Le précieux service en or de Basil Zaharoff, marchand de canons

L’an passé, alors que l’on fêtait le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, l’on n’a passé sous silence le rôle joué par l’un de ses acteurs de l’ombre, sir Basil Zaharoff.

Né Grec en 1849, cet homme doué pour les affaires, pour lesquelles il n’était pas très regardant, prêt à tout pour réussir, au point d’épouser une héritière américaine à New York en 1885, alors qu’il était déjà marié en Angleterre, se lança dans le commerce des armes à la fin du XIXe siècle. Il investit également d’autres domaines, comme la finance et le pétrole. Des amitiés en haut lieu lui permirent de prospérer et de devenir incontournable. Il était devenu l’homme le plus puissant du monde et peut-être le plus fortuné. Il avait d’ailleurs proposé au prince Louis II de Monaco de racheter la principauté ! Bien qu’actionnaire important de la Société des bains de mer, qu’il avait aidée à retrouver une excellente santé financière, cette idée saugrenue ne fut pas bien reçue sur le Rocher…

Traversant les continents et voyageant inlassablement, Zaharoff avait fait de la France son port d’attache. Il en obtint la nationalité en 1908 et possédait un somptueux hôtel particulier avenue Hoche à Paris. Il acheta également en 1915 pour un million de francs-or le château de Balincourt et ses deux cents hectares de parcs et jardins à la baronne de Vaughan, l’épouse morganatique de Léopold II décédé en 1909. La grande demeure située dans le Val d’Oise et édifiée à la fin du XVIIIe siècle avait été luxueusement « modernisée » par le deuxième souverain belge et Zaharoff ne se priva pas de surenchérir dans l’aménagement de ce domaine où il passait ses étés en y recevant ses obligés, chefs d’Etat et militaires de haut rang. Alors que la guerre battait son plein, le marchand de canons vivait somptueusement en tirant les ficelles du destin de certains peuples à l’avantage de ses industries. Ne le surnomma-t-on pas « le marchand de mort » ?

Boucheron

Rien n’était trop beau pour cet homme avide de richesse et de pouvoir. Il n’est donc pas étonnant qu’il fut l’un des meilleurs clients du joaillier Boucheron, tant à Paris qu’à Londres. A partir de 1909, il commanda à plusieurs reprises des pièces d’orfèvrerie, parmi lesquelles la cafetière, la théière, le sucrier et sa pince à sucre, ainsi que le pot à lait qui étaient réunis en un lot chez Christie’s le 4 juillet dernier. Le tout en or et en lapis-lazuli (pour les prises) pour un total avoisinant les 3,5 kilos. Le service est de style néo-Louis XVI, encore bien dans le goût de la fin du siècle précédent. Ce service est sans doute fait d’éléments disparates, car il manque un plateau et la pince à sucre est la seule à porter un « ZZ », soit le chiffre de Zaharoff. Cela étant, le tout est d’une grande finesse d’exécution, même si ces pièces ne brillent pas par leur modernité. Estimé entre 200.000 et 300.000 livres sterling, il a néanmoins convaincu plusieurs enchérisseurs et le prix obtenu est remarquable. Si l’on en croit le catalogue, il aura sans doute été consigné par l’un des descendants du sinistre personnage, soit l’un des descendants des enfants de sa dernière épouse, Maria del Pilar de Villafranca, veuve du prince Francisco de Bourbon, membre de la famille royale espagnole, enfants qu’il adopta et qui portèrent le patronyme de Bourbon-Zaharoff !

Ce service très opulent, pour ne pas dire ostentatoire, très « nouveau riche », trahit bien le goût de son premier propriétaire pour tout ce qui brille. Sic transit gloria  : cet homme craint et puissant en son temps, connu de la terre entière, n’est plus remémoré aujourd’hui que ponctuellement, à l’occasion de la vente d’un de ses objets…

Le 4 juillet, la livre sterling valait 1,114 euro.

 
 
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