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Quand les intellectuels s’égarent et s’emballent pour des idéologies glauques

La droitisation de la pensée soutenue par les écrivains néoconservateurs, en particulier dans l’Hexagone, laisse le champ libre aux « nouveaux anti-modernes » et préfigure une « guerre des droites ».

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Chroniqueur Temps de lecture: 5 min

Ils sont encensés pour la brillance de leur esprit. Leurs livres ou leurs articles ont parfois même le statut de textes sacrés. Les médias les interviewent et les invitent sans compter. Et pourtant, souvent ils s’égarent. Dans les années 1920, Julien Benda parla fameusement de la « trahison des clercs », cette tentation récurrente des intellectuels, car il s’agit bien d’eux, de s’emballer pour des idéologies glauques et des satrapies ténébreuses.

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4 Commentaires

  • Posté par Moreau Michel, samedi 8 juin 2019, 11:11

    Monsieur Marthoz, J'ai apprécié votre "piqûre de rappel" à propos des intellectuels qui s'égarent. Si vous me le permettez, j'aimerais pousser le bouchon un peu plus loin... Au-delà des errances manifestes que vous mentionnez, ne conviendrait-il pas d'identifier des dérives plus discrètes, non militantes, inconscientes même pour la plupart, qui infusent les pensées de nombre d'"experts" par ailleurs perçus comme de premier plan dans leur domaine. Certes, et à juste titre je crois, ils ne se reconnaîtraient pas dans les profils que vous rappelez ; mais leurs contributions sont-elles pour autant immunisées contre la propagation de ces impensés qui rongent notre démocratie ? J'en prend pour symptôme la récente chronique consacrée dans ces pages à "La volonté du peuple, mystérieuse et pleine de contradictions" et mettant en garde contre le recours aux "partis extrêmes" ; une chronique dont d'autres lecteurs ont déjà regretté le ton, et qui fut pour moi "extrêmement"... décevante. Et pourtant, monter en épingle une "contradiction insoluble" entre la "cacophonie" des désirs de chacun et le désarrois des politiciens cherchant désespérément à les satisfaire, c'était déjà l'angle d'attaque favoris des fondateurs du néolibéralisme. Une petite rengaine simpliste que même un enfant de 5 ans pouvait capter, une fondation inexpugnable pour une théorie économique, non ? Et donc un présupposé tout évident pour un économiste... Sauf que, en l'occurrence, l'usage de ce présupposé semble des plus hasardeux : 1. Dans leur toute grande majorité, nos concitoyens sont parfaitement conscients que la vie sociale est faite de compromis et que la collaboration au bien commun ne peut se réaliser sans renoncements. Si les humains avaient dû attendre des leçons d'économie pour le comprendre, l'humanité ne serait tout simplement pas là aujourd'hui (toute l'évolution de notre espèce témoigne de la prévalence de la coopération sur la compétition, de l'empathie sur l'égoïsme, et ce tant pour le partage du sens que pour celui des biens) ; 2. La défiance croissante des électeurs n'est nullement fondée sur cette pseudo-contradiction simpliste, mais sur leur constat de plus en plus désespérant que ce sont les politiciens "traditionnels" eux-mêmes qui ne sont plus du tout intéressés par le bien commun, le bonheur pour tous, la recherche courageuse et assidue des coopérations constructives qui sauraient nous fédérer et nous feraient tous progresser (et tous, c'est tous les humains avec leur maison Terre !). Ces politiciens traditionnels, tout le monde les voit tous les jours, préoccupés d'assurer leur job, leurs indemnités, leur plan de carrière, tout en se camouflant sous les sophismes élaborés par leurs "communicants", s'exprimant dans la langue de bois la plus prévisible, exploitant les mensonges les plus simplistes, quand ce n'est pas le pur déni des évidences. Bien sûr, il y a aussi de braves élus qui se dévouent dans leur mission..., mais est-ce une illusion d'optique si ce ne sont jamais eux qu'on voit à la Une, jamais eux qui sont chargés de piloter la construction de solutions nouvelles, globales, inclusives ? Ceux qu'on voit se cramponnent au catéchisme qui leur tient lieu d'idées et sert de blindage à leur fortin, le parti. De là-haut, souverains, ils lancent des exclusives et creusent des fossés, refusent de prêter main forte s'ils ne sont pas "indispensables", se concentrent sur des partages de pouvoirs soupesés au microgramme, et bien sûr excommunient pèle-mêle tous ceux qu'ils déclarent "extrêmes"... Et s'ils doivent finalement passer par des compromis, ce sera par le bas, par le plus petit commun dénominateur, business as usual. Ce sont ces souverains-là qu'une part croissante de l'électorat veut définitivement évincer, serait-ce en confiant les manettes à ceux que le jeu politique n'a pas, ou pas encore, décrédibilisés... Même si chacun se doute bien que ça ne sera pas nécessairement mieux après, et même si le jeu est à très haut risque... Mais un effet bien plus dangereux encore résulte des intellectuels qui oublient d'utiliser leur intelligence pour éclairer les vrais enjeux, réduire les vraies complexités, et baliser les pistes de résolution... S'accommoder du brouillard des à-peu-près, agiter de faux problèmes... voilà qui, volens nolens, contribue directement à renforcer l'attrait du grand saut, en privant nos concitoyens des outils nécessaires pour comprendre, choisir judicieusement, et s'opposer aux mascarades... Moins évidente mais beaucoup plus répandue que la "trahison", ne faudrait-il donc pas investiguer l'"abdication", celle de ces clercs (dont nous faisons peu ou prou partie, très probablement) auxquels semble manquer ce que J. le Carré a si magnifiquement nommé la "Constance du Jardinier" ? Une dernière remarque, si vous le permettez, concernant l'idée d'un extrémisme Made in France. Je ne crois pas qu'une langue soit plus à même qu'un autre de contribuer à élaborer ou à répandre la haine : ce virus s'adapte malheureusement à tous les environnements... Par contre, la France nous donne en continu la lumière vive des podcasts de France Culture (entre autres), et c'est là un antidote merveilleux à la bêtise et aux replis sectaires !

  • Posté par Grulois Stanislas, dimanche 9 juin 2019, 8:34

    Très bonne réflexion vis-à-vis de notre société malade.

  • Posté par delpierre bernard, vendredi 7 juin 2019, 9:03

    Ce qui est glauque, c'est de refuser de voir la réalité en face ou seulement au travers du filtre en déformant la vision . A force de se réfugier derrière des concepts, la gauche a cru se débarrasser de problèmes patents dus à l'immigration de personnes hostiles en toute intégration aux valeurs durement consolidées par des siècles de lutte..et le boomerang leur revient en pleine figure au point qu'au Danemark, la tête de liste sociale démocrate a enfin intégré la nécessité d'affronter la réalité au lieu de la mettre sous le tapis.

  • Posté par Vynckier Albert, vendredi 7 juin 2019, 6:56

    si tout le monde sait que ces idéologies sont glauques et que les intellectuels qui ont étudié, qui pensent mieux et plus se fourvoient, c'est pas un peu glauque tout ça?

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