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Rentrée scolaire: «Etre prof, c’est un one wo.man show quotidien»

Pour la rentrée, « Le Soir » est allé à la rencontre de trois profs du secondaire. Un jeune, un mi-jeune, et un moins jeune. Ils racontent l’évolution de leur métier.

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Chef du service Enquêtes Temps de lecture: 8 min

La rentrée se prépare, à l’Athénée royal de Soumagne. On travaille à la chaîne pour mettre la touche finale aux journaux de classe 2019-2020. Devant le bureau de la préfète, trois professeurs nous attendent. Ils enseignent tous dans cet établissement, sont tous trois licenciés, et donnent cours dans le degré supérieur (4-5-6es), en général comme en technique. Mais ils ne sont pas de la même génération.

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2 Commentaires

  • Posté par Beuken J., mardi 3 septembre 2019, 9:37

    La lecture d’un texte sur l’enseignement retient toujours mon attention. La rencontre que vous relatez est un cas de figure parmi d’autres et le témoignage très (trop) personnel de trois enseignants aurait du informer le lecteur sur les méandres de l’enseignement, les difficultés rencontrées par un enseignant et les sources d’épanouissement qu’il peut néanmoins obtenir. Cela constitue un défi majeur étant donné qu’un enseignant peut lui-même ignorer les difficultés de ses collègues, même au sein d’un même établissement. La pratique reste trop sclérosée, soumise à l’autorité hiérarchique et politique et les (r)évolutions périodiques initiées par certains ministres apparaissent comme des convulsions qui s’imposent comme pour leur donner bonne conscience. Quels sont les grands problèmes de l’enseignement ? Ils sont d’une dimension qui donne le tournis. Citons la concurrence entre les réseaux, impayable et responsable de l’état d’impécuniosité de la Communauté française, le manque de stratégie à long terme, le problème de motivation des membres des personnels, la formation des enseignants, la gestion des formes de violence dans certains établissements, l’intégration des nouvelles technologies ou encore le recrutement de personnes diplômées. Face à tant de variables qui ne sont pas envisageables dans la formation d’un enseignant, il n’est pas commode pour un jeune professeur de trouver ses repères surtout s’il est face à un environnement violent et s’il est confronté à l’individualisme de collègues plus expérimentés que lui. Les conditions de travail restent précaires en début de carrière : on parle d’intérims, des périodes de chômage peuvent s’installer, il y a trop peu de place pour apprendre le métier et les conditions financières sont peu attrayantes. Dire qu’un enseignant motivé doit foncer et que la réussite suivra, c’est nier toutes ces difficultés même si certains, et c’est heureux, y parviennent. Les jeunes ont reçu une autre éducation, la société a fortement évolué en vingt ans et il ne convient pas d’imposer son vécu à celui des jeunes générations. Leurs mentalité et préoccupations sont bien différentes. Pourtant, le défi est là avec des enseignants non suffisamment formés pour les tâches qui les attendent. La pédagogie est le mot clé de l’activité de l’enseignant. Cette science de l’éducation est un art, une méthode qui suppose de solides connaissances – on ne fait pas de la pédagogie sans des contenus ayant du sens -, mais surtout une capacité à créer un climat de classe fait de respect, d’écoute et de partage qui permet à l’activité pédagogique de s’installer. Cela ne signifie pas une disponibilité totale de vingt-quatre heures par jour, sans quoi le professeur risque de devenir un reposoir sans limite qui empêche l’élève de se responsabiliser. D’autre part, on peut se poser la question des limites de la fonction. Faut-il être un coach, un psy ou une nounou ? Même si certains parents attendent énormément des enseignants, ces derniers doivent tenir compte d’un nombre de plus en plus élevé de paramètres, dont ceux liés aux difficultés psychologiques et émotionnelles d’élèves désemparés ou sans références parentales solides. Si un enseignant doit tenir compte de ces demandes et accueillir l’adolescent, il ne doit cependant pas lui faire croire qu’il peut résoudre tous ses problèmes. Il n’est ni un psychologue, ni un coach mental, encore moins un expert dans le domaine des drogues. Il ne convient pas de diluer la fonction et de l’étendre vers des zones nébuleuses où l’enseignant de bonne volonté risque de décevoir fortement l’élève qui ne trouve pas la réponse à son problème et pour cause. Ce que peut faire un enseignant, c’est faire preuve d’empathie et orienter l’élève, le cas échéant, vers la personne ou le service compétents. C’est ainsi respecter l’élève et mériter sa confiance. Quant à l’attitude à avoir sur les « planches », cela relève aussi du défi. Face, ou plutôt avec, un groupe de jeunes en demande ou non, il convient de faire preuve de dignité certes, mais surtout de modestie, d’écoute, de remise en question. La partie se joue à deux, et non pas de manière frontale. Il ne s’agit donc en aucune manière d’un one-(wo)man-show, terme tout à fait inapproprié et malheureux car l’adolescent n’est pas au spectacle et le faire sourire ne suppose pas son adhésion, ni l’assimilation de la matière. Donc laissons les clowns et gens de spectacle faire leur show. L’enseignant n’est pas un extraterrestre non plus, mais un humain qui essaie de créer des ponts avec ses élèves et qui essaie du mieux qu’il le peut, de l’élever tant intellectuellement que psychologiquement. Et chaque élève a ses attentes, ses craintes, ses points forts, ses faiblesses, ses problèmes. Il convient de relever le défi par une pédagogie variée, surprenante et faite de défis et de problèmes à résoudre. Les meilleurs, sur le plan des résultats, comme tous les autres, doivent sentir cette satisfaction qui façonnera les liens, le respect mutuel et l’estime de soi. Si l’enseignant n’a pas une obligation de rentabilité (celle-ci se limite à une dimension financière), il a une obligation professionnelle et morale d’emmener chacun à faire un pas en avant. Pour cela, une attention et une remise en question permanentes s’imposent. Tout jugement péremptoire est à éviter. Quelle politique mettre en chantier pour intégrer tous ces critères étant donné les obstacles naturels qui grèvent l’enseignement ? La question est là et le professeur n’est qu’un élément d’un tout qui a pour cible l’élève.

  • Posté par Michel Vanwelkenhuyzen, samedi 31 août 2019, 9:33

    Excellente interview des trois enseignants de Soumagne. Ils résument bien la situation; jusqu'à la toute dernière phrase qui est pleine de vérité : le "copinage" avec les élèves, quoiqu'en pensent ceux qui n'ont jamais enseigné, et qui restant des théoriciens de la pédagogie, ne fonctionne jamais. Que les jeunes collègues ne l'oublient jamais... C'est un retraité de l'enseignement qui le dit !

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