Un été inspiré

C’est son ami curateur Bob Nickas qui lui a présenté Sally Ross (New Jersey, 1965) à New York, où elle venait de rouvrir son atelier de Brooklyn au public. Rodolphe Janssen tombe sous le charme de ces grandes œuvres abstraites à la limite entre peinture et sculpture, truffées de subtiles références à la peinture américaine des années 1960 – Rauschenberg, Johns, Lichtenstein. À 50 ans, l’artiste américaine a viré sa cuti et abandonné sa première veine figurative – de grands paysages délirants bourrés de détails – pour effectuer un travail de déconstruction en découpant dans ses toiles et ses vêtements et en recomposant d’énormes tableaux cousus et repeints. Sally Ross commence par travailler au sol ; elle assemble des morceaux de toile, du tissu, des filets, des fragments de peintures anciennes pour créer une image plus grande en fonction de ses besoins. Au fur et à mesure que les morceaux se mettent en place, elle les assemble avec du fil de nylon, laissant apparaître les espaces vides entre les fragments, et même le mur – une technique de dessin « déchiqueté » assez particulière. Elle emploie aussi des ballons de peinture dans lesquels elle tire en clin d’œil à Nikki de Saint Phalle, laissant visibles les impacts et les coulées sur la toile qu’elle tourne et retourne au fur et à mesure de son avancement. Une réinvention picturale qui n’a pas échappé à la collection Maramotti, qui lui a acheté un certain nombre de tableaux pour les montrer à Reggio Emilia l’an dernier. « Elle possède déjà un bon réseau à New York, mais c’est la première fois qu’elle expose en galerie, en Europe, après Milan et Art Brussels, où on l’a montrée l’an dernier », raconte Rodolphe Janssen, qui se dit très enthousiasmé par ce travail de destruction et de réinvention d’un nouveau langage.

Lisa Vlaemminck. «
Pyroclastic flower flow/vulcano
», 2019. Oil on canvas. 100 × 70 cm. Courtesy de l’artiste et Rodolphe Janssen, Bruxelles.
Lisa Vlaemminck. « Pyroclastic flower flow/vulcano », 2019. Oil on canvas. 100 × 70 cm. Courtesy de l’artiste et Rodolphe Janssen, Bruxelles.

Face à elle, dans le second espace de la galerie, Lisa Vlaemminck (Bruxelles, 1992) expose elle aussi pour la première fois rue de Livourne. Du haut de son atelier surplombant le Botanique, elle peint des natures mortes curieuses. Sa passion pour la botanique y est continuellement stimulée, s’infiltrant dans son travail à travers un éventail de formes et de motifs organiques. Combinant son attirance pour certains objets avec un intérêt pour l’exploration spatiale et les intérieurs modernistes, elle crée des mondes exotiques privés de toute gravité et perspective, peuplés d’objets étranges et d’êtres organiques. « C’est une toute jeune artiste qu’on avait déjà repérée à Gand, où elle enseigne, et dans l’expo Hugo Claus à Bozar l’an dernier. On la suit depuis 18 mois, on va régulièrement visiter son atelier, c’est important d’amener régulièrement de nouveaux artistes belges dans la galerie. Elle possède un univers singulier, ses idées collent aux nôtres, on va continuer à travailler ensemble. Quand on démarre avec un nouvel artiste, on doit décider si on a envie de poursuivre une relation de représentation pendant longtemps. Un jeune plasticien, c’est beaucoup d’engagement et de travail par rapport à quelqu’un de déjà connu. Certains veulent aller trop vite, sont trop dans la perspective commerciale ou l’inverse ; ça doit marcher au même rythme entre la galerie et l’artiste. »

Sally Ross. « Sugar Mountain », 2019. Gesso, enamel, flashe, and acrylic on canvas, linen, and printed fabric, with polyester thread. 160 × 190,5 cm. Courtesy de l’artiste et Rodolphe Janssen, Bruxelles.
Sally Ross. « Sugar Mountain », 2019. Gesso, enamel, flashe, and acrylic on canvas, linen, and printed fabric, with polyester thread. 160 × 190,5 cm. Courtesy de l’artiste et Rodolphe Janssen, Bruxelles. - Dario Lasagni

L’air de la mer

Après ces deux expositions individuelles, c’est un group show qui est prévu cet été à Duinbergen, près de Knokke : Rodolphe Janssen y investit 400 m2 de béton brut au rez-de-chaussée d’un immeuble dont les promoteurs ont confié l’occupation artistique de l’esplanade à Thomas Lerooy (Roeselare, 1981), qui expose actuellement aux Musées royaux des beaux-arts de Belgique. Sa colossale sculpture de 22 mètres de haut – un obélisque composé de 27 têtes de penseurs, écrivains et artistes – sera inaugurée à l’automne. Dans l’intervalle, Janssen a été séduit par la lumière, l’espace et la vue : « Je ne voulais pas avoir un magasin avec 4 mètres de vitrine sur la digue, ce n’est pas mon truc. Ici on va montrer de nouvelles œuvres de nos artistes, jamais montrées auparavant. » À cela s’ajoute un bel ensemble des années 1960-70 avec Léon Wuidar et Bram Bogart, une salle orientée sculpture et une sélection de meubles modernistes signés Jeanneret, Prouvé, Le Corbusier. « C’est une collaboration avec la Galerie Patrick Seguin à Paris. Nous allons montrer une quinzaine de pièces importantes de ces artistes. »

 
 
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