Présence d’armes nucléaires à Kleine-Brogel: le gouvernement ne confirme pas et n’infirme pas

F-16 belges sur la base de Kleine-Broges
F-16 belges sur la base de Kleine-Broges - Photo News

Un document public de l’Otan confirme que la Belgique abrite des armes nucléaires américaines sur son sol, ont découvert Ecolo et Groen. Une version du texte, qui a depuis lors été adaptée, évoque la présence d’ogives nucléaires B61 dans la base militaire de Kleine-Brogel, dans le Limbourg.

Les deux partis écologistes, Ecolo et Groen, ont annoncé le dépôt d’une proposition de loi visant à interdire les armes nucléaires en Belgique. Les socialistes flamands défendront également une telle proposition au sein de la commission de la Défense de la Chambre, ont indiqué sur Twitter la députée Melissa Depraetere et le président du parti John Crombez.

Explicitement admis

La présence de ces armes sur le sol belge est sans doute le secret d’État le moins bien gardé du pays. Mais la réaction du gouvernement et de la Défense est toujours la même : on ne confirme pas et on n’infirme pas non plus.

La présence d’armes nucléaires américaines sur la base aérienne de Kleine-Brogel avait déjà été reconnue explicitement en 1988 par le ministre de la Défense de l’époque, Guy Coëme (PS).

S’exprimant à l’occasion du départ de Florennes des missiles de croisière américains retirés en vertu du traité INF (sur les missiles nucléaires de portée intermédiaire, qui pourrait devenir caduque le 2 août prochain ndlr) de 1987 après trois ans de présence, M. Coëme avait reconnu le 13 décembre 1988 que des armes nucléaires se trouvaient sur la base limbourgeoise. « À l’exception de Kleine-Brogel, il n’y a pas d’autres types d’armes nucléaires dans notre pays », avait-il affirmé devant des journalistes – à la consternation de l’ambassadeur américain, Maynard Glitman.

Jusqu’alors, les responsables, tant belges qu’américains, indiquaient seulement que les avions de Kleine-Brogel étaient dotés d’une « double capacité » (conventionnelle et nucléaire), se refusant toutefois à confirmer la présence de tels engins en terre limbourgeoise.

En avril 1995, le chef d’état-major de la Force aérienne, le lieutenant-général Guido Vanhecke, avait lui aussi admis à la RTBF-télévision que des ogives nucléaires étaient entreposées sur la base, en se refusant toutefois à en préciser le nombre au nom du « secret militaire ».

Et en novembre 1997, l’hebdomadaire « Vox » avait lui aussi publié un article accréditant la présence d’ogives sur la base limbourgeoise. « Kleine-Brogel abrite, outre nos propres avions de combat, des armes nucléaires appartenant aux Américains », affirmait alors un militaire de la base à l’occasion de l’octroi d’une distinction américaine aux pompiers du 10e wing après une inspection « extrêmement sévère ».

En janvier 2008, le ministre de la Défense de l’époque, Pieter De Crem (CD&aV), avait admis la présence d’une « capacité » nucléaire sur la base de Kleine-Brogel.

En visite sur place, M. De Crem avait classiquement refusé de confirmer ou de démentir la présence de bombes atomiques sur la base, qui abrite une unité de l’armée américaine, le 701e Munitions Support Squadron (701 MUNSS), fort de plus d’une centaine de militaires.

« La Défense ne le confirme ni ne le dément, mais tout le monde sait qu’il existe à Kleine-Brogel une capacité nucléaire », a-t-il affirmé à la VRT-radio.

Quelles armes ?

Selon diverses sources, une douzaine de ces bombes se trouverait encore à Kleine-Brogel dans des chambres fortes construites à l’intérieur d’abris de protection pour avions connues en anglais sous le nom de « vaults » de type WS3 (« Weapon Security and Survivability System »).

Et certains militaires admettent plus ou moins ouvertement qu’« il y a bien quelque chose de particulier à Kleine-Brogel, c’est le strike nucléaire’». Comme le démontre l’organisation fréquente de l’exercice « Steadfast Noon », qui rassemble le petit club des « aviateurs nucléaires » de l’Otan et ne figure pas, pour des raisons de discrétion, dans le calendrier des exercices aériens publié par l’Otan.

Il est organisé par rotation entre des unités « à capacité nucléaire » basées en Allemagne, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas et en Turquie, avec la participation d’avions de ces nationalités ainsi que des chasseurs-bombardiers américains.

Un autre indice d’une probable présence de bombes nucléaires à Kleine-Brogel sont les allers et venues fréquentes d’avions de transport C-17A Globemaster III du 4th Airlift Squadron (4 AS), une unité l’US Air Force spécialisée dans le transport d’ogives nucléaires et stationnée sur la base McChord, dans l’État de Washington (ouest des États-Unis). Les C-17 de cette escadrille font régulièrement la tournée des bases aériennes européennes présumées abriter de telles armes, qui nécessitent des entretiens. Ceux-ci sont effectués au Nouveau-Mexique (sud-ouest des États-Unis).

 
 
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