Scandale Oxfam: «Des défaillances majeures, et une culture du travail toxique», selon le rapport d’une commission indépendante

Scandale Oxfam: «Des défaillances majeures, et une culture du travail toxique», selon le rapport d’une commission indépendante

Une Commission Indépendante, qui a enquêté sur la culture organisationnelle, les politiques et les procédures en place au sein de la confédération Oxfam, a dévoilé mercredi son rapport. Ce dernier, demandé à la suite de comportements sexuels répréhensibles constatés en Haïti après le séisme de 2010, met en évidence certaines défaillances majeures au sein de l’ONG mais reconnaît en même temps les progrès accomplis.

Oxfam GB avait été éclaboussée en février 2018 par un scandale révélé par la presse britannique sur des abus sexuels commis par des membres de sa mission humanitaire déployée en Haïti après le séisme dévastateur de 2010.

La presse avait rapporté que des employés d’Oxfam y avaient engagé de jeunes prostituées. D’autres collaborateurs étaient accusés de harcèlement et d’intimidation. Des rumeurs sur des agissements semblables au Tchad en 2006 avaient surgi peu après.

Une enquête interne avait été menée en 2011 au sujet de la mission humanitaire en Haïti, et à la suite de cette enquête, sept employés d’Oxfam avaient quitté l’ONG. Quatre avaient été licenciés pour «faute grave» tandis que trois avaient démissionné dont le Belge Roland Van Hauwermeiren, qui avait admis avoir engagé des prostituées.

Le scandale avait poussé à la démission le directeur général d’Oxfam GB, Mark Goldring, et la directrice adjointe d’Oxfam Grande-Bretagne, Penny Lawrence.

« Culture de travail toxique »

«Nous avons créé la Commission indépendante pour qu’elle nous apprenne la vérité sans ambages et pour qu’elle nous indique clairement les aspects sur lesquels nous devons concentrer nos efforts d’amélioration et de quelle manière procéder», explique la directrice générale d’Oxfam International, Winnie Byanyima. «Oxfam accueille favorablement toutes les recommandations qui sont faites par la Commission.»

De manière générale, le rapport met en évidence «certaines défaillances majeures dans les mécanismes de signalement d’Oxfam, dans ses processus de prévention et de protection, et des lacunes en matière de redevabilité», note l’organisation dans un communiqué.

Par ailleurs, de graves problèmes liés au personnel, bien que non généralisés, sont pointés, notamment une culture de travail qui, dans certains contextes, peut s’avérer peu favorable à son épanouissement, voire toxique.

En parallèle, des progrès ont cependant été accomplis par Oxfam pour renforcer ses mécanismes de prévention et de protection, relève la Commission qui retient également «l’engagement à effectuer des réformes» de l’ONG. «Oxfam a adopté des mesures décisives depuis février 2018, y compris mais, sans s’y limiter, de nouvelles politiques communes à l’ensemble de la confédération relatives aux comportements sexuels repréhensibles et à la protection de l’enfance, des procédures opérationnelles standard de signalement des incidents et un réseau unique consacré à la prévention et la protection au sein de l’organisation», souligne encore le communiqué.

43 licenciements en 2018

Certaines procédures ont par ailleurs été renforcées, notamment afin de s’assurer que la totalité du personnel respecte les valeurs de l’organisation et applique le code de conduite.

«La Commission a déclaré à juste titre que nous devions à présent avoir l’audace de nous atteler à de nouvelles réformes. Je suis on ne peut plus d’accord avec cette affirmation», estime Winnie Byanyima.

En parallèle au rapport, une hausse du nombre de signalements de faits répréhensibles a été constatée. L’organisation a ainsi clos en 2018 43 dossiers qui se sont soldés par des licenciements pour cause d’abus avérés. «Nous réagirons à chaque incident porté à notre connaissance et prendrons des mesures contre tous les abus, où qu’ils se produisent», ajoute encore la directrice générale.

En outre, deux nouveaux postes de direction seront créés prochainement au niveau mondial, à savoir celui de responsables de l’éthique et de la culture interne. Ceux-ci seront les garants des valeurs et normes éthiques «encrées dans l’ADN d’Oxfam».

Mardi, un rapport de la Charity Commission, l’organisme britannique de contrôle des associations humanitaires, a quant à lui accusé Oxfam de mauvaise gestion dans son traitement des accusations d’abus sexuels impliquant certains membres de son personnel.

«Oxfam Grande-Bretagne a aujourd’hui accueilli favorablement le rapport de la Charity Commission du Royaume-Uni et accepté son verdict», a réagi Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International.

 
 
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