Nicolas Ullens, l’accusateur de Reynders, persiste à travers une plainte

Nicolas Ullens craint que «
les devoirs d'enquête élémentaires dans ce dossier de corruption et blanchiment n'aient pas été effectués
».
Nicolas Ullens craint que « les devoirs d'enquête élémentaires dans ce dossier de corruption et blanchiment n'aient pas été effectués ». - L.Co

Vendredi, le parquet de Bruxelles avait classé sans suite sa dénonciation, faite en avril dernier auprès de la Police judiciaire fédérale de Bruxelles, contre Didier Reynders et son conseiller, Jean-Claude Fontinoy. Ce lundi matin, via son conseil Me  Alexis Deswaef, l’ancien agent de la Sûreté de l’Etat Nicolas Ullens de Schooten a porté plainte auprès du parquet fédéral pour « menaces de mort et harcèlement » dans l’exercice de ses anciennes fonctions, à l’époque où il enquêtait sur les faits de corruption qu’il dénonce.

Le Soir a obtenu une copie de cette plainte, confirmant les informations d’Apache et de L’Echo. Après une rapide analyse, le parquet fédéral a annoncé sa volonté de transmettre le signalement au parquet général, seul compétent pour enquêter sur un ministre. Contacté lundi soir, le parquet général n’avait pas encore accusé réception de cette plainte.

Dix-huit rapports de la Sûreté

« Cette plainte est dirigée contre les personnes ayant eu un rôle dans les faits de menaces de mort et harcèlement subis par le plaignant dans l’exercice de ses fonctions comme inspecteur à la Sûreté de l’Etat enquêtant sur divers dossiers de corruption et blanchiment d’argent. » Elle cible plus précisément un ancien supérieur hiérarchique à la Sûreté, F.J., le numéro 3 du service de renseignement, Hugues Brulin, et un inspecteur du Comité R, le service chargé du contrôle des services de renseignement. Et, comme depuis le mois d’avril, la plainte cite les deux personnes que M. Ullens de Schooten soupçonne de corruption et blanchiment – Didier Reynders et Jean-Claude Fontinoy.

A l’appui de sa plainte, Nicolas Ullens ajoute des documents que le parquet de Bruxelles n’avait pas encore en sa possession avant qu’il ne classe le dossier sans suite. Notamment 18 rapports de la Sûreté (le parquet de Bruxelles n’en disposait « que » de 5), datés de 2009 à 2015. Le plaignant prend donc le risque de se mettre en délicatesse avec son obligation de respecter le secret professionnel, qui concerne tous les (anciens) inspecteurs de la Sûreté de l’Etat. « Le plaignant doit être considéré comme un lanceur d’alerte », insiste son avocat, Me  Deswaef. « Nous craignons que les devoirs d’enquête élémentaires dans ce dossier de corruption et blanchiment n’aient pas été effectués » par le parquet de Bruxelles, qui a classé sans suite le dossier vendredi. « Tels qu’une enquête patrimoniale qui aurait permis de fermer des portes, ou au contraire d’en ouvrir et de poursuivre l’enquête. »

« Indépendance »

« Ce classement sans suite soudain, à trois jours de l’audition de Monsieur Reynders au Parlement européen, a de quoi surprendre », estime l’avocat. Trois jours plus tôt, Me  Deswaef avait reçu l’assurance que le dossier était toujours traité. Et avait prévenu le parquet que son client se tenait à leur disposition pour transmettre de nouveaux documents.

Fort de ce constat, Nicolas Ullens tente de (re)lancer la machine judiciaire. En y ajoutant une accusation de menaces de mort. En espérant qu’une nouvelle enquête soit lancée.

Didier Reynders sera auditionné ce mercredi au Parlement européen, en vue d’accéder au poste de commissaire européen à la Justice. Interrogé ce matin, le parquet de Bruxelles n’a pas souhaité commenter le classement sans suite de la dénonciation de Nicolas Ullens, annoncé vendredi dernier. Il assure simplement que la décision n’avait rien à voir avec le calendrier politique européen. Le parquet travaille « en toute indépendance », assure-t-on.

 
 
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