Crise en Italie: le gouvernement au bord de l’éclatement, divers scénarios à l’horizon

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Giuseppe Conte et Matteo Salvini
Giuseppe Conte et Matteo Salvini - AFP

Profond remaniement ministériel, chute du gouvernement, exécutif de techniciens ou élections en octobre ? La coalition au pouvoir en Italie, dominée par Matteo Salvini, semble au bord de l’implosion et les scénarios les plus divers se profilent à l’horizon.

Quel a été le déclencheur de la crise ?

Lors du dernier vote parlementaire mercredi avant la pause estivale, le Mouvement 5 Etoiles (anti-système) de Luigi di Maio a voté contre le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin, fermement soutenu par la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite).

L’opposition de droite et de gauche à la coalition populiste a appelé à une démission du chef du gouvernement Giuseppe Conte, estimant qu’il n’y avait « plus de majorité » au Parlement.

Le très populaire Matteo Salvini, pointé du doigt comme instigateur de la crise, a laissé planer le doute sur ses intentions. Au lieu de démarrer en fanfare le tour des plages qu’il avait annoncé, il s’est enfermé avec M. Conte pour une longue discussion.

Le soir, lors d’un meeting à la station balnéaire de Sabaudia, il s’est contenté de lâcher : « Quelque chose s’est brisé dans la majorité ces derniers mois », alimentant les spéculations qui allaient déjà bon train sur un risque d’éclatement de la coalition.

Illustration de ces tensions, le « spread » qui mesure l’écart entre les taux des dettes italienne et allemande (la référence) à 10 ans s’est creusé jeudi matin à 206 points, contre 199 la veille.

Que peut-il se passer désormais ?

A priori M. Salvini va poursuivre son « beach tour », qui doit le voir enchaîner selfies, cocktails et kermesses politiques dans sept régions côtières, jusqu’à la Sicile dimanche.

Pour le reste, mystère. Le M5S a dénoncé dans l’après-midi un communiqué de la Ligue « incompréhensible », leur demandant de dire « clairement ce qu’ils veulent faire ».

Dans le communiqué en question, la Ligue affirme qu’elle ne veut « ni davantage de fauteuils ministériels, ni un remaniement du gouvernement ».

Les médias assuraient pourtant jeudi matin que Salvini avait posé ses conditions pour rester au sein de l’alliance : le départ de trois ministres dont celui de l’Economie Giovanni Tria, plutôt proche de la Ligue mais jugé par Salvini trop frileux à l’égard de Bruxelles, et un nouveau pacte avec M5S incluant la « flat tax », un impôt sur le revenu unique, et une plus grande autonomie des régions.

« Inutile de continuer comme ça, entre les ‘non’, les reports, les blocages et les batailles quotidiennes. Chaque jour qui passe est une journée de perdue, pour nous la seule alternative à ce gouvernement est de redonner la parole aux Italiens », avec la convocation d’élections, a asséné la Ligue dans son communiqué.

Contrairement à ses habitudes, Matteo Salvini, qui a rencontré le chef du gouvernement Giuseppe Conte dans l’après-midi, a gardé le silence, laissant les deux partis s’écharper par communiqués interposés.

M. Conte, proche du M5S, était monté auparavant au palais du Quirinal, siège de la présidence, mais rien n’a filtré de son long entretien avec le président Sergio Mattarella.

Quelles sont les issues possibles à la crise ?

L’une des plus probables reste un profond remaniement ministériel avec une relance de l’alliance entre MM. Salvini et Di Maio, que le « Capitaine » s’est gardé d’attaquer, parlant d’une « personne correcte et comme il faut ».

Faute de quoi, le gouvernement Conte pourrait devoir démissionner, ce qui déboucherait sur trois hypothèses.

La formation d’une nouvelle majorité parlementaire, qui pourrait inclure le M5S et la gauche, semble improbable compte tenu de l’affaiblissement de ces deux camps et de leur opposition affichée à une telle perspective.

Sinon, des élections anticipées pourraient être convoquées pour octobre : créditée de 36 à 38 % des intentions de vote selon les sondages, la Ligue devrait en sortir largement victorieuse et gouverner quasi-seule, en s’alliant avec le petit parti Fratelli d’Italia (extrême droite).

Cependant, le président Sergio Mattarella insiste régulièrement sur la nécessité d’avoir un gouvernement en place à l’automne pour élaborer le budget, dont la première version doit être soumise à l’Union européenne avant la fin septembre.

Dans ce cas, le chef de l’Etat pourrait opter pour la mise en place d’un gouvernement technique et renvoyer la perspective d’élections à février ou mars.

Crise gouvernementale en Italie: Salvini réclame des élections anticipées le plus «rapidement» possible

Crise gouvernementale en Italie: Salvini réclame des élections anticipées le plus «rapidement» possible

Matteo Salvini, l’homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue (extrême droite) a réclamé jeudi des élections anticipées le plus «rapidement» possible, décrétant l’éclatement de la coalition au pouvoir.

«Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu’il n’y a plus de majorité (...) et restituons rapidement la parole aux électeurs», a-t-il exigé dans un communiqué, diffusé après une série de rencontres entre dirigeants politiques.

«Il est inutile d’aller de l’avant avec des +non+ et des disputes, comme ces dernières semaines, les Italiens ont besoin de certitudes et d’un gouvernement qui travaille», a-t-il ajouté. Toute la journée, des consultations ont eu lieu entre le chef du gouvernement Giuseppe Conte et le président Sergio Mattarella, et entre MM. Conte et Salvini.

« Les vacances ne sont pas une excuse »

Matteo Salvini faisait ici une allusion transparente à ses alliés du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et de son ministre des Infrastructures, Danilo Toninelli, farouchement opposés au projet de TGV Lyon-Turin.

La crise au sein de la coalition a été déclenchée par le dernier vote de la session parlementaire sur cette liaison ferroviaire .

Le M5S s’est retrouvé à voter tout seul une motion contre cette liaison franco-italienne à grande vitesse, tandis que la Ligue apportait son soutien à deux motions de l’opposition en faveur du projet.

Matteo Salvini a dénoncé dans son communiqué «les insultes répétées à moi et à la Ligue de la part de prétendus alliés», M. Toninelli l’ayant récemment qualifié de «nain assis sur les épaules de géants».

Les crises politiques en Italie ne se produisent généralement jamais en été, mais Matteo Salvini a estimé que cela n’avait pas d’importance.

«Les vacances ne peuvent pas être une excuse pour perdre du temps et les parlementaires, peuvent revenir travailler la semaine prochaine, comme font des millions d’Italiens, à moins qu’ils ne veulent sauver leurs privilèges», a conclu le chef de la Ligue.

Le Sénat et la Chambre des députés ont terminé leurs sessions et sont censés ne reprendre leurs travaux qu’en septembre.

 
 
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