Les joyaux de Malraux

Alors que la France célèbre cette année les 60 ans du ministère de la Culture, la maison de ventes Artcurial disperse la collection personnelle d’André Malraux (1901-1976), figure majeure de son temps qui fut tour à tour écrivain, résistant, théoricien des arts et premier homme à la tête de l’emblématique ministère. Composé d’une centaine de pièces (tableaux, sculptures, livres, manuscrits, lettres, mobilier et objets d’art), cet ensemble éclectique témoigne des passions de celui qui l’a patiemment imaginé et rassemblé au cours de sa vie, au gré de ses voyages. La collection reflète ses liens profonds avec les plus grands artistes de l’époque – de Braque à Picasso en passant par Miró. « André Malraux est un personnage hautement romanesque. Sa collection reflète ses goûts : il vivait pour l’art, et il est très émouvant de réunir ces objets une dernière fois. Il chérissait tout particulièrement les deux œuvres de Georges Braque, évoquées par lui dans plusieurs interviews. Il a eu toute une réflexion sur nos relations à l’art comme peu d’hommes ont pu en avoir : c’est une belle occasion de rappeler tout ce qu’il a pu faire pour les arts, en France et au-delà, déclare Stéphane Aubert, directeur du Département Inventaires chez Artcurial. Nous sommes heureux de pouvoir rendre hommage à l’œuvre et aux engagements de Malraux. Toute sa vie, il aura été guidé par sa curiosité et sa passion pour l’art, véritable fil conducteur de son existence. Les œuvres proposées aux enchères sont ses biens les plus personnels, les plus intimes. »

Georges Braque, «
Ciel et oiseaux
», huile sur papier, 64,80 x 50 cm, estimation : 20 000 - 30 000 euros.
Georges Braque, « Ciel et oiseaux », huile sur papier, 64,80 x 50 cm, estimation : 20 000 - 30 000 euros. - Artcurial.

Parmi les objets uniques qui l’entouraient au sein de sa dernière demeure de Verrières-le-Buisson, on remarque le bureau sur lequel il écrivit ses derniers ouvrages (estimation 4.000 – 6.000 euros) et des œuvres d’artistes avec lesquels il se lia d’amitié au cours de sa vie. Braque, avec qui André Malraux entretint une amitié profonde, est représenté par une très belle huile sur papier, Ciel et oiseaux , estimée 20.000 à 30.000 euros, ainsi que par une lithographie en couleurs, Oiseaux dans le feuillage , réalisée en 1961 (estimation 10.000 – 15.000 euros). La vacation propose également deux œuvres dédicacées par leurs auteurs, un pastel et feutre sur papier de Joan Miró (estimation 3.000 – 4.000 euros) et une lithographie de Zao Wou-ki (estimation : 4.000 – 6.000 euros).

André Malraux, artiste lui-même

La vente permet de découvrir un aspect moins connu de la personnalité d’André Malraux : celui de l’artiste. Passionné dès son enfance par le dessin et les félins, il accompagnait sa signature d’un chat stylisé et offrait régulièrement à ses proches et amis des illustrations qu’il appelait des « dyables ». Les œuvres de sa collection mettent en lumière un Malraux portraitiste, avec un rare ensemble de trois encres sur papier, représentant trois caricatures de Pablo Picasso (estimation 3.000 – 4.000 euros).

Joan Miro, Sans titre, 1967, pastel et feutre sur papier (page imprimée de «
Derrière le miroir
»), signé et dédicacé en bas à droite «
pour André Malraux, avec la vieille amitié de Miro
», 37,20 x 28,20 cm, estimation : 5 000 - 8 000 euros.
Joan Miro, Sans titre, 1967, pastel et feutre sur papier (page imprimée de « Derrière le miroir »), signé et dédicacé en bas à droite « pour André Malraux, avec la vieille amitié de Miro », 37,20 x 28,20 cm, estimation : 5 000 - 8 000 euros. - Artcurial.

On découvre aussi son goût prononcé pour les arts du monde entier à travers certains objets d’art premier, d’art précolombien, d’Asie ou encore à travers un bel ensemble de peintures haïtiennes. Un ensemble d’objets collectionnés au fil de ses voyages, reflet de son « musée imaginaire », est également présenté à la vente. Parmi ceux-ci, une coiffe en turquoise et cuir du Tibet estimée entre 2.000 et 3.000 euros, qu’il avait installée sur son bureau à Verrières-le-Buisson comme pour l’accompagner dans ses derniers écrits. On trouve également de nombreux objets d’art premier tels qu’un masque heaume « cracheur de feu » provenant de Senoufo au Mali (estimation 4.000 – 6.000 euros), une figure de reliquaire kota du Gabon (estimation 6.000 – 8.000 euros) ainsi qu’un très beau masque de Papouasie-Nouvelle-Guinée, estimé entre 8.000 et 10.000 euros. Lors de son dernier voyage en Haïti en décembre 1975, André Malraux est ébloui par la communauté des peintres du Saint-Soleil. Enchanté par ces tableaux magnétiques, il complète sa collection par un remarquable ensemble de peintures haïtiennes, dont Adam et Eve chassés du paradis , toile signée Franklin Latortue en 1975 (estimation 6.000 – 8.000 euros) et Loas, œuvre réalisée par Robert Saint-Brice, figure emblématique de la peinture haïtienne (estimation 3.000 – 4.000 euros).

La collection intime d’André Malraux, vente publique chez Artcurial mercredi 19 juin à 19 h, 7 rond-point des Champs-Élysées, 75008 Paris, www.artcurial.com

 
 
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