Nadia Vrancken, le couteau suisse de l’immobilier belge

Derrière le sourire de façade et un calme de tous les instants, Nadia Vrancken cache une volonté de fer.
Derrière le sourire de façade et un calme de tous les instants, Nadia Vrancken cache une volonté de fer. - D.R.

ENTRETIEN

A 44 ans, Nadia Vrancken a déjà touché à toutes les facettes de l’immobilier. Architecte de formation, elle s’est très vite tournée vers le milieu de l’immobilier pour atterrir chez Equilis, le bras immobilier du groupe Mestdagh qui s’est fait connaître par le développement de retail-parks et de centres commerciaux.

Nadia Vrancken, vous avez étudié l’architecture mais n’avez jamais vraiment exercé. Pourquoi ?

Je ne peux pas dire que je n’aimais pas cette profession mais, très vite, j’ai eu envie d’élargir mes connaissances pour me pencher sur tout ce qui encadrait le métier, à savoir le montage de projets et les aspects financiers qui y sont liés. J’ai complété mes études par une année en gestion et suis entrée dans l’univers de l’immobilier.

Par quelle voie ?

Celle d’agent immobilier. J’ai travaillé pendant 7 ans chez Codemer, une agence basée à Bruxelles qui se distinguait de la concurrence par la consultance et le conseil donné au client. C’est elle qui a réalisé l’étude qui établit une hiérarchie des différentes zones de la Région de Bruxelles-Capitale encore utilisée aujourd’hui. Je vendais des espaces de bureaux à des investisseurs étrangers. Quand Codemer a été repris par les Suédois de Cattella, j’ai compris qu’il était temps de changer d’air. Leur vision du marché belge était trop financière.

Vous entrez alors chez AG Real Estate, anciennement Fortis Real Estate…

Je suis tombée par hasard sur une de leurs annonces. Ils recherchaient un responsable de projets. J’ai été engagée dans la cellule développements qui s’occupait entre autres de projets mixtes. J’ai achevé le dossier des galeries Anspach. Un autre dossier emblématique dont je me suis occupée était celui des galeries de la Monnaie situées juste à côté. Quand j’ai compris qu’il n’était pas possible d’en faire une galerie commerçante, l’idée de placer des grands magasins donnant sur la rue m’est apparue. Ça a dénoué tout le dossier qui était d’une complexité sans nom.

Vous avez alors un pied solidement ancré dans l’univers de l’immobilier commercial. Il est tellement solide qu’en 2015, vous prenez la direction du département retail chez AGRE…

J’avais une belle équipe. Nous nous sommes occupés notamment de la rénovation-extension du Westland à Anderlecht et de la rénovation de City 2, en cours aujourd’hui. Sous ma direction, nous avons également intégré Devimo Consult, la cellule qui gérait nos centres commerciaux. C’était tout de même un fameux changement puisque le retail d’AGRE a englobé 40 personnes supplémentaires.

C’est alors que vous décidez de quitter la société pour rejoindre Equilis. Pourquoi cette décision ?

(Elle réfléchit) Parce que cela faisait dix ans que je travaillais chez AGRE et que j’avais envie, une fois encore, d’élargir mes compétences. Après le bureau et le retail, il me manquait le résidentiel et le développement de projets de A à Z. Equilis, avec qui AGRE avait travaillé sur un projet, me proposait cette opportunité. Quand j’arrive à Gosselies, c’était l’époque du deal de Docks Bruxsel (NDLR : la revente du centre commercial), l’internationalisation du groupe était en marche et je me suis vu confier la direction des développements en Belgique.

Quel souvenir gardez-vous de vos débuts ?

Je me suis retrouvée face à un boulevard de défis à tous les niveaux : la gestion d’une équipe d’une quarantaine de personnes, celle d’un nouveau business et la gestion financière d’une société. Chez Equilis, l’approche humaine est différente qu’ailleurs et très importante. D’un seul coup, j’ai eu beaucoup de choses différentes à gérer. Mais une locomotive sans wagon ne va pas loin. J’ai fait monter à bord de nouveaux renforts, d’autres sont partis mais c’est normal. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être devenue un 4 × 4 (rires).

Vous venez d’engager un directeur technique néerlandophone en provenance de Matexi. Un signe que vous voulez vous développer en Flandre ?

Equilis est surtout connu pour ses développements en Wallonie mais nous avons aussi aujourd’hui un pied à Bruxelles avec le projet de rénovation d’un immeuble de bureaux rue du Trône, à deux pas de la gare du Luxembourg. Quant à la Flandre, elle n’est plus une porte fermée.

Equilis Belgique réalise aujourd’hui 70 % de son chiffre d’affaires dans le résidentiel alors qu’on vous connaît surtout pour vos centres commerciaux ou retail-parks. C’est devenu votre nouvelle marque de fabrique ?

