Accueil Opinions Cartes blanches

«Elections 2019: 300 mètres de déclarations, et pas plus!»

Durant la campagne électorale, les présidents de partis francophones n’ont daigné accorder d’entretien aux journalistes de la VRT qu’à l’occasion de leur furtif passage dans le couloir (300 mètres de long) qui sépare la radiotélévision flamande de la RTBF. Ce faisant, ils se sont coupés encore un peu plus des électeurs néerlandophones. Faut-il dès lors s’étonner du fossé qui se creuse entre le nord et le sud ?

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

Deux Belgique » titre Le Soir, au lendemain des élections. La conclusion d’une évolution prévisible : les deux démocraties dans ce pays votent depuis quelques années d’une façon différente, une différence qui s’aggrave.

Cette tendance ne date pas d’hier, mais la fracture n’a jamais été aussi si prononcée. Désormais, former un gouvernement fédéral basé sur les résultats les plus récents devient un travail herculéen.

Une stratégie en échec

Cela fut une surprise pour les observateurs francophones, en témoignent les titres des principaux quotidiens. Du côté néerlandophone, la surprise fut limitée. Pendant des semaines, Bart De Wever n’avait cessé de projeter le scénario d’un « front populaire », une coalition des partis de gauche, avec à la tête l’écologiste Kristof Calvo. Le raisonnement était simple : une majorité de partis de gauche en partie francophone prendrait la main pour former un gouvernement fédéral, avec une minorité de partis néerlandophones. Pour la N-VA, la projection de cette idée (qui s’avère correcte après l’annonce lundi déjà d’Elio Di Rupo sur le plateau de la RTBF) faisait partie de sa stratégie électorale : expliquer aux électeurs flamands que, pour éviter un gouvernement de gauche, il ne fallait pas voter Vlaams Belang mais N-VA. Une stratégie qui n’a pas fonctionné du tout. La percée du Vlaams Belang est devenue réalité.

Le rappel d’un cauchemar orchestré

L’idée de « deux Belgique » reste difficile à avaler pour le monde francophone. En décembre 2006, la RTBF diffusait le docufiction intitulé « Bye Bye Belgium ». Ce faux documentaire présentait un scénario catastrophe aux téléspectateurs francophones, avec une Flandre, où les forces nationalistes (la N-VA, Liste Dedecker et Vlaams Belang) avaient concentré leurs forces, qui déclarait unilatéralement l’indépendance. Un cauchemar pour beaucoup de téléspectateurs francophones, dont certains se firent avoir par la fiction et appelèrent, alarmés, la télévision publique. Certains d’entre eux allèrent manifester devant le palais royal pour montrer leur soutien à une Belgique fédérale.

Aujourd’hui, selon certains observateurs, ce cauchemar est devenu réalité.

Des présidents francophones absents

Mais ce que je ne comprends pas, maintenant que tous les observateurs francophones se voient confrontés à ce clivage entre les deux démocraties, c’est le mutisme des politiques francophones envers la presse flamande pendant cette campagne électorale. Aucun président de parti (à l’exception du Premier ministre), plusieurs d’entre eux favorables à une circonscription fédérale, ne se montra prêt à participer à une émission électorale de la VRT, par exemple pour expliquer le point de vue du monde francophone aux électeurs flamands. Le seul moyen d’avoir une réaction des présidents de parti francophones, fut de les attendre à l’entrée du bâtiment partagé entre la VRT et la RTBF, et de les interroger tandis qu’ils se précipitaient vers le studio de la RTBF. Le journaliste de la VRT, Pieter Jan De Smedt, parla de « l’interview des 300 mètres ». C’est la longueur du couloir parcouru…

Pendant cette campagne, l’électeur flamand a donc eu droit à 300 mètres de déclarations des francophones, pas plus. Et après, on est surpris du clivage entre les deux mondes électoraux ?

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une