Le Tour de France, c’est aussi une question de relations

Il donne un petit parfum d’Hawaï aux selfies, forge la connivence aux étapes. Le collier jaune maillot se porte de préférence sur une chemise blanche (si elle n’est pas siglée ASO, il s’agit sans doute d’un bourgmestre ou d’un ministre) ou un t-shirt, noir de travail (intense), pour l’équipe du Brussels Major Events, cheville ouvrière du Grand Départ à Bruxelles. Sa valeur tient en réalité surtout à son pendentif : le laissez-passer marque l’identité (organisation, institutions, presse…) qui ouvre et ferme les grilles.

Au village du Tour, l’accès est largement octroyé, samedi, place des Palais. Dans les allées du Parc on croise les équipes d’Amaury Sport Organisation et leurs invités, des directeurs sportifs, des élus, des journalistes, les gagnants d’un peloton de concours, des amis de toutes les personnes précitées. Ce n’est pas vraiment là que l’on parle affaire ni que l’on conclut les négociations gouvernementales en cours. On fait la file devant l’Espace gourmand, rempli par les sponsors officiels – ce sera donc chocolat en mousse, saucisses-frites avec moutarde, hybridation d’un donut et d’un sablé… On papote avec Blandine, étudiante à l’année, serveuse de cafés sur le Tour, « on voit du pays mais il faut se lever tôt ». On lève un sourcil devant ces Ginette débitées dans l’Espace… vigneron.

Un colloque singulier

Et puis il y a les espaces VIP. C’est là que Raymond Poulidor distribue patiemment les sourires et les autographes. Que Rudi Vervoort savoure une pause dans les discussions gouvernementales bruxelloises. Qu’Alain Courtois escorte Yves Auvinet, le président du conseil départemental de la Vendée, qui, selon la légende bruxelloise, a permis ce Grand Départ 2019. « Oui j’existe vraiment et oui cette histoire est vraie », sourit le Français, expert en la matière puisque le Tour de France est parti cinq fois de ses terres ces vingt-cinq dernières années. « Christian Prudhomme aime notre région », sourit-il. Le collège de la Ville défile. Philippe Close enchaîne les interviews : la VRT, parce que l’image de Bruxelles en Flandre est capitale. Un crochet chez Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, par Jupitour, où il croise Sylvain Chavanel. Sans oublier la télé interne d’ASO. Puis une relecture bilingue du discours qu’il improvisera, sans notes, sur le podium. Benoît Hellings, l’échevin des Sports, a les yeux qui pétillent. Benoît Cerexhe est venu prendre la température, avant d’organiser la fête à Woluwe-Saint-Pierre, sa commune mais aussi et surtout celle d’« Eddy »… Qui, dès qu’il entre dans le Parc, escorté de sa famille, fait se tourner toutes les têtes…

Le vrai rendez-vous VIP, c’est à l’hôtel de ville qu’il se passe, puisque les coureurs roulent sur le pavé de la Grand-Place. Mais aucun laissez-passer n’a été délivré pour assister à l’entretien entre le Roi Philippe, Charles Michel, Rudi Vervoort et Philippe Close. Leur colloque restera donc singulier.

Des dîners très privés

Par contre, à l’arrivée, face aux grilles du château de Laeken, l’espace VIP offre sur la ligne une vue imprenable… Pas assez, toutefois, pour départager à l’oeil nu Mike Teunissen et Peter Sagan. Les bulles, servies dans une flûte au pied jaune de rigueur, attendent la fin de l’étape, pas la photo finish. Dans cet espace bondé, on croise les mêmes édiles que dans le Parc, le matin, Sophie Wilmès et Guy Vanhengel en plus. Et l’on recroise les chemises blanches d’ASO. Alain Courtois n’est plus échevin mais il est heureux d’avoir vécu la première étape dans une voiture, avec un chauffeur ancien leader de la course (onze jours), heureux de voir que le Grand Départ dont il rêvait est une réussite sportive et populaire. Yvan Mayeur, libéré de ses obligations mayorales, a osé le maillot jaune dans la tribune VIP. Lui aussi savoure le succès de cette idée qu’il a portée dès 2014, et se réjouit d’aller suivre une étape alpestre. Rudi Vervoort prolonge sa pause, Philippe Close son sourire éclatant.

Pas sûr que des accords ou des contrats aient été conclus à Laeken, ce six juillet deux mille dix-neuf. Mais les contacts se poursuivent dans les dîners des organisateurs et des sponsors, au pied de l’Atomium ou au centre-ville. Aucun laissez-passer ni donne de place à table. C’est un bon vieux bristol qu’il faut... ou la preuve de paiement d’un package VIP (entre 200 et 400 euros)...

 
 
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