Bruxelles veut une consigne sur les canettes

Bruxelles veut une consigne sur les canettes

Consigne. Le mot était absent de la déclaration du précédent gouvernement bruxellois. Mais l’équipe Vervoort III semble vouloir sauter le pas. « Le gouvernement prendra l’initiative en vue de l’instauration d’un système de consignes pour les canettes et bouteilles en plastique ».

De quoi remettre une louche d’huile sur un feu qui n’en demandait pas tant. A ma gauche, une « alliance » belgo-néerlandaise pour la consigne, portée par des organisations environnementales, des communes, des entreprises, des syndicats, des associations, dont Test-Achats. A ma droite : la fédération de l’industrie alimentaire (Fevia) et Fost Plus, l’organisme qui gère la collecte et le recyclage des déchets, accusant les premiers d’être à la solde des fabricants de machines de reprise des emballages. Les uns et les autres s’affrontent sur la question de savoir si l’introduction d’une consigne améliorera ou non le taux de collecte des cannettes et bouteilles en plastique et si elle combat efficacement le problème des déchets sauvages. Dès mercredi, la Fevia a qualifié l’idée de « mauvaise nouvelle pour le monde économique », contestant qu’il s’agisse d’une « avancée environnementale ».

Sac bleu vs consigne

Divisés, ni la Flandre ni la Wallonie n’ont encore pris de décision à ce sujet. Au Sud où CDH et MR se sont affrontés sur la question, 24 communes mènent jusqu’en 2020 des projets-pilotes de « prime de retour » (5 centimes par canette) afin de tester le système. Bruxelles a lancé sa propre expérience dans trois lieux, pour six mois. Critiquées, ces expériences sont financées par les industriels. La Flandre qui, en 2018, a décidé d’instaurer une consigne, a, sur l’instance des entreprises, accepté de surseoir jusqu’en 2023 en privilégiant pendant ce temps les campagnes de sensibilisation.

Pour les industriels, le système du sac bleu de Fost Plus est « très fonctionnel ». Imposer une consigne risquerait de détériorer la situation concurrentielle des entreprises face aux achats transfrontaliers. Afin de contrer l’idée de la consigne qui fait son chemin en France désormais, les entreprises de l’alimentaire se sont engagées à « réduire les déchets sauvages de 20 % d’ici 2020 » et à collecter et à recycler 90 % de tous les emballages de boissons mis sur le marché en Belgique en 2022.

Bruxelles pourra-t-elle influencer ce bras-de-fer ? Difficile d’imaginer une consigne qui ne serait instaurée que dans une des Régions du pays. « Nous pouvons avancer seuls, indique-t-on auprès du nouveau ministre bruxellois de l’Environnement, Alain Maron (Ecolo). Mais a priori, le principe est d’avancer avec les autres Régions ». Reste donc à voir si les déclarations de politique régionale wallonne et flamande reprendront ce point. En tout état de cause, la consigne n’est pas pour demain. Si elle voit le jour.

Un coup pour l’incinérateur

Nouveauté en tout cas : la politique des déchets n’est plus seulement examinée sous l’angle de la propreté. Elle « sera réalignée sur les politiques environnementales de la Région et sera partie prenante de la transition écologique et sociale », dit le programme. Bruxelles maintient l’objectif actuel de recyclage et de valorisation des déchets : 50 % en 2020. Mais va plus loin en ajoutant 55 % en 2025, 60 % en 2030 et 65 % en 2035. Le sac bleu s’ouvrira à tous les plastiques. Le taux de collecte des bouteilles en PET devra atteindre 77 % en 2025 et 90 % en 2029. Le tri des déchets organiques deviendra obligatoire en 2023 ; pour les accueillir, une unité de biométhanisation avec valorisation de l’énergie renouvelable verra le jour.

Corollaire : les flux de déchets terminant dans l’incinérateur de Neder-over-Hembeek se tariront. On fera une étude de « phasing out », on n’acceptera plus de déchets « importés » et les certificats verts que l’usine reçoit au titre de sa production d’énergie « renouvelable » seront supprimés. Virage à 180º par rapport au précédent gouvernement… Autant se demander si, à terme, les jours de l’incinérateur ne sont pas comptés.

 
 
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