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«Sécurité routière: mieux protéger les usagers à risque»

Le 13 juin dernier, une jeune fille de 14 ans a été renversée par un chauffard à Schaerbeek. Dans les grandes villes comme Bruxelles et Anvers, les parents craignent de plus en plus pour la sécurité de leurs enfants et se mobilisent. Comment mieux sécuriser nos rues ?

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Connaissant la probabilité de survie lors d’une collision à vitesse élevée, une jeune fille a eu énormément de chance quand elle a été renversée jeudi passé en traversant la rue. Tant dans la presse que sur les médias sociaux, l’homme qui a catapulté la victime dans les airs avec une voiture louée a été décrit comme un fou du volant, un pirate de la route, un criminel du trafic, un terroriste du volant…

Une mobilisation importante

Le phénomène est bien connu à Schaerbeek et dans d’autres communes bruxelloises. Il s’agit d’un groupe restreint mais pas si petit que ça de jeunes qui sèment la terreur en rue avec leur comportement. Lors d’interviews avec des habitants de cette commune, chaque fois, les piétons et les cyclistes expriment leur peur de se déplacer. C’est d’autant plus le cas pour les parents d’enfants qui se déplacent dans la commune. Rien que pour Schaerbeek, il y a eu quatre victimes de ces pirates de la route en un peu plus de 6 mois. La problématique est connue à Anvers également, avec des conséquences moins graves jusqu’à présent. Il n’est donc pas étonnant que là aussi, un groupe d’action 30MAX se mobilise (comme 1030/0 à Schaerbeek) pour exiger une politique efficace qui doit mettre fin à la piraterie de la route dans les quartiers où ils habitent.

Leurs actions ont mené à une surveillance policière accrue dans les quartiers touchés. Mais son impact est limité : selon mes chiffres, seule une voiture a été saisie depuis fin 2018 à Anvers, quand le sujet s’est retrouvé tout en haut de l’agenda et à Bruxelles, on constate que le phénomène ne diminue pas.

Les gaffeurs

Le phénomène des « gaffeurs » sur la route est connu depuis des décennies dans la recherche et la politique de sécurité routière. Entre autre l’institut de recherche néerlandaise SWOV a constaté qu’il s’agit de personnes avec des caractéristiques communes : une hyperactivité, des problèmes de concentration ainsi qu’un manque d’empathie et de repérage du danger. On ne trouve de telles personnes évidemment pas qu’à Bruxelles et Anvers : il peut y avoir des comportements dangereux et irresponsables au volant à travers tout le pays. Dans beaucoup de communes, l’une ou l’autre personne fauchée à grande vitesse est inscrite dans la mémoire collective. De plus, des rodéos illégaux sont aussi organisés hors des villes, les terrains industriels sont par exemple très prisés.

Piraterie de la rue

Mais dans les cas de Bruxelles et Anvers, la piraterie de la rue est liée à une culture de groupe qui persiste obstinément. Il s’agit de systèmes de valeurs ancrés profondément dans ces groupes, caractérisés par le machisme et le rejet souvent incivique des règles de société en vigueur. Du coup, combattre ce phénomène n’est pas simple et il doit être vu comme un problème de société qui nécessite une approche globale.

Trois « e », trois piliers

Quelles mesures la politique de sécurité routière peut-elle prendre ? Cette politique est elle-même basée sur trois grands piliers, les trois e : education, enforcement (mise en œuvre) et engineering.

Pour ce groupe, l’éducation devra être étroitement liée à la mise en œuvre, via le contrôle et le maintien des règles par la police, ainsi que la répression par les instances juridiques. Et cette répression devra clairement être plus intense et sévère pour avoir de l’effet. Pour ce qui est de l’engineering et l’aménagement des rues avec un effet ralentisseur effectif, il y a du pain sur la planche, tant à Bruxelles qu’à Anvers. En effet, les accidents ont souvent lieu sur des passages piétons qu’un ingénieur des transports pourrait bien mieux sécuriser.

Faire respecter le 30 km/h

Mais ne pointons pas seulement du doigt ce groupe de « terroristes du volant ». L’insécurité objective et subjective n’est pas seulement liée à leur comportement. A Anvers, par exemple, mon estimation est qu’entre la moitié et un tiers des automobilistes roule au moins 10 km/h trop vite en zone 30 (comme constaté avec le « vélo flasheur » lors de l’initiative de science citoyenne avec le groupe d’action 30MAX). Cela provoque aussi de la peur chez les piétons et cyclistes. Et objectivement, cela met également leur vie en danger : la probabilité qu’un piéton survive à une collision à 50 km/h est 6 fois moins élevée qu’à 30 km/h. En tant qu’automobiliste, il faut une distance de freinage 2 fois plus longue pour s’arrêter. Une politique généralisée pour faire respecter la zone 30 est donc également nécessaire.

L’exemple venu des Pays-Bas

Il y a presque 50 ans, une vague semblable de dégoût a secoué Amsterdam après que quelques enfants ont perdu la vie dans des accidents de la route. Le groupe d’action « Stop de kindermoord » (« Arrêtez l’infanticide ») en est né et s’est répandu à travers les Pays-Bas. Les politiques ont alors enregistré le signal et ont développé une politique qui a fait des Pays-Bas un des pays les plus avancés au monde en matière de sécurité routière. Aujourd’hui, l’appel vers nos pouvoirs publics en Belgique est fort aussi. Nous pouvons soutenir cette politique en tant que professionnels de la mobilité, avec les trois e comme base.

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1 Commentaire

  • Posté par Raurif Michel, mercredi 26 juin 2019, 15:15

    La sécurité routière, pour nos gouvernants, cela est juste une vaste couille ! Preuve lorsque que l’on lit les jugements dans les tribunaux. Quelques jours de travail d’intérêt général, mais pas de trop, 7 est la limite, pour un individu ayant commis un grave accident avec blessés et délit de fuite et la cerise sur la gâteau, libérés sur le champ !!! Tant que les peines actuelles, ne seront pas multipliées par 10, tout le monde se moqueras du code de la route et la police sera de plus en plus démotivée !!!

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