Trump contraint de changer de ministre de la Défense en pleines tensions avec l’Iran

Patrick Shanahan
Patrick Shanahan - AFP

Donald Trump a été contraint mardi de se séparer de son ministre de la Défense Patrick Shanahan, qui a renoncé à ce poste pour raisons familiales, en pleine montée des tensions avec l’Iran, accusé par Washington d’avoir attaqué des pétroliers en mer d’Oman.

M. Shanahan «a décidé de renoncer au processus de confirmation pour consacrer plus de temps à sa famille», a tweeté le président américain, qui a choisi le secrétaire de l’armée, Mark Esper, comme nouveau ministre de la Défense par intérim.

M. Shanahan a confirmé dans un communiqué avoir décidé de renoncer à ce poste pour éviter à ses enfants de «revivre un chapitre traumatisant de notre vie de famille et de rouvrir des blessures que nous avons mis des années à panser». «J’aurais été très heureux de devenir ministre de la Défense, mais pas aux dépens de mes enfants», a-t-il ajouté.

Selon le quotidien USA Today, le FBI enquêtait, dans le cadre du processus de confirmation, sur des accusations de violences conjugales datant de 2010 à l’encontre de M. Shanahan, aujourd’hui divorcé. En fait, selon des documents légaux publiés par le quotidien, c’est son ex-femme Kimberley qui avait été arrêtée pour violences conjugales, M. Shanahan ayant été retrouvé le nez en sang et le visage couvert de griffures.

Escalade des tensions

Ce départ tombe mal pour le président américain, au moment où les Etats-Unis ont encore renforcé leur dispositif militaire au Moyen-Orient pour répondre à ce qu’ils qualifient de «comportement hostile des forces iraniennes».

Avant de renoncer à son poste de ministre, M. Shanahan avait en effet autorisé lundi l’envoi de 1.000 militaires supplémentaires «à des fins défensives pour répondre à des menaces aériennes, navales et terrestres au Moyen-Orient», assurant que les Etats-Unis continueraient «de surveiller attentivement la situation» afin «d’ajuster le niveau des troupes» le cas échéant.

C’est donc le chef de la diplomatie, Mike Pompeo, qui s’est rendu mardi à Tampa pour défendre, avec les responsables du commandement militaire américain central (Centcom), l’envoi de ces renforts.

Ce déploiement doit «convaincre le gouvernement islamique de l’Iran que nous sommes déterminés et les dissuader de (commettre) de nouvelles agressions dans la région», a-t-il expliqué. «Nous devons être prêts à répondre à toute menace de l’Iran», a-t-il ajouté, tout en assurant que «le président Trump ne (voulait) pas la guerre» avec l’Iran.

De son côté, M. Trump a relativisé la portée de l’attaque de deux tankers en mer d’Oman, attribuée par Washington à l’Iran, minimisant l’importance stratégique de cette zone pour les Etats-Unis. «Jusqu’ici, cela a été très limité», a-t-il déclaré au magazine Time.

Alors qu’on lui demandait dans quelles conditions il envisagerait le recours à la force militaire face à l’Iran, M. Trump a répondu: «Je le ferais certainement sur la question des armes nucléaires. (...) Pour le reste, je laisse un point d’interrogation».

Téhéran, qui a démenti toute responsabilité, a menacé à plusieurs reprises par le passé de bloquer le détroit d’Ormuz en cas de confrontation avec les Etats-Unis.

L’Iran et les Etats-Unis sont engagés dans un bras de fer depuis le retrait unilatéral américain en 2018 de l’accord nucléaire et le rétablissement de sanctions économiques américaines à Téhéran. Des attaques contre des pétroliers en mai et en juin dans la région du Golfe, attribués par Washington à l’Iran, qui a démenti, ont jeté de l’huile sur le feu.

«Boîte de Pandore»

L’Iran, de son côté, a affirmé avoir démantelé un «nouveau réseau» d’espions agissant pour le compte des Etats-Unis.

«Sur la base de nos propres renseignements et d’indices collectés au sein des services américains, nous avons récemment découvert les nouvelles recrues embauchées par les Américains et démantelé ce nouveau réseau», a annoncé l’agence officielle iranienne Irna, en citant sans l’identifier le «chef du contre-espionnage au ministère des Renseignements».

Certains espions du réseau mis sur pied, selon Irna, par la CIA, ont déjà été arrêtés et remis à la justice. L’agence ne donne toutefois aucun chiffre et ne précise pas la nationalité des suspects.

Face à l’escalade des tensions, la Russie, pays allié de l’Iran, a appelé à la «retenue».

La Chine de son côté a exhorté Américains et Iraniens «à garder la tête froide» et «à ne pas ouvrir la boîte de Pandore».

Et l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a pressé les puissances mondiales de sécuriser les voies de navigation dans la région du Golfe, appelant à «une action décisive pour assurer la sécurité de la navigation dans la région face aux menaces qui pèsent sur le marché de l’énergie et sur l’économie mondiale».

Avant l’annonce des nouveaux renforts américains, Téhéran avait annoncé que ses réserves d’uranium faiblement enrichi passeraient à partir du 27 juin au-dessus de la limite prévue par l’accord nucléaire de 2015.

Fruit d’intenses efforts diplomatiques entre l’Iran et le Groupe des Six (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), l’accord vise à limiter drastiquement le programme nucléaire de Téhéran en échange d’une levée des sanctions économiques. Mais le rétablissement des sanctions américaines prive l’Iran des bénéfices qu’il attendait de ce pacte.

Pris à la gorge par les sanctions, qui ont fait fuir les investisseurs étrangers revenus en Iran à partir de 2016, Téhéran a annoncé le 8 mai qu’il s’affranchissait de deux engagements pris aux termes de l’accord.

Jusqu’ici, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a certifié que l’Iran agissait en conformité avec ses engagements.

 
 
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