C’est vrai depuis les Papeteries de Genval et Court-Village, nos premiers projets à appartements. On navigue aujourd’hui à un rythme de construction de 500 unités par an. Notre département développement comporte 7 personnes sous la direction bicéphale d’Olivier Weets et de Jean-Philippe Doutrelugne. Toute la question est de savoir ce qu’il faut mettre en œuvre pour tenir ce rythme. Personnellement, je commence à bien connaître le produit auquel on veut arriver.

Quel est-il ?

Toute l’équipe est orientée vers le client. Nous le suivons pas à pas, une attitude qui nous vient de notre expérience dans le retail. Nous travaillons beaucoup en amont avec des agents externes qui connaissent parfaitement le marché où l’on s’implante. L’« Equilis touch » consiste à apporter une attention toute particulière au cadre de vie des futurs propriétaires ou locataires. On soigne aussi beaucoup l’architecture, ce que j’apprécie énormément car je reste très attachée à ma formation. Notre comité esthétique regarde chaque détail pour réaliser le projet auquel on croit. A chaque fois, nous repartons d’une page blanche mais c’est parfait car il y a une énergie folle dans mon équipe.

Etes-vous souvent en contact avec Carl Mestdagh, le grand patron d’Equilis ?

Tout le temps. C’est quelqu’un qui, même s’il n’est pas toujours là physiquement, est très présent dans les affaires du groupe. Il ne sert à rien d’arriver en force chez lui car il aime prendre son temps pour rassembler tous les éléments avant de se décider. Je suis une de ses sources mais pas la seule car il aime aller chercher ses informations de son côté, pour enrichir la réflexion.

Quelle est la plus grande difficulté dans votre métier ?

Tenir le rythme de construction, je l’ai déjà dit. Pour répondre au besoin de notre actionnaire, nous devons développer rapidement, ce qui devient très difficile en Belgique avec les difficultés à obtenir les permis, les élections ou le nouveau décret sol pour ne prendre que ces exemples. Prendre 3 à 6 mois de retard dans un développement est très facile mais on ne peut pas se le permettre.

Etre une femme dans un monde d’hommes, c’est comment ?

C’est plutôt une bonne chose car ça apporte un équilibre dans les relations. Personnellement, je ne l’ai jamais ressenti comme une difficulté même si je me rends compte que ça peut en être une pour certaines femmes. Simplement, il faut parfois savoir être comme les hommes et foncer plutôt que se poser trop de questions. Nous sommes aussi compétentes et valables qu’eux.

Maintenant que vous avez touché

à tous les domaines de l’immobilier, quelle sera votre prochaine étape ?

Il y a encore tellement de choses à faire pour asseoir notre business en Belgique que je ne me pose pas la question. J’aimerais que nos concurrents voient davantage Equilis comme un partenaire potentiel sur les grands projets. Ce n’est pas le cas pour l’instant, peut-être parce qu’avec Docks Bruxsel, notre étiquette de constructeur de centre commercial nous colle encore trop à la peau.

On vous sent toujours très prudente lorsqu’il s’agit de communiquer des chiffres. Pourquoi cette réserve ?

Parce que n’étant pas coté en Bourse, nous ne sommes pas obligés de communiquer (rires) ! Mais je vais quand même vous en donner un : une dizaine de projets sortiront de terre d’ici à 2025. Et un autre : cette année, nous avons 6 chantiers en cours ou qui démarrent, ce qui est inédit dans l’histoire d’Equilis.

Que vous manque-t-il pour être totalement épanouie dans votre métier ?

J’aimerais avoir plus de temps à ma disposition pour avoir davantage de recul pour réfléchir à ce que nous voulons faire et comment y arriver. J’ai peut-être un peu trop la tête dans le guidon pour l’instant mais je dois apprendre à dire non et à lâcher prise. Mais j’aime énormément m’investir dans nos projets. J’aime voir les immeubles sortir de terre et savoir que l’on contribue, à notre manière, à améliorer la vie de tous les jours de nos clients. Nous construisons de belles histoires.

Lorsqu’on s’entretient avec vous, vous murmurez plutôt que vous ne parlez. Vous ne haussez jamais le ton ?

Je peux m’affirmer quand c’est nécessaire et suis beaucoup moins calme que j’en ai l’air (rires). Mais j’estime qu’il ne faut pas crier pour se faire entendre. Je suis la main de fer dans un gant de velours, comme on dit…

Vous êtes mariée et mère de trois enfants. Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie privée ?

Ce n’est pas tous les jours facile, j’en conviens, mais je suis fort soutenue. C’est important.

 
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