Laurent Ciman au «Soir»: «L’équipe nationale, c’est terminé pour moi»

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Laurent Ciman n’aura pas fui la Major League Soccer très longtemps. Depuis la fin du mois de décembre, il a retrouvé le championnat américain, quelques mois seulement après l’avoir quitté pour une pige à Dijon qui n’aura pas été couronnée de succès. De l’autre côté de l’Atlantique, il a retrouvé le plaisir de jouer, après avoir digéré la déception née de son absence de dernière minute au Mondial russe, mais aussi, voire surtout, un cadre idéal pour sa famille, et en particulier pour sa fille Nina. A trente-trois ans, le Farciennois dit avoir fait une croix sur l’équipe nationale et espère vivre une belle fin de carrière au Toronto FC. C’est au centre d’entraînement de sa nouvelle formation, à une dizaine de kilomètres du centre-ville, que nous l’avons rencontré, serein et résolument heureux d’être de retour sur le sol canadien. Comme s’il ne l’avait jamais quitté.

Laurent, il y a pratiquement un an (le 16 juin 2018), vous quittiez la Russie en même temps que la sélection nationale, qui s’apprêtait à disputer la Coupe du monde. Avec le recul, avez-vous digéré cette énorme déception, vous qui aviez fait le voyage avec le statut de « joker médical » en raison des pépins physiques de Vincent Kompany et Thomas Vermaelen ?

J’ai mal vécu ce moment, ce n’est pas un secret. Je pense qu’un jour, je parlerai plus ouvertement de l’équipe nationale. Pourquoi pas peut-être écrire un livre, si une maison d’édition est intéressée par mon histoire. Pour expliquer mes sentiments, comment j’ai ressenti ce moment de ma carrière. C’était difficile, je ne vais pas trop en dire. Accompagner le groupe avec le statut de « joker médical », et toute l’incertitude qui l’entoure, ce n’est pas quelque chose que tu as envie de faire, mais tu le fais par respect pour les supporters, pour la nation. Je l’ai fait parce que je ne voulais pas avoir de regrets, tout simplement. Je voulais respecter les gens qui vont travailler tous les jours et qui sont devant leur télévision pour supporter les Diables. Je me disais que beaucoup de personnes rêveraient d’être à ma place, même si c’est une place où tu n’as pas envie d’être. Pour toutes ces raisons-là, je l’ai fait.

Vous avez suivi les Diables tout au long de leur parcours, en dépit de votre éviction de dernière minute ?

Même si je ne faisais pas partie de l’aventure, je voulais qu’ils aillent jusqu’au bout. Les joueurs ne sont pas responsables de mon absence, c’est le coach qui a pris une décision. Certains étaient tristes pour moi, d’autres un peu moins, on ne va pas se mentir.

Vous avez eu l’occasion d’en parler avec le sélectionneur Roberto Martinez, qui ne vous a d’ailleurs plus repris dans sa sélection depuis ?

Non, depuis que je suis parti de Russie, c’est fini. Je n’ai plus jamais eu de contacts avec lui.

Comment expliquez-vous votre absence de la sélection nationale depuis près d’un an ?

J’ai ma propre idée là-dessus, et ça aussi je le dirai au moment voulu.

Mais vous espérez toujours être appelé à l’avenir ?

Non, c’est fini pour moi. Avec la jeunesse qui arrive, c’est tout à fait logique. Je suis loin de l’Europe aussi, ça engendre des frais supplémentaires. Ça coûte évidemment moins cher de faire venir Brandon Mechele de Bruges que moi du Canada… Et puis, c’est un très bon joueur, qui a fait une excellente saison. Il est jeune, c’est l’avenir des Diables rouges. A mon poste, il y a aussi Jason Denayer qui est là, Zinho Vanheusden qui va bientôt venir frapper à la porte de l’équipe nationale. J’ai déjà trente-trois ans et, à mon âge, il est temps de passer à autre chose et de laisser la place aux jeunes, tout simplement.

Pour vous, c’est une forme de retraite internationale ?

Non, pas une retraite. Si je suis appelé, je viendrai, mais ça m’étonnerait beaucoup. Je ne suis pas le genre de joueur à me dire que je prends ma retraite internationale. Ça se fait tout seul, je ne suis plus appelé, comme c’est le cas pour l’instant. La jeunesse va prendre la relève. Ça se fait naturellement. Je ne prends pas ma retraite, je ne serai plus sélectionné, c’est tout.

