Les créations théâtrales à ne pas manquer cette semaine

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Tchaïka
» aux Martyrs.
« Tchaïka » aux Martyrs.

Be careful

Jusqu’au 5 octobre au Théâtre Les Tanneurs (Bruxelles)

Seule en scène, l’Indienne Mallika Taneja démonte habilement les réflexes sexistes du quotidien, et cette manière qu’a la société de rendre les femmes responsables de la violence des hommes. Tout en enfilant les habits qui l’entourent, comme un oignon qu’on rhabille, l’artiste égraine avec beaucoup d’humour ces règles et conseils que l’on assène aux femmes sous prétexte d’assurer leur sécurité. Cyniquement drôle !

Borders

Jusqu’au 19 octobre au Théâtre Le Public (Saint-Josse)

C’est ce qu’on appelle une mise en scène implacable ! Comédiens en état de grâce, scénographie puissante, rythme infaillible : la pièce d’Henry Naylor apparaît magnifiée par le regard de Jasmina Douieb. Un jeune photographe anglais avide de sensationnel et une jeune Syrienne heurtée de plein fouet par la guerre vont voir leur destin se croiser de manière spectaculaire.

Cyrano de Bergerac

Jusqu’au 20 octobre au Théâtre royal du Parc (Bruxelles), du 5 au 10 novembre à l’Aula Magna (Louvain-la-Neuve) puis à Woluwe-Saint-Lambert et Liège

Dans un espace unique, servi par une très belle distribution emmenée par Bernard Yerlès, le héros de Rostand enflamme le public et fait entendre son désarroi. Passant de l’ombre à la lumière, de l’agitation joyeuse à la mélancolie, de la comédie à tragédie, la mise en scène de Thierry Debroux parvient à nous captiver, à nous faire rire et à faire ressentir toute l’humanité des personnages.

Edmond

Jusqu’au 16 novembre au Théâtre Le Public (Saint-Josse)

Plus qu’une pièce d’Alexis Michalik, c’est une formidable machine à jouer que met en scène Michel Kacenelenbogen pour raconter l’histoire d’Edmond Rostand, en pleine création de Cyrano de Bergerac. Douze comédiens, une mise en scène rythmée où les décors et les costumes virevoltent, des tirades gourmandes et des ressorts vaudevillesques : Edmond est une savoureuse déclaration d’amour au théâtre.

infini

Le 4 octobre aux Ecuries (Charleroi)

Dans d’étonnants costumes dépareillés de notre compatriote Jean-Paul Lespagnard, les danseurs de Boris Charmatz déversent un torrent de mots qui fait vivre les chiffres à travers le temps, les années, les minutes, les faits historiques, l’histoire de l’art, les gestes du quotidien, l’amour, la mort, le sexe, les étoiles… sans jamais cesser de danser. Un spectacle exigeant pour les interprètes et pour le public qui se demande où on cherche à l’emmener avant de céder petit à petit au côté hypnotique d’une performance qui pourra fasciner tout autant qu’exaspérer.

Le présent qui déborde

Jusqu’au 12 octobre au Théâtre National (Bruxelles)

Christiane Jatahy fait le parallèle entre l’Odyssée d’Ulysse et celles d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, obligés de quitter leur pays tout en rêvant d’y retourner. Tous sont comédiens, venus de Syrie, d’Afrique du Sud, du Brésil, de Palestine, de Grèce… Nous les découvrons sur grand écran, racontant leur vie ou jouant des extraits de l’Odyssée. Mais aussi dans la salle, non pas sur le plateau, mais dans les gradins à nos côtés. Une manière de rappeler que nous sommes tous dans le même bateau et que cette histoire d’exil et d’errance existe depuis la nuit des temps et ne risque pas de disparaître de sitôt.

Le roman d’Antoine Doinel

Jusqu’au 12 octobre au Théâtre Varia (Ixelles)

Antoine Laubin et Thomas Depryck rassemblent cinq films de Truffaut en une fresque théâtrale de 4h30. Ils créent une sorte de « digest » du cycle Antoine Doinel, soit les aventures d’un garçon, depuis l’adolescence (dans Les 400 coups) jusqu’à l’âge adulte, les maîtresses, la paternité, le divorce. On zappe d’une époque à l’autre et jamais on ne décroche de ce portrait tout en légèreté d’un homme en fuite.

Les enfants

Jusqu’au 10 octobre au Théâtre de Poche (Bruxelles)

À la mise en scène, Tilly s’empare du thriller écologique de Lucy Kirkwood. Teintée d’humour noir, la pièce pose la question de notre responsabilité à laisser vivre nos enfants avec cette bombe à retardement qu’est le nucléaire. Entre farce absurde et polar fantastique, l’œuvre moque les vaines gesticulations de personnages refusant de voir que tout s’effondre autour d’eux.

