Un moniteur pour mieux rentabiliser le photovoltaïque

Dans cet article

Environ 70 % de l’électricité produite par les panneaux photovoltaïques des particuliers est en moyenne injectée sur les réseaux de distribution. C’est que, dans bien des cas, les occupants de la maison sont au travail durant la journée. Ils n’ont donc pas l’opportunité de lancer une lessive lors du pic d’ensoleillement…

C’est gênant. Surtout à l’heure où de nombreuses autorités publiques, sous la conduite de l’Union européenne, préconisent l’autoconsommation de l’énergie produite par les installations domestiques. Et au moment où, en Wallonie, un « tarif prosumer » va entrer en vigueur.

Ce sera au 1er janvier 2020. Pour rappel, ce tarif revient à demander une contribution aux propriétaires de panneaux pour l’utilisation du réseau de distribution (voir ci-dessous).

Pour aider ces « prosumers » (producteurs-consommateurs) à échapper autant que possible à cette redevance, quatre étudiants en dernière année à l’UCLouvain sont en train de développer une solution technique. A savoir : un moniteur d’énergie intelligent qui aiderait à augmenter l’autoconsommation. Son nom ? Sunseï.

L’idée est née dans la tête de deux ingénieurs : l’un en informatique, Maxime Dimidschstein, et l’autre en électromécanique, Louis Body. Afin de couvrir les différents aspects liés au lancement d’une start-up, ils ont été rejoints par un ingénieur de gestion, Maxime Goffin, ainsi que par une juriste, Anne-Sophie Van Vlasselaere.

Un boîtier facile à placer

Leur moniteur consiste d’abord en un boîtier qui s’installe entre l’onduleur (l’appareil qui transforme le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif) et le tableau électrique (d’où part le circuit de la maison). « Un prototype existe déjà et fonctionne dans une habitation », précise le quatuor. « La prochaine étape est d’en produire une dizaine et de les faire tester par autant de ménages. Un appel a été lancé sur les réseaux sociaux. Nous allons veiller à sélectionner des candidats avec autant de profils différents afin de couvrir un maximum de situations. Par exemple, certains auront un véhicule électrique, d’autres disposeront d’une pompe à chaleur, etc. Ces tests seront menés cet été. »

Pour le moment, le boîtier est commandé sur place. À terme, il sera relié, via wifi et internet, à une application pour smartphone. Il sera alors gouvernable depuis n’importe où : dans la maison, au bureau, à l’extérieur… « Cette application doit encore être développée », poursuivent les jeunes entrepreneurs. « Elle aura pour mission d’aller chercher sur le web les données météo du jour et, en fonction, de déterminer la production attendue de courant. L’utilisateur pourra alors établir une liste de tâches à accomplir : lancer une machine à lessiver, faire tourner le lave-vaisselle, recharger la batterie du vélo électrique, alimenter le chauffe-eau, etc. »

Un contrôle à distance

L’application activera les machines aux heures où la production des panneaux est la plus intense. Les ordres seront en fait donnés à des prises intelligentes installées sur chacun des appareils.

Ces prises, commercialisées à large échelle, peuvent ouvrir et couper l’alimentation à tout moment. Elles mesurent également la consommation. Grâce à l’internet des objets, ces données remonteront jusqu’à l’application. Un utilisateur de Sunseï pourra donc à tout moment suivre voire modifier la liste de tâches, à distance et en temps réel.

« Notre objectif est d’être prêt pour le 1er janvier 2020, date à laquelle le tarif prosumer wallon entrera en vigueur », poursuit l’équipe. « Notre solution permettra aux propriétaires de panneaux de réduire le paiement de cette redevance. À Bruxelles, la réglementation est différente mais il sera également intéressant pour les prosumers d’augmenter leur autoconsommation. Ce sont donc ces deux marchés que nous comptons cibler dans un premier temps. »

Un prix d’environ 300 euros

Le boîtier et l’application de Sunseï pourraient être mis en vente aux environs des 300 euros. « Le prix n’est pas encore arrêté parce que nous devons encore mener des études de marché plus approfondies. Mais il serait de cet ordre de grandeur. »

Les boîtiers seront assemblés en collaboration avec la société Quimesis, basée à Wavre et spécialisée dans la réalisation pour compte de tiers d’appareils électroniques innovants.

Ceci étant, ce moniteur pourrait-il être concurrencé par les batteries domestiques, qui permettent de stocker l’électricité produite la journée et de l’utiliser le soir ? L’équipe de Sunseï ne le pense pas. « D’abord, ces batteries coûtent très cher (entre 5.000 et 10.000 euros, NDLR). Ensuite, un système intelligent de gestion de l’électricité autoproduite est pertinent dans tous les cas de figure. Enfin, il est tout à fait possible de combiner notre moniteur avec une batterie. Les deux sont donc davantage complémentaires que concurrents. »

www.sunsei.be

Tarif prosumer

Par Jean-Christophe de Wasseige

Chaque propriétaire de panneaux est à la fois producteur et consommateur de courant. D’où le terme anglais de prosumer. Quand sa production est excédentaire, il injecte de l’électricité sur le réseau. Quand sa production est déficitaire, il en prélève. Le prosumer wallon qui produit sur l’année autant que ce qu’il consomme ne paie pas pour l’utilisation du réseau : rien en injection et rien en prélèvement. Grâce au principe de compensation (le « compteur qui tourne à l’envers »), son prélèvement brut de courant est diminué de son injection. Ce principe a été accordé lors des débuts du photovoltaïque. Toutefois, il a été jugé « inéquitable » au regard des autres consommateurs qui paient une redevance réseau à 100 %. L’autorité wallonne des marchés de l’énergie, la Cwape, a donc décidé d’instaurer au 1er janvier 2020 une participation aux frais de réseau sur la base des prélèvements bruts : le « tarif prosumer ». Elle sera soit forfaitaire (par exemple, si le compteur est analogique), soit exactement proportionnelle au prélèvement (si le compteur est à double flux). L’électricité excédentaire injectée viendra, elle, toujours compenser la partie énergétique de la facture, note l’association APERe (accompagnement aux énergies renouvelables). À Bruxelles, la « compensation » sera également supprimée, courant 2020. Avec toutefois des différences par rapport à la Wallonie. Un : cette compensation ne sera plus possible ni sur les frais de réseau ni sur le prix de l’électricité elle-même. Deux : le prosumer pourra toutefois revendre son courant excédentaire. Trois : le calcul des prélèvements bruts se fera grâce à des compteurs bidirectionnels obligatoires.

 
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