Lifting pour une tour iconique

Les Bruxellois sont confrontés chaque jour à la transformation du quartier ceinturant la place de Brouckère, en plein cœur de la capitale. Les chantiers s’y succèdent sans discontinuer. Il y a eu d’abord le piétonnier, pas encore entièrement achevé mais dont les contours sont désormais établis et bien visibles. L’an dernier, un énorme trou béant a remplacé l’ancien parking 58 où AG Real Estate construit ce qui sera la future demeure des fonctionnaires de la Ville de Bruxelles. Autour du cinéma UGC De Brouckère, c’est Immobel qui, plus récemment, a racheté à peu près tout le bloc (à l’exception justement du cinéma) et qui s’apprête à y développer un mégaprojet qui prévoira majoritairement du résidentiel. À l’angle de la rue des Halles et de la rue de l’Evêque, avec pignon sur le boulevard Anspach, c’est un autre chantier qui a démarré sur des immeubles qui abritaient jadis un restaurant mexicain au nom délicieux : Chichi’s.

Dans tout ce magma de chamboulements, il ne manquait plus que deux tours, et quelles tours puisqu’on parle ici du centre Monnaie, soit l’imposante carcasse de béton qui surplombe les galeries Anspach, et de la tour De Brouckère, désormais appelée tour Multi, située juste en face.

Ces deux ensembles qui ont fait la fierté du quartier pendant plusieurs décennies avant de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui, à savoir des structures d’un autre temps, ont été acquis par Whitewood, un investisseur immobilier qui a vu le jour à Anvers en 2008. Pour le réaménagement du centre Monnaie, Whitewood s’est associé à Immobel (encore lui) pour développer un projet mixte avec du logement, des bureaux et un hôtel. Pour la tour Multi, par contre, l’investisseur flamand sera seul à la manœuvre (avec des fonds provenant d’investisseurs étrangers et un emprunt bancaire) pour un projet tout de même évalué entre 90 et 100 millions d’euros.

Un projet-phare

La nouvelle tour Multi devrait être achevée début 2021 ; achetée en 2015, les permis ont été octroyés en août 2018. Le désamiantage a démarré, le début des « vrais » travaux est programmé pour le mois d’août. « Il s’agira évidemment de notre projet-phare », explique Valérie Vermandel, jeune responsable du développement chez Whitewood qui a du mal à cacher son enthousiasme. « Nous possédons bien un gros portefeuille immobilier, notamment aux Pays-Bas, mais ici on parle d’un redéveloppement d’une structure de 18 étages, datant de 1969 et emblématique du centre de Bruxelles. Et si l’on y ajoute le centre Monnaie, qu’on développe à 50-50 avec Immobel, c’est encore plus énorme ! Savoir qu’on va laisser une empreinte importante dans un quartier situé au cœur de la capitale de l’Europe ne peut pas laisser indifférente une jeune société comme la nôtre. »

Occupé par deux grands acteurs, à savoir bpost et une agence de BNP Paribas Fortis, laquelle, et c’est à signaler, n’a pas voulu vendre (ou plutôt si, mais à un prix jugé trop élevé) et reste donc propriétaire de ses murs, le socle de la tour sera « habillé » par de hautes baies vitrées plus adaptées à des surfaces commerciales. Tant la poste que la banque resteront et Whitewood s’active aujourd’hui pour trouver les deux autres occupants nécessaires pour remplir le rez-de-chaussée. On parle d’un établissement horeca et d’un autre dont la fonction doit encore être définie.

Dans les grandes lignes, le projet qui a été confié au bureau d’architecture Conix prévoit que les deux rampes d’accès au parking en sous-sol seront modifiées (il n’y en aura plus qu’une). Un accord a été trouvé avec la Stib pour changer légèrement le trajet des bus à l’arrière de la tour, côté rue de Laeken, où l’aménagement d’un jardin viendra remplacer le square actuel. Un jardin suspendu est également prévu au troisième étage, soit juste au-dessus du socle. Quant à l’intérieur de la tour, il sera entièrement désossé pour repartir de zéro et offrir de larges plateaux de bureaux de 2.000 m2 chacun.

Fait à signaler : l’ensemble est déjà quasiment loué. « Du 1er au 6e étage, bpost occupera 17.000 m2 pour y loger ses employés qui travaillent juste en face, dans le centre Monnaie. Ils n’auront qu’à traverser le piétonnier pour déménager. L’autre gros locataire est le géant mondial américain du coworking WeWork qui occupera à lui seul huit étages (du 11e au 18e) pour une surface totale de près de 16.000 m2. « Vous l’aurez compris, il ne reste que les étages 7, 8, 9 et 10 pour lesquels nous cherchons encore des locataires », sourit Valérie Vermandel qui sait qu’elle ne devrait pas éprouver de grosses difficultés pour y arriver vu l’emplacement exceptionnel de la Tour, proche de tous les moyens de communication.

On notera que la tour Multi a participé (et gagné) en 2017 l’appel à projets « be-exemplary » lancé par la Région voici plusieurs années. « Nous avons participé au concours sous l’impulsion du maître-architecte et avons ainsi reçu 200.000 euros, plus 100.000 euros destinés au bureau d’architecte », explique Valérie Vermandel. « Deux cent mille euros, c’est une goutte d’eau par rapport aux 100 millions que va coûter le projet mais, pour être sincère, nous avons participé à ce concours pour démontrer au milieu de l’immobilier ce dont nous sommes capables. »

Une nouvelle catégorie de be-exemplary s’adresse spécifiquement aux grands projets émanant de promoteurs-développeurs privés, lesquels ont cru pendant longtemps, à tort, qu’ils n’avaient pas droit à de tels subsides. Elle prévoit des subsides de 150 euros/m2, avec un minimum de 32.500 euros et pouvant monter jusqu’à 475.000 euros. « Nous avons gagné car un des piliers de notre projet repose sur l’utilisation de l’économie circulaire », conclut notre interlocutrice. « Deux pour cent des matériaux neufs nécessaires à la rénovation viendront de la récupération et nous avons notamment prévu une façade complètement démontable. Nous prévoyons également la mise en pratique de la riothermie, à savoir la récupération de la chaleur provenant des égouts, mais c’est un point encore à l’étude pour l’instant. Pour la petite histoire, nous avons racheté les sols en pierre bleue signés Jules Wabbes qui ont été démontés au siège central de la Fortis actuellement en reconstruction à la Montagne du Parc. »

Comme quoi, refaire du neuf avec du vieux, ça marche aussi pour les grandes tours…

 
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