De son côté, Marouane Fellaini a, lui, annoncé officiellement sa retraite internationale à 31 ans. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Marouane est un joueur qui a toujours énormément travaillé. Je l’ai connu à Charleroi chez les Espoirs, où on ne le considérait pas du tout. Il était souvent critiqué, c’était une période très difficile pour lui. Quand je vois où il est arrivé grâce à son travail acharné, je ne peux avoir que du respect pour lui. Il a peut-être estimé, lui aussi, qu’il fallait laisser la place aux jeunes. Il souhaite peut-être prendre un peu plus de repos, chose que tu ne peux pas faire quand tu es appelé en équipe nationale. Il a pris une décision, il faut la respecter.

Il laissera un grand vide, selon vous, en équipe nationale ?

C’est un joueur irremplaçable, par rapport à son style de jeu complètement atypique. Il apportait beaucoup dans les duels et sur les phases arrêtées. Un jour ou l’autre, Vincent Kompany arrêtera aussi sa carrière internationale et il laissera un très grand vide derrière lui. Quand Vincent est à son top physiquement, c’est l’un des meilleurs défenseurs du monde. On a une équipe nationale de qualité et, à chaque fois qu’un joueur va arrêter, il laissera un grand vide derrière lui.

Justement, vous avez le sentiment qu’il y a suffisamment de jeunes pour prendre la relève de la génération dorée ?

Oui, il y a de la relève. Après, je ne sais pas si elle sera aussi forte que la génération actuelle. Mais, on ne doit pas se faire de souci, il y a des joueurs de qualité. Ils doivent simplement garder les pieds sur terre comme ils le font pour l’instant et continuer à travailler. On a un bon sélectionneur, un bon staff. En équipe nationale, tu es toujours très bien entouré, on prend soin de toi, des gens sont là 24 heures sur 24 si tu as besoin de quoi que soit. Je pense que tout le monde prend du plaisir en sélection. Je ne suis pas inquiet pour l’avenir, ça va très bien se passer pour les Diables rouges.

Il y aura l’Euro 2020 dans un peu plus d’un an, vous pensez qu’ils peuvent remporter cette compétition ?

Oui, j’en suis convaincu. Mais, dans un grand tournoi, tu ne sais jamais ce qu’il peut se passer. On a les qualités pour gagner le trophée et j’espère qu’ils iront au bout cette fois-ci.

«Ma priorité a toujours été le bien-être de ma famille»

Sous le maillot du Los Angeles FC.
Sous le maillot du Los Angeles FC. - ©News

Laurent, vous avez retrouvé, en début d’année le Canada et la MLS, le championnat nord-américain, après quelques mois passés à Dijon, en France. Pourquoi avez-vous choisi le club de Toronto ?

C’était très compliqué au niveau de ma vie privée en France. À partir du moment où c’est difficile dans la sphère privée, ça devient compliqué aussi du côté professionnel. On a décidé, avec mon épouse, de trouver une solution pour essayer de revenir au Canada où on sait très bien qu’il y a tout ce qu’il faut pour la famille.

C’est donc pour votre petite fille Nina, qui est atteinte d’autisme, que vous êtes revenu ici au Canada ?

Oui, c’est exact. J’ai fait ça pour la famille, comme je l’ai toujours fait. Il y a plusieurs clubs qui se sont manifestés, j’ai dû faire des choix. Pour moi, le plus important, c’était de me rapprocher de ma maison à Montréal, l’endroit où ma fille se sent le mieux. Toronto est arrivé avec une proposition, ça a très vite été réglé.

On l’a dit, vous avez quitté Dijon après seulement quelques mois, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pour vous là-bas, où vous n’avez été titulaire qu’à sept reprises ?

Je n’arrivais pas à retrouver le niveau qui était le mien. Je n’avais pas forcément la confiance de l’entraîneur Olivier Dall’Oglio. Il m’a fallu un temps d’adaptation aussi, la Ligue 1 est un championnat plus physique que ce à quoi je m’attendais. Et puis, comme je l’ai dit, d’un point de vue familial, ça n’allait pas. Quand ça ne pas va pas dans la famille, cela crée des tensions et tu n’es plus toi-même non plus.

Vous avez évoqué cet intérêt de Toronto qui vous a rapidement séduit, mais avant cela, est-ce qu’il y a eu de l’intérêt de la part de clubs belges ou européens ?

À partir du moment où en France ça n’allait pas, mon idée était claire, c’était de revenir ici. L’argent n’a jamais été une priorité. J’ai dû faire des choix, comme j’ai fait le choix de partir de Los Angeles qui n’était peut-être pas le bon. Mais aujourd’hui, je ne regrette rien. Je me suis trompé, c’est tout et je suis content d’être de retour ici.

Vu votre situation familiale, un retour en Belgique avant la fin de votre carrière n’est plus envisageable ?

