Des ventes londoniennes en sourdine

Les résultats ne sont pourtant pas mauvais, mais le contenu des ventes, particulièrement chez Christie’s, n’était pas très excitant. Il est vrai que, environ un mois après les vacations new-yorkaises, il n’est pas si aisé de réunir énormément de pièces de grand prestige dans la catégorie « art impressionniste et moderne ». Et puis le mauvais feuilleton du Brexit n’est pas là pour arranger les choses. L’incertitude qui pèse sur l’avenir du marché de l’art londonien fait réfléchir plus d’un vendeur. Sans doute à tort, mais dans le doute, certains s’abstiennent.

Ce couple nu peint par Picasso s’est échangé contre un peu moins de 12,5 millions de livres chez Christie’s.
Ce couple nu peint par Picasso s’est échangé contre un peu moins de 12,5 millions de livres chez Christie’s. - Succession Picasso, 2019.

King Street

Christie’s a vendu pour un peu moins de 36,5 millions de livres sterling le premier soir. Certes, le catalogue ne contenait que trente-quatre lots, mais c’est tout de même un chiffre d’affaires très faible. D’autant qu’un tiers de cette somme provient de la vente pour un peu moins de 12,5 millions de livres d’un tableau tardif de Picasso peint à Mougins en novembre 1968 et représentant un homme et une femme nus comme emprisonnés par le format de la toile (162 par 130 centimètres). Le prix est conforme à l’estimation basse et il est le seul de la soirée à comporter huit chiffres, une soirée qui avait pourtant bien commencé puisqu’une œuvre sur papier d’Egon Schiele estimée entre 200.000 et 300.000 livres fut payée 1.271.250 livres ! Quelques lots importants n’eurent pas cette chance et Christie’s doit déplorer le rachat d’un Matisse prisé entre 5 et 8 millions et celui d’un magnifique Léger de 1913 dont l’estimation n’avait pas été publiée. Le second meilleur résultat de la vente va à un magnifique tableau peint par Yves Tanguy en 1938. Son heureux nouveau propriétaire l’acquit pour un peu plus de 3,1 millions de livres. L’œuvre faisait partie d’une collection d’art surréaliste que la maison de King Street avait été chargée de disperser. Deux toiles de Magritte étaient également proposées. L’une passait en vente publique pour la troisième fois depuis vingt ans. Le palais de rideaux exécuté par le maître en 1928 avait été payé 184.800 livres en 2003, puis 276.500 livres en 2008. Onze ans plus tard, il fut acquis contre 671.250 livres.

Ces «
Nymphéas
» atteignirent plus de 23,7 millions de livres chez Sotheby’s. Lot 10.
Ces « Nymphéas » atteignirent plus de 23,7 millions de livres chez Sotheby’s. Lot 10. - Sotheby’s

New Bond Street

Sotheby’s est presque parvenu à engranger 99 millions de livres sterling. Trois enchères à huit chiffres contribuent significativement à ce résultat. Tout d’abord, un amateur acquitta un peu moins de 24 millions de livres, sous son estimation très optimiste de 25 à 35 millions, pour une version des nymphéas peinte en 1908 par Claude Monet. Bien qu’il s’agisse du meilleur prix de cette semaine de vente londonienne, la garantie d’un prix minimum (resté secret) sans doute supérieur « offerte » au vendeur par Sotheby’s fait que cette dernière ne sort sans doute pas gagnante de l’opération. Vient ensuite un Jeune homme assis, les mains croisées sur les genoux par Amedeo Modigliani qui partit à un peu moins de 18,5 millions de livres, un peu au-dessus de son estimation basse. Enfin, une œuvre de Joan Miró sobrement intitulée Peinture (L’Air) s’échangea contre 12 millions de livres, sur la base d’une estimation courant entre 10 et 15 millions. Exécutée en 1938, elle était de dimensions moyennes (55 par 46 centimètres). Elle avait été acquise par le vendeur le 3 novembre 2010 à New York contre l’équivalent d’un peu moins de 6,5 millions de livres. Une belle plus-value en un peu moins de neuf ans…

 
 
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