Jugement sévère de la Commission européenne sur le plan climat belge

Jugement sévère de la Commission européenne sur le plan climat belge
Pierre-Yves Thienpont

Ce mardi, la Commission européenne a rendu public son avis concernant les plans nationaux énergie-climat présentés par les Etats membres pour la période 2021-2030. Comme on s’y attendait, elle ne les juge pas compatibles avec les engagements pris collectivement par l’Union lors de la signature de l’accord de Paris en décembre 2015 et elle appelle les Etats à en faire davantage.

Le bulletin belge n’échappe pas à l’examen attentif des services européens. Comme on s’y attendait, il récolte un certain nombre de critiques. Pour l’exécutif européen, il manque d’ambition tant en matière d’énergie renouvelable que d’efficacité énergétique. Sur une série de points, il reste trop flou et les politiques envisagées manquent de précision. Les politiques actuelles, rappelle la Commission, mèneront à une réduction de nos émissions de 13 % en 2030 par rapport à 2005. Or, nous devons arriver à -35 %.

La Commission critique par ailleurs le manque d’intégration du document belge qui ressemble davantage à un empilement de quatre plans non coordonnés non concertés qu’à une véritable démarche commune. « Des efforts substantiels et une volonté politique considérable sont nécessaires pour réaliser un plan national mieux intégré », estime ainsi l’exécutif européen. Ce plan serait par ailleurs un outil « pour faciliter la coopération entre les différentes autorités responsables en matière de transition énergétique ».

La Belgique, dit le rapport de la Commission, doit « compléter les informations sur les politiques et mesures nécessaires pour atteindre une réduction d’émission dans les secteurs non-industriels de 35 % en 2030, dit la Commission. « L’essentiel des réductions d’émissions doit intervenir dans les secteurs du bâtiment et des transports », rappelle-t-elle. La Belgique doit donner plus de détails sur ces secteurs, les réductions prévues et les mesures envisagées. De précédents avis avaient déjà pointé le caractère très vague des intentions belges.

Pousser les renouvelables

La Belgique doit par ailleurs « augmenter sensiblement le niveau de son ambition en matière d’énergie renouvelable », dit l’Europe pour atteindre au moins 25 % de la consommation en 2030 et établir une trajectoire indicative pour y arriver. Le chiffre actuel prévu dans le plan belge est de 18,3 %. Un sérieux effort sera donc nécessaire et la Commission demande des « politiques et mesures détaillées et quantifiées » dans le domaine. Il faut une attention particulière au secteur du chauffage et du refroidissement et diversifier les renouvelables dans le secteur du transport, juge la Commission.

La Belgique doit également relever le curseur de l’ambition en matière de réduction de la consommation d’énergie finale, estime le rapport et prendre des mesures additionnelles permettant de réaliser des économies d’énergie supplémentaires d’ici à 2030.

Plus de clarté est également demandée sur le financement (objectifs et montants-cibles nationaux) de la recherche et de l’innovation en matière énergétique et identifier les subventions aux énergies fossiles et les actions à prendre pour les éliminer. Selon une évaluation très prudente du bureau de consultance Climact réalisée pour le WWF, la Belgique soutiendrait les énergies fossiles à hauteur d’un peu moins de 3 milliards d’euros par an.

Que va-t-il se passer maintenant ? Chaque Etat membre doit amender et améliorer son plan et le soumettre, définitivement cette fois, à la Commission. Le délai pour la présentation des plans définitifs est fixé au 31 décembre 2019. Les Belges ont déjà réfléchi à des procédures, mais il n’est pas certain qu’elles déboucheront sur une meilleure intégration des approches régionales et fédérale. Chaque entité réexaminera sa partie du plan et y apportera éventuellement des améliorations. Dans un processus dont l’absence de transparence est toujours aussi critiquée, celles-ci seront soumises à un « contrôle politique » ultime à la fin de l’automne. Puis approuvée par le comité de concertation fédéral-Régions « au plus tard le 18 décembre 2019 ».

 
 
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