Trois banques belges retirent leur argent du tabac

Il y a sans doute une part de marketing «
santé
» dans cette démarche, mais les trois institutions ne manquent pas d’argument pour justifier d’être les premières à s’engager dans ce sens.
Il y a sans doute une part de marketing « santé » dans cette démarche, mais les trois institutions ne manquent pas d’argument pour justifier d’être les premières à s’engager dans ce sens. - EPA.

C’est sans contexte une étape importante dans la dénormalisation progressive du tabac dans la société belge : trois institutions financières annoncent aujourd’hui qu’elles n’investiront plus un euro dans les fabricants ou les distributeurs du tabac, de manière à bannir le produit de leurs ressources et de celles de leurs clients dans l’avenir.

AXA Belgium, BNP Paribas Fortis et KBC excluent désormais le tabac de leur portefeuille de fonds. Cela peut paraître surprenant, mais la plupart des portefeuilles « de bon père de famille » comprennent aujourd’hui des participations dans des fabricants de tabac. Celles-ci sont parfois habilement dissimulées au sein de groupes agro-alimentaires, dont le nom n’évoque pas directement les marques des produits proposés aux consommateurs. Elles échappent donc à un examen sommaire, tels que l’effectuent la plupart des clients, surtout si cette participation est reprise dans une sicav, qui comprend parfois des dizaines de valeurs.

Ce faisant, ces banques prennent leurs distances par rapport à cette industrie. L’Alliance pour une société sans tabac salue leur décision et exhorte les autres institutions financières à leur emboîter le pas. On voit mal les autres banques belges rester silencieuses après cette première déclaration.

Des fonds sans tabac

AXA Belgium, BNP Paribas Fortis et KBC ont signé le Tobacco Free Finance Pledge. Cette initiative émane de Tobacco Free Portfolios, une organisation qui œuvre en faveur d’un monde sans tabac à travers l’abandon des investissements dans ce secteur. L’Alliance estime que les organismes bancaires et assureurs doivent exclure le tabac de leurs fonds pour pouvoir signer la charte « Génération sans tabac » et rejoindre ainsi le rang de ses partenaires.

L’Alliance se réjouit en outre que les trois institutions souscrivent à l’ambition de faire émerger une première génération sans tabac : « En signant la charte, elles affirment leur volonté de tendre vers une société où plus personne ne souffre (et ne décède) des conséquences du tabagisme, actif et passif. Elles adhèrent ainsi à un grand mouvement sociétal déterminé à ce qu’une génération puisse grandir et proclamer en 2037 “Je fais partie de la première génération sans tabac”. Tous les soutiens seront utiles pour atteindre cet objectif », poursuit l’Alliance.

Couper le financement

Il y a sans doute une part de marketing « santé » dans cette démarche, mais les trois institutions ne manquent pas d’argument pour justifier d’être les premières à s’engager dans ce sens. Pour Dina Iosifidis, Corporate Responsibility & Affairs Manager d’AXA Belgium, « AXA Belgium a été le premier assureur à annoncer, en 2016 déjà, la vente de tous ses investissements en actions et obligations de l’industrie du tabac. Ces investissements ne sont pas compatibles avec notre mission d’assureur. Depuis, nous sommes allés encore plus loin en cessant effectivement d’assurer l’industrie du tabac. En signant la charte “Génération sans tabac”, nous voulons contribuer à concrétiser l’objectif d’une génération sans tabac, mais aussi lancer un signal à d’autres investisseurs. »

« L’Organisation mondiale de la santé a souligné les conséquences nocives du tabagisme pour la santé et BNP Paribas Fortis a réagi », poursuit Wilfried Remans, Director CSR & Public Affairs. « Fin 2017, la banque a décidé de ne plus financer les entreprises actives dans le secteur du tabac, mais aussi de ne plus investir dans cette industrie. » Daniel Falque, CEO de KBC Belgique, conclut : « L’impact négatif du tabagisme sur notre santé et notre cadre de vie est incontestable. Voilà pourquoi nous appliquons aujourd’hui les politiques les plus strictes en ce qui concerne le financement et l’assurance des entreprises liées au tabac. Le rôle pionnier de KBC n’est d’ailleurs pas nouveau : au début des années 1990, nous comptions déjà parmi les premières entreprises sans tabac du pays. »

« Dénormaliser » le tabagisme

« L’Alliance pour une société sans tabac se réjouit du soutien grandissant que recueille Génération sans Tabac. Ce soutien est indispensable, car des centaines de jeunes commencent à fumer chaque semaine en Belgique. A travers sa charte, l’Alliance pour une société sans tabac veut offrir aux enfants le droit de grandir dans un environnement non-fumeur et protéger les jeunes contre la dépendance au tabac. L’objectif est que plus aucun enfant né à partir de 2019 ne commence à fumer. Pour atteindre cet objectif, l’Alliance veut “dénormaliser” le tabagisme en présence d’enfants et interdire le tabac dans les lieux fréquentés par de nombreux enfants. Voir fumer incite en effet à fumer et donne l’impression que c’est “normal”. Donc, moins les enfants verront de fumeurs, moins ils seront tentés de commencer à fumer ! », explique Anne Boucquiau, porte-parole de l’Alliance et porte-parole francophone de la Fondation contre le cancer.

 
 
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