Bleu Blanc Pop

Après une belle exposition consacrée aux liens entre peinture et écriture en début d’année, Yves Brigode, François Golenvaux et Pierre Babut du Marès, les trois associés de la Belgian Gallery, organisent leur plus ambitieuse manifestation de l’année au sein de l’ancienne agence bancaire qu’ils occupent sur la place d’Armes, à deux pas du Théâtre de Namur. Trois associés et treize ans de présence dans les foires : voici avec quelles compétences les Namurois ont investi depuis deux ans ces 200 m2 pour y montrer uniquement de l’art belge, de la fin du XIXe siècle à nos jours, en associant souvent un ou deux grands noms à des artistes moins connus ou résolument contemporains afin d’attirer un public plus nombreux. En prélude à la réouverture de la Maison de la culture en septembre – fermée pour d’importants travaux de rénovation –, ils consacrent leur expo d’été à l’impact du pop art en Belgique, des années 1960 à nos jours. Que du belge, dont trois artistes contemporains – Philippe Geluck, Delphine Boël et William Sweetlove. Un second volet, entièrement consacré aux artistes pop namurois, démarrera le 21 septembre jusqu’à la fin octobre.

Louis-Marie Londot, «
Underground
», 1974, 85 × 65
cm, huile sur toile, 4.500 euros.
Louis-Marie Londot, « Underground », 1974, 85 × 65 cm, huile sur toile, 4.500 euros. - DR.

Chronologiquement, nous rappelle Denis Laoureux dans le catalogue qui accompagne l’exposition, c’est en Angleterre que les premiers signes d’une culture pop se sont d’abord manifestés, dans le cadre d’un collectif artistique fondé en 1952 à Londres, l’Independent Group. L’Amérique suit de près. En 1960, Andy Warhol abandonne sa carrière d’illustrateur au profit d’une peinture conçue à l’effigie d’étiquettes de boîtes de conserve. Un an plus tard, Claes Oldenburg loue un espace dans lequel il reconstitue le décor d’un magasin voisin. Il y place des sculptures fabriquées en plâtre et intitule l’exposition « The Store ».

Et la Belgique dans tout ça ? Denis Laoureux nous éclaire à ce propos : « L’usage plastique de matériaux de récupération et d’objets quotidiens a constitué le fondement d’une réaction à l’abstraction lyrique qui s’était imposée sur la scène belge après 1945. Les peintres ne voient plus l’œuvre d’art comme un lieu où s’exprime un élan intérieur mais plutôt comme le témoignage d’une conscience de soi dans un monde qui se transforme à toute vitesse. C’est là, le fondement du néo-dadaïsme et du pop art, qui en est le prolongement. »

Retour à la figuration

Delphine Boël, « Letter to God - Make it Stop »,  2013, 169 × 157cm, acrylique, encre de Chine et paillettes sur papier.
Delphine Boël, « Letter to God - Make it Stop », 2013, 169 × 157cm, acrylique, encre de Chine et paillettes sur papier. - DR

Après l’exposition ING en 2015, c’est donc au tour de la galerie namuroise de proposer « sa » version du pop art belge depuis les années 1960-70. Si la plupart des pièces proviennent du second marché, de nombreuses œuvres sont dévoilées pour la première fois au public. C’est évidemment le cas de pièces contemporaines, mais aussi de plusieurs œuvres de Guy Baekelmans ou même de la plasticienne namuroise Evelyn Axell. Disparue trop tôt, elle souhaitait rendre ses pièces plus accessibles : voici son souhait exaucé avec une déclinaison inédite au moyen de la sérigraphie (allant de 10 à 25 exemplaires) de certains de ses travaux. Une salle entière lui est d’ailleurs consacrée dans l’exposition, qui montre aussi quelques très belles œuvres de Pol Mara, Cel Overberghe, Jean-Marie Van Espen, Paul van Hoeydonck, Mi van Landuyt et Wout Vercammen, sans oublier les multiples de Marcel Broodthaers et les œuvres de Guy Baekelmans, pionnier du constructivisme belge avec Guy Vandenbranden.

Evelyn Axell, « Le peintre en extase - déclinaison 4 couleurs »,  2019, 60 × 45 cm (par pièce), sérigraphie sur papier Laurier 250 g.
Evelyn Axell, « Le peintre en extase - déclinaison 4 couleurs », 2019, 60 × 45 cm (par pièce), sérigraphie sur papier Laurier 250 g. - DR

Quant à Louis-Marie Londot, il explique sa conversion au pop art en ces termes : « Au terme d’une longue aventure, il ne me restait plus qu’à revenir à la figuration. J’étouffais de n’être lu que par un cercle restreint d’esthètes. L’exposition du pop art à Bruxelles, en 1965, fut la révélation. Retour au sujet simple, voire anecdotique, mais transcendé par la couleur, affirmée, proclamée, claironnée. » Prix de la Jeune Peinture Belge en 1962, il réalise une synthèse étonnante et personnelle entre les thèmes typiques des années 1960 (les rayonnages d’un supermarché, par exemple) et l’iconographie religieuse (la résurrection du Christ) !

« Tout est pop. L’influence du pop art en Belgique de 1960 à nos jours », Belgian Gallery, jusqu’au 29 juin,

8 place d’Armes, 5000 Namur, du jeudi au samedi de 14 à 18 h ou sur rendez-vous. www.belgiangallery.com

 
 
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