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«Lettre ouverte au PTB pour en finir avec la diabolisation du PS»

« PS et PTB ne gouverneront jamais ensemble. Pour le PTB, Elio Di Rupo incarne le diable. On ne pactise pas avec le diable. On le combat. Sans état d’âme », martèle l’auteur de cette carte blanche.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Le 11 juin dernier une cinquantaine de personnalités de gauche ont publié dans les colonnes du Soirune carte blanche intitulée « PS, Ecolo, PTB, prenez vos responsabilités ». Les signataires du texte affirment : « Nous n’ignorons pas les divergences entre ces partis, mais elles ne nous semblent pas insurmontables ». Cette affirmation ne tient pas la route. Les divergences, notamment entre le PS et le PTB, sont insurmontables. L’échec de leurs pré-négociations en Wallonie était inscrit dans les astres. Tout, dans l’histoire récente et ancienne du PTB montre que ce parti n’est pas prêt à gouverner avec le PS. Le parti d’Elio Di Rupo fait figure d’adversaire absolu pour le PTB. Pas seulement un concurrent électoral, mais un ennemi radical, au même titre que la droite.

Détestation de la social-démocratie

Ce qui est en cause, c’est la diabolisation de la social-démocratie par le PTB. Depuis sa création il y a quatre décennies, le PTB tire à boulets rouges sur le PS. Les socialistes sont accusés d’avoir trahi la classe ouvrière. L’accusation est grave. Elle exclut tout compagnonnage avec la social-démocratie honnie.

Jusqu’au milieu des années 2000, les dirigeants du PTB mettent tous les partis démocratiques dans le même sac. Le PS, à leurs yeux, est un parti de droite comme les autres. Un parti infréquentable. La sentence du PTB est sans appel. La gauche réformiste a tourné le dos au marxisme, à la lutte des classes, à l’anti-capitalisme. Elle fait le malheur du peuple.

Devenu le quatrième parti francophone, le PTB n’a pas fondamentalement changé d’avis sur le PS. Elio Di Rupo reste le diable. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère.

La détestation de la social-démocratie empêche le PTB de faire un bout de chemin avec le PS. Même un tout petit bout de chemin. Même avec l’aile gauche du PS, la voie est sans issue. Au lendemain des élections communales d’octobre 2018, Frédéric Daerden et Catherine Moureaux, deux élus socialistes parmi les plus à gauche et les plus proches de la FGTB, ont échoué dans leur tentative de faire monter le PTB dans la majorité, à Herstal et Molenbeek. On ne gouverne pas avec le diable… (air connu).

Vive le compromis !

La social-démocratie a toujours carburé au compromis. C’est sa marque de fabrique. Le compromis a permis des avancées majeures. La plus emblématique est la sécurité sociale, « la cathédrale de la gauche », selon la jolie formule de Raoul Hedebouw. Des avancées sociétales importantes sont également le fruit de compromis noués avec la droite, dans d’inconfortables gouvernements de coalition : droit à l’avortement, à l’euthanasie, au mariage pour tous… Des mouvements sociaux parfois violents ont été indispensables pour arracher des conquêtes essentielles – journée des huit heures, congés payés… – mais in fine, le compromis est l’essence de la démocratie.

Le PTB ne possède pas la culture du compromis. Il assimile le compromis à la compromission. La méfiance du PTB envers le compromis est ancienne. A l’époque où ce parti réalisait des scores sous la barre du 1 %, le PTB se méfiait des tentatives de « front commun de la gauche radicale ». Il préférait la lutte en solo, jugée plus efficace que d’hypothétiques alliances avec les trotskistes ou autres communistes « orthodoxes ».

Pureté révolutionnaire

La quête d’une pureté révolutionnaire empêche le PTB de s’inscrire dans une trajectoire d’union des forces de gauche. Les dirigeants du PTB sont sincèrement convaincus qu’ils perdraient leur âme en faisant cause commune avec la gauche social-démocrate. Dès lors que celle-ci est dépeinte en « bourreau des peuples », toute alliance est impossible.

La pureté révolutionnaire est un leurre. Au cours des deux dernières décennies, la gauche gestionnaire s’est souvent fourvoyée dans des politiques social-libérales que la gauche dite « contestataire » a raison de fustiger. Mais la gauche « contestataire » a également accumulé les erreurs, notamment en cultivant un repli sur soi contre-productif.

Di Rupo n’est pas le diable

Il n’y a pas d’un côté le camp du Bien (le PTB) et d’un autre côté le camp du Mal (le PS). D’un côté le club des « traîtres » (Di Rupo, Magnette…), de l’autre celui des « leaders éclairés » (Hedebouw, Mertens…). La réalité est évidemment plus complexe. Certains socialistes se trompent d’époque en caricaturant les dirigeants du PTB en « staliniens le couteau entre les dents ». Le PTB fait fausse route en stigmatisant les socialistes « complices du Grand Capital ».

La détestation de la social-démocratie est une voie sans issue. Camarades du PTB, encore un effort pour en finir avec la diabolisation d’Elio Di Rupo. Ne vous trompez pas d’adversaire.

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1 Commentaire

  • Posté par Debrabander Jean, lundi 1 juillet 2019, 11:51

    Le PTB est à un tournant. Il a finalement obtenu un beau score et bien plus de députés. S'il ne "monte" pas dans un gouvernement maintenant, il n'aura jamais plus la chance de pouvoir influencer la politique wallonne. Il forcera le PS à s'allier avec le MR, les Ecolos se retireront puisqu'ils ne seront plus nécessaires. Le PTB aura déçu la plupart de ceux qui ont voté pour lui et il se prendra une claque aux prochaines élections.

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