encore trop dans notre capitale. Hub.brussels est d’ailleurs à la base du contrat entre Eataly et l’ancien bâtiment d’Actiris.

D’autres ouvertures de concepts similaires sont possibles ?

Oui, car le marché de la gastronomie italienne est très vaste. A ce sujet, le responsable de Mercato Metropolitano, un endroit incroyable basé sur l’enseignement de la cuisine italienne qui avait ouvert dans un hangar à côté de la Porta Genova durant l’Expo universelle de Milan, cherche toujours à s’implanter à Bruxelles. Il était d’ailleurs en lice avec Eataly mais a finalement perdu la compétition. A l’époque, nous lui avions organisé des visites et il avait adoré le site de Tour et Taxis. Pour l’heure, il se concentre sur des projets à l’international puisqu’il vient d’ouvrir un Mercato à Londres. Mais un jour, il en ouvrira un à Bruxelles, c’est sûr.

Que pensez-vous du Mapic Food ?

C’est un salon intéressant pour attirer des sociétés italiennes en Belgique et j’espère qu’il va grandir car les concepts que je vois ici sont faciles à importer.

Pourquoi dès lors n’y a-t-il pas davantage d’enseignes alimentaires italiennes présentes chez nous ?

Parce que Bruxelles, tout le monde connaît mais personne ne prend le temps de la visiter à fond. Il faut la faire connaître à l’étranger encore et encore. Et ne croyez pas que le bilinguisme freine les investisseurs italiens : ils s’en moquent.

Avez-vous déjà organisé des citytrips culinaires à Bruxelles ?

Quelques-uns, oui, mais le temps manquait à chaque fois. Et puis les enseignes italiennes n’aiment pas voyager avec leurs concurrentes. Il faudrait organiser des voyages individuels.

Avez-vous un budget suffisant pour cela ?

Joker (rires) ! Disons qu’on possède assez de créativité pour faire face au manque de budget…

 
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