No One

Jusqu’au 5 octobre au Théâtre Les Tanneurs (Bruxelles), le 16 octobre à Huy, les 19 et 20 novembre à Tournai

Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola orchestrent un théâtre non-verbal tantôt comique, tantôt glaçant. Dans le décor hyperréaliste d’une station-service perdue au milieu de nulle part, cinq acteurs et 10 figurants jouent entre suspense et étrangeté pour décortiquer les réactions d’une foule, la sauvagerie qu’elle peut entraîner, sa propension à désigner des boucs émissaires. Le tout avec des gestes millimétrés et des effets décoiffants.

Peter, Wendy, le temps, les Autres

Jusqu’au 4 octobre au Théâtre Blocry (Louvain-la-Neuve), du 8 au 19 octobre au Théâtre de la Vie (Saint-Josse)

Pièce touchante que ce duo entre Camille Sansterre et Ilyas Mettioui sur le thème de l’amour, inspirée des écrits du philosophe André Gortz, mais surtout rehaussée par la présence, chaque soir, d’un couple de seniors, non-acteurs, venus frotter leur expérience du couple aux atermoiements de nos comédiens trentenaires.

Pink Boys and Old Ladies

Jusqu’au 5 octobre au Théâtre de la Balsamine (Schaerbeek), les 8 et 9 octobre à la Maison de la culture de Tournai

C’est l’histoire d’un petit garçon qui aime porter des robes et du rose : identité floue, contours ambigus. Et chacun autour de lui tente de comprendre, exprime son malaise, mais aussi son empathie : alors on parle de tout et de rien, on danse. L’humour décalé domine ce sujet grave du genre. Servie par une distribution formidable, la pièce de Marie Henry joue la déconstruction, se démultiplie entre jeu et récit, en osmose rythmée avec la mise en scène/chorégraphie de Clément Thirion, fluide, poétique et la musique de Thomas Turine.

Romances Inciertos, un autre Orlando

Le 8 octobre au Théâtre Le Manège (Mons)

François Chaignaud est ici accompagné par quatre musiciens interprétant des airs anciens au théorbe, à la viole de gambe, à la guitare baroque, aux percussions et au bandonéon. Chantant et dansant, il apparaît sous trois aspects différents. Dans la première partie, il est un guerrier bondissant. Il revient ensuite sur des échasses pour une séquence époustouflante. Dans la dernière enfin, c’est sous les traits d’une Gitane de légende qu’il apparaît avant de se débarrasser de ses vêtements féminins pour se transformer en hidalgo à l’identité incertaine. Magique, troublant et envoûtant.

Sabordage

Jusqu’au 3 octobre au Théâtre de Liège, du 21 au 24 octobre à l’Eden (Charleroi) puis à Mons, Louvain-la-Neuve, Namur et Verviers

Le collectif Mensuel recycle ici un bon nombre des ficelles de son spectacle précédent, Blockbuster : musique live, mash-up d’extraits de films connus, bruitage et doublage en direct, le tout sur le même thème : ce rouleau compresseur qu’est le capitalisme. L’équipe y ajoute du théâtre d’objet pour raconter l’histoire d’une île rongée par la voracité de ses dirigeants. Caricatural mais plaisant.

Tchaïka

Du 3 au 20 octobre au Théâtre des Martyrs (Bruxelles)

Auréolée de prix au Chili, cette troublante adaptation de la Mouette de Tchékhov se crée désormais en français. La pièce de Natacha Belova et Tita Iacobelli tisse une mise en abîme infinie : une vieille actrice, au crépuscule de sa carrière, reprend du service sous la forme d’une marionnette, à taille humaine, qui n’est autre que le double vieilli de la comédienne qui la manipule. Une pièce démente sur les gouffres vertigineux de la vieillesse mais aussi du théâtre.

Trois hommes et un couffin

Jusqu’au 6 octobre au Théâtre royal des Galeries (Bruxelles)

La comédie culte des années 80 se décline au théâtre. Malgré l’évolution de la société en 30 ans, cette histoire de paternité dissipée s’adapte étonnamment à l’air du temps et l’on prend plaisir à retrouver ces hommes dotés de deux mains gauches quand il s’agit de langer, nourrir ou endormir un bébé. À mesure qu’ils domestiquent leurs réflexes patriarcaux se glisse une atmosphère pleine de tendresse et de sensibilité.

Villa Dolorosa

Jusqu’au 6 octobre au Théâtre des Martyrs (Bruxelles)

Les Trois sœurs de Tchékhov prennent un étonnant virage contemporain dans la pièce de l’auteur allemande Rebecca Kricheldorf : cynique, pathétique, et très drôle, dans un rythme endiablé que maîtrise une distribution de haut vol (la Compagnie Belle de Nuit). Sur un plateau sobre, mais sur fond de jardin luxuriant et coloré, la mise en scène de Georges Lini joue l’énergie, tout en laissant le champ libre aux nuances, à la sincérité. On boit, beaucoup, on s’engueule mais l’on s’aime dans un émouvant désarroi. Une formidable découverte !

 
 
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