Je ne sais pas, pour l’instant on est ici au Canada avec ma famille, on continue notre petit bout de chemin. Après on verra, en sachant que j’ai envie de jouer encore quelques années. Si c’est ici, tant mieux, si ce n’est pas ici, on fera les choix qu’on estime les meilleurs pour la famille. J’ai deux ans de contrat, mais ici en MLS, on peut être échangé du jour au lendemain. Pour l’instant, je suis content d’être à Toronto, j’ai retrouvé le plaisir de jouer et je n’ai pas envie de partir. Si ça ne tenait qu’à moi, je ne bougerais pas, mais malheureusement je ne suis pas le seul décideur. Je ne me prends pas la tête avec ça pour l’instant, je suis concentré sur les entraînements et les matches.

Vous avez signé à Toronto à la fin du mois de décembre, comment se déroule votre adaptation d’un point de vue sportif ?

On a été en stage avant le début de la saison, tout s’est très bien passé. Nous avons un groupe compétitif et nous avons réalisé un bon début de saison. Au niveau footballistique, tout se passe très bien. Ma famille est à Montréal (NDLR : un peu plus de 500 kilomètres séparent les deux villes), c’est certain que ce n’est pas toujours évident, j’aurais préféré les avoir avec moi. Mais encore une fois, nous avons fait des choix pour le bien de tout le monde.

Alejandro Pozuelo est arrivé en provenance de Genk au mois de mars. Qu’est-ce ça représente pour votre club l’arrivée de ce joueur, qui a crevé l’écran tout au long de la saison dans le championnat belge ?

On avait besoin de remplacer Sebastian Giovinco, qui est parti au mois de janvier pour l’Arabie saoudite et qui était très important pour nous, par un joueur de haut niveau. Maintenant, Pozuelo est là, c’est un joueur différent qui s’est déjà montré décisif et qui n’hésite pas à travailler pour l’équipe. Son arrivée a mis du temps à se concrétiser, parce que Genk ne voulait pas le laisser partir, à juste titre. C’était une pièce importante pour eux aussi. Désormais, il est avec nous et il est très heureux d’être là.

Vous avez évolué à l’Impact Montréal de 2015 à 2017, puis au Los Angeles FC en 2018, et vous voilà maintenant à Toronto. Comment jugez-vous l’évolution de la MLS ?

C’est un championnat qui grandit d’année en année. Le plus gros point négatif, je dirais que ce sont les déplacements, qui ne se font pas avec des avions privés. Ça, c’est difficile, dans la mesure où il y a beaucoup de vols qui peuvent être annulés ou retardés. On voyage avec tout le monde, donc parfois pour les joueurs vedettes c’est un peu plus compliqué. Mais pour le reste, je pense que nous n’avons rien à envier à l’Europe, nous avons un championnat de qualité, des installations de qualité.

Toronto est une équipe rivale de l’Impact Montréal, votre ancien club. Comment avez-vous accueilli les critiques de certains supporters de l’Impact ?

C’est normal qu’ils soient fâchés contre moi, c’est une réaction naturelle. Quand j’irai jouer là-bas, je vais peut-être me faire siffler et insulter, mais c’est comme ça, c’est le football. J’ai respecté le blason quand j’étais à Montréal, je donnais tout sur le terrain. Je l’ai dit à l’époque, je ne voulais pas quitter le club, mais ils ont pris la décision de me laisser partir. Aujourd’hui, je suis à Toronto et je suis content d’être ici. Quand je jouerai contre Montréal ou n’importe quelle autre équipe, je me donnerai à 200 % pour l’écusson que je porte. Est-ce que je vais avoir droit à une chaude réception là-bas ? Sûrement, mais c’est tout à fait normal. Et je ne leur en veux pas.

«Je peux être fier de ma carrière»

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Vous aurez 34 ans, le 5 août prochain. L’après carrière sportive, c’est une chose à laquelle vous pensez déjà ?

Mon épouse m’y fait penser. Elle a raison parce que je suis plus proche de la fin que du début. Je suis ouvert à beaucoup de choses, on verra où je serai avec ma famille quand ce moment arrivera. Ça dépend énormément de cette donnée-là. Mais oui, il serait temps que j’y réfléchisse un peu plus sérieusement.

Avec l’essentiel de votre carrière derrière vous, il y a des décisions prises au cours de cette dernière que vous regrettez ?

Je ne regrette rien. J’ai fait un mauvais choix, celui d’aller en France.

Et quel passage de votre carrière vous a apporté le plus de satisfaction ?

J’ai eu de très bons souvenirs partout où je suis passé. Je suis content de ma carrière. J’ai eu une carrière atypique. Je me suis révélé en Division 3 et je suis monté en Division 1 grâce à Dante Brogno, il ne faut pas l’oublier. Je suis content d’avoir fait ce que j’ai fait. Mon épouse et mes enfants sont fiers de moi, mes parents aussi, c’est le plus important. Je peux être fier de ma carrière.

 
 
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