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Chats, dauphins et corbeaux: la CIA publie des documents sur ses animaux espions de la CIA

Ces documents prouvent toute l’imagination dont ont fait preuve des employés de l’agence de renseignement pour tenter d’utiliser les animaux au profit de l’espionnage.

Temps de lecture: 4 min

Les oiseaux ont longtemps été une figure centrale d’un programme de la CIA visant à entraîner des animaux afin d’aider Washington à vaincre l’Union soviétique durant la Guerre froide. La puissante agence de renseignement a publié des dizaines de dossiers sur ces tests, qui se sont étendus sur une décennie et ont concerné chats, chiens, dauphins et toute sorte d’oiseaux.

La CIA étudiait la façon dont les chats pouvaient être utilisés comme des outils d’écoute itinérants – des « véhicules de surveillance audio ». Elle a également essayé de placer des implants dans le cerveau de chiens pour voir s’ils pouvaient être contrôlés à distance. Aucune de ces tentatives n’est allée très loin.

Nom de code Oxygas et Chirilogy

Les efforts ont été plus poussés en ce qui concerne les dauphins, entraînés à devenir de potentiels saboteurs et à espionner le développement soviétique d’une flotte de sous-marins nucléaires, peut-être la plus grosse menace pour le pouvoir américain au milieu des années 1960.

Les projets Oxygas et Chirilogy cherchaient à déterminer si les dauphins pouvaient remplacer des plongeurs humains et placer des explosifs sur des navires amarrés ou en mouvement, se faufiler dans les ports soviétiques afin d’y laisser des balises acoustiques ou des outils de détection de missiles, ou encore nager aux côtés des sous-marins afin d’enregistrer leur signature acoustique.

Ces programmes, eux aussi, ont été abandonnés.

Une imagination débordante

Mais l’imagination des responsables du renseignement s’est emballée autour des possibilités offertes par les oiseaux -- pigeons, faucons, hiboux, corbeaux, et même quelques oiseaux migratoires.

Pour ces derniers, la CIA avait recruté des ornithologues afin de déterminer quels oiseaux passaient régulièrement une partie de l’année dans une région située au sud-est de Moscou, autour de la ville de Chikhany, où les Soviétiques possédaient des usines d’armes chimiques.

L’agence voyait les oiseaux comme des « capteurs vivants » qui, grâce à la nourriture ingurgitée, révéleraient dans leur chair quelles substances les Russes étaient en train de tester.

Des entraînements en bonne et due forme

Au début des années 70, la CIA s’est tournée vers les rapaces et les corbeaux, dans l’espoir qu’ils puissent être entraînés pour des missions telles que déposer un micro-enregistreur sur le rebord d’une fenêtre.

Pour un projet nommé Axiolite, des entraîneurs basés sur une île du sud de la Californie apprenaient aux oiseaux à voler sur des kilomètres au-dessus de l’eau. Si un candidat s’en sortait bien, il était ensuite choisi pour être introduit clandestinement en territoire soviétique, relâché discrètement avec une caméra accrochée à lui afin de réaliser des images, et revenir. Une mission compliquée. Les cacatoès étaient intelligents mais « peut-être trop lents pour éviter les attaques » d’autres oiseaux. Deux faucons sont morts de maladie.

Le plus prometteur était Do Da, le corbeau. Très endurant, il était la « star du projet », selon les écrits d’un scientifique. Capable de déterminer la bonne altitude et les bons vents, il était assez malin pour éviter les attaques de ses congénères. Mais sa séance d’entraînement, le 19 juin 1974, tourna mal. Il fut agressé par d’autres corbeaux, et plus jamais revu. Pour le plus grand malheur des scientifiques.

Et les pigeons ?

Autre pan majeur du programme : les pigeons, utilisés depuis deux millénaires comme des messagers puis, durant la Première Guerre mondiale, pour prendre des photos. Le défi posé par cette espèce est qu’elle travaille depuis un poulailler ou un perchoir familier. La CIA possédait des centaines de pigeons, qu’elle testait sur le territoire américain en les équipant de caméras.

Bientôt, la cible fut déterminée : les chantiers navals de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) où les Soviétiques construisaient leurs sous-marins nucléaires. Mais les résultats des entraînements étaient mitigés : certains pigeons s’enfuyaient avec de coûteuses caméras et ne revenaient jamais.

Les documents publiés ne disent pas si l’opération de Leningrad a effectivement été tentée. Mais un rapport de la CIA de 1978 indiquait clairement que trop de questions se posaient quant à la fiabilité des oiseaux.

 

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3 Commentaires

  • Posté par De Ronde Michel, dimanche 15 septembre 2019, 17:34

    La divulgation calculée de ces méthodes obsolètes n'a probablement d'autre explication que de donner une image bon enfant à une organisation qui n'a pas pour habitude de faire dans la dentelle.

  • Posté par Carré Albin, dimanche 15 septembre 2019, 22:17

    Absolument, ils ne donnent par exemple aucun détail sur les méthodes utilisées pour fomenter le coup d'état du 11 septembre 1973 à Santiago au Chili. Il est vrai qu'opérer un choix dans leur liste pléthorique reviendrait à un travail de Sisyphe!

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