«Non, le processus de décision européen n’est pas plus opaque, confus ou discréditant qu’ailleurs»

«Non, le processus de décision européen n’est pas plus opaque, confus ou discréditant qu’ailleurs»
reuters

A la suite de chroniques très utiles sur les récentes nominations européennes, Jurek Kuczkiewicz tire (Le Soir du 3 juillet) des conclusions virulentes sur le processus. Certaines méritent discussion.

1

Il y a eu « confusion gênante »

Certes, cela a requis plusieurs journées. Il y a eu des rebondissements. Toutefois, on ne peut réclamer plus de politique en Europe et déplorer en même temps ses conséquences. En démocratie, il y a des confrontations et des adaptations permanentes. Si la dictature est plus ordonnée et rapide, elle présente d’autres désavantages. De plus, l’Europe est secouée par des tensions importantes et les élections ont amené un Parlement plus divisé. On ne peut pas dire que les événements reflètent une confusion anormale ou plus grande que dans les États membres (et certainement pas en Belgique, avec ses tragi-comédies actuelles).

2

Il n’y a pas eu « transparence »

Certes, les « spitzenkandidaten » n’ont pas été désignés. Néanmoins, cette décision vient du Parlement, non des gouvernements. Les autres groupes politiques que le PPE ont de suite annoncé qu’ils ne soutiendraient pas Weber. A partir de ce moment, on pouvait difficilement anticiper que le PPE soutiendrait les candidats des autres. Et, sans lui, il n’y avait pas de majorité. Le Conseil européen a accompli son rôle selon le traité : « Prendre en compte le résultat des élections », et rien d’autre. On notera de plus que toutes les personnes désignées sont loin d’être des inconnus dans le circuit européen et font de la politique depuis des décennies. Même en Belgique, pourtant proche, on ne connaît pas plus Weber que Von der Leyen.

Au niveau des débats, il semble drôle d’invoquer la non-transparence. Le « posse » des journalistes européens est un des plus vastes et plus sauvages de la planète. Pendant des semaines, nous avons eu (et c’est heureux) de manière précise, instantanée et permanente de multiples échos des débats. Les acteurs s’exprimaient régulièrement devant les médias. Tout le monde sait fort bien pourquoi les quatre personnes choisies l’ont été. Les journalistes ne peuvent quand même pas réclamer de siéger en permanence sur l’épaule de Donald Tusk. Ici aussi, cela reflète des pratiques nationales courantes. Quand Juncker critique ce point, il critique en vérité un processus conforme au traité, qui établit une compétence partagée du Conseil et du Parlement. Le traité ne fait pas de l’Union un système électoral majoritaire, et pour de très bonnes raisons. Il serait bon qu’une série de divas arrêtent d’essayer de se créer une pseudo-grandeur en alléguant des pseudo-vices secrets des institutions.

3

« Beaucoup d’humiliation »

Pour qui ? Weber et Timmermans, peut-être. Deux personnes sur 470 millions, dont l’une reste chef de groupe PPE et l’autre vice-président de la Commission par surcroît. Une tragédie vraiment… Il faudrait arrêter de voir des catastrophes émotionnelles partout en politique.

4

Le Parlement est « discrédité »

Encore une fois, on voit mal pourquoi. Comme déjà dit, les exclusions sont venues de ses partis politiques. De plus, le traité n’attribue nullement au Parlement un monopole dans les désignations. Il y a eu une « invitation » du Conseil à désigner un président venu de l’Est. Ce n’est pas un crime : au niveau national aussi, les présidences d’assemblées font partie des accords politiques. En tout état de cause, le Parlement n’a pas suivi et choisi un président italien.

Si discrédit réel il y a, les dirigeants européens se le sont infligé à eux-mêmes, en discutant bien plus des personnes que des programmes (ce que le Parlement a fait, mais quasiment en secret). Les électeurs voient alors dans l’Europe un jeu qui intéresse les politiciens bien plus qu’eux-mêmes. Comme le montrent les sondages, ils n’ont pas du tout voté pour des individus mais pour qu’on résolve une série de problèmes menaçants (emploi, inégalités, climat, immigrations, technologies…). Au cas où Weber & Co ne l’auraient pas encore remarqué, les manifestations récentes à Bruxelles ou ailleurs ne visaient nullement à protester contre leur exclusion. On n’est pas à Istanbul ou Hong-Kong. Seule la bulle européenne se passionne sans limite pour cela, et son obsession ne fait qu’exaspérer le public. Il est grand temps que ses représentants se soucient des problèmes réels. Plutôt que de déverser immédiatement des marées de critiques sur la personne de Mme von der Leyen, ils doivent lui demander une série d’engagements précis sur ses politiques. Se rendre utile demeure la meilleure manière de combattre le discrédit.

 
 
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