Une fin de saison londonienne en demi-teinte

Tout comme la semaine précédente, c’est Sotheby’s qui tire le mieux son épingle du jeu, à tout le moins en ce qui concerne le produit total de la vente : un peu plus de 69,1 millions de livres contre un moins de 45,2 millions pour sa rivale. Mais ceci s’explique sans doute par la différence de stratégie de cette dernière, qui garde peut-être ses meilleures cartouches pour les ventes d’octobre pendant la « Frieze Week ». Une seule enchère à huit chiffres fut portée pendant ces deux jours de ventes, la preuve que cette fin de saison devait se terminer calmement, une dizaine de jours après la clôture de la foire de Bâle, dont les organisateurs se targuent de transactions importantes.

Ce portrait par Jenny Saville s’est vendu un peu moins de 4,2 millions de livres, conformément à son estimation.
Ce portrait par Jenny Saville s’est vendu un peu moins de 4,2 millions de livres, conformément à son estimation. - DR

King Street

Le meilleur résultat chez Christie’s va à Cérémonie, une grande huile sur toile peinte en novembre 1961 par Jean Dubuffet. Elle avait été prisée entre 7 et 10 millions de livres et elle fut acquise pour un peu plus de 8,7 millions de livres.

Ce résultat, certes remarquable, témoigne néanmoins du fait qu’il est encore possible d’acquérir des œuvres majeures du siècle passé à des prix qui restent à la portée de collectionneurs fortunés. Ainsi, pour quelques centaines de milliers de livres de moins, soit un peu moins de 8,4 millions de livres (sur la base d’une estimation de 7,5 à 11 millions de livres), l’on pouvait aussi acquérir une toile, forcément de grande dimension, exécutée en 1984 par Jean-Michel Basquiat. Intitulée Sabado por la Noche (« Samedi nuit »), elle avait pour qualité (ou pour défaut, c’est selon) sa tonalité rouge sang. Alors qu’il existe pléthore de Basquiat de la même eau, l’acquisition du Dubuffet témoignait d’un œil plus affûté en raison de sa rareté. Cela étant, il ne faut jamais oublier que d’un point de vue mercantile, l’Américain Basquiat est beaucoup plus célèbre que le Français Dubuffet. Notoriété ou qualité, le débat n’est pas si facile à trancher sur le marché de l’art…

Quant à la troisième place du podium, elle revient étonnement à un tableau peint en 1952 par Francis Bacon. Estimé entre 5 et 7 millions de livres, il se vendit sans gloire au seul enchérisseur intéressé, soit un peu plus de 5,1 millions… Représentant à la manière caractéristique du grand artiste anglais un homme nu se lavant devant un lavabo, ce prix « low-cost » s’explique difficilement, si ce n’est par le caractère dur, sombre, bref peu commercial de la scène.

Albert Oehlen a obtenu un résultat de plus de 5,9 millions pour ce tableau. Une consécration.
Albert Oehlen a obtenu un résultat de plus de 5,9 millions pour ce tableau. Une consécration. - DR

New Bond Street

Le meilleur prix de la semaine va pourtant à un autoportrait de… Francis Bacon ! Acquis cette fois contre un peu plus de 16,5 millions de livres, au ras de son estimation basse, il avait été payé également chez Sotheby’s à Londres il y a quatre ans un peu moins de 15,3 millions. Peint en 1975, il avait été acquis l’année suivante par un collectionneur belge, dont un descendant l’avait revendu en 2015.

Autre style, autre autoportrait, celui d’Albert Oehlen cette fois, consigné par le collectionneur Harald Falckenberg. Estimé entre 4 et 6 millions de livres, son nouveau propriétaire l’emporta contre un peu plus que 5,9 millions. Un excellent résultat pour l’artiste allemand et sans doute une étape dans la construction de sa cote puisqu’il signe un nouveau record en vente publique, un record plus élevé de 2 millions de livres que le précédent !

Enfin, un portrait de très grand format peint entre 2007 et 2013 par la Britannique Jenny Saville a atteint un prix légèrement inférieur à 4,2 millions de livres. Également un résultat remarquable de plus qui témoigne que ces ventes de qualité intermédiaire n’étaient pourtant pas dénuées de tout intérêt.

Le 25 juin, une livre valait 1,116 euro.

 
 
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