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Une œuvre au destin mouvementé

Brûlé, volé, caché, le retable a connu une histoire chahutée.

Journaliste Temps de lecture: 3 min

Son histoire est à la hauteur de sa splendeur. Un siècle après sa réalisation achevée en 1432, cette œuvre magistrale de l’histoire de l’art fut jetée dans les flammes quand, en 1566, la région se déchire autour du statut des images saintes. Le retable est sauvé in extremis pour être exposé plus sereinement dans l’église Saint-Jean de Gand, qui deviendra la cathédrale Saint-Bavon.

Mais en 1794, quand elles envahissent nos régions, les armées françaises volent le polyptyque et l’accrochent aux cimaises du Louvre. La France ne rendra l’œuvre qu’en 1815, après la chute de Napoléon mais… sans les volets ! Ceux-ci passent entre les mains de collectionneurs privés qui les revendront au roi de Prusse, Frédéric Guillaume III.

Pendant la Première Guerre mondiale, ce sont les Allemands qui volent le retable gantois et le restituent à la fin du conflit dans son entièreté, avec les panneaux appartenant pourtant en toute légalité au roi de Prusse. La Deuxième Guerre mondiale n’est pas sans conséquences pour le chef-d’œuvre des frères Van Eyck. La Belgique craint un nouveau vol et décide de mettre le trésor en sécurité au Vatican. Mais pendant le transfert, l’Italie passe du côté allemand et la Belgique décide de laisser le retable en France, à Pau, signant même un accord avec la France et l’Allemagne pour que l’œuvre ne soit pas déplacée. Mais en 1942, Hitler ne respecte pas son engagement et emmène le tableau au château de Neuschwanstein, en Bavière. Inquiètes des conséquences des bombardements alliés, les autorités nazies décident de mettre l’œuvre en sûreté dans une mine de sel d’Altaussee, en Autriche. Pourtant, quand les troupes américaines approchent, ces mêmes responsables veulent dynamiter la mine. Le retable n’est finalement pas détruit et ce sont les « Monument men » – cette section des armées alliées chargée de retrouver les biens artistiques dérobés par Hitler – qui le retrouveront. L’Agneau mystique est remis en grande pompe à la Belgique lors d’une prestigieuse cérémonie organisée au palais royal de Bruxelles.

Nouveau rebondissement

Mais il est exposé à Gand, incomplet, un des panneaux manquant toujours. C’est que dans la nuit du 11 avril 1934, un énième vol est commis : les deux représentations de Saint-Jean Baptiste et des Juges intègres sont dérobées. Pas moins de treize rançons sont demandées. En mai de la même année, la police retrouve la partie consacrée à Saint-Jean Baptiste dans une consigne de la Gare du Nord à Bruxelles et – coup de théâtre – le 25 novembre 1934, un certain Arsène Goedertier, agent de change et sacristain à Wetteren, est pris d’un profond malaise. Avant de tomber dans le coma et de décéder quelques mois plus tard, il murmure quelques mots, avoue être le voleur de l’Agneau mystique, mais ne parvient pas à donner des précisions sur la cachette…

En 1938, nouveau rebondissement dans cette étrange affaire : le ministre de l’instruction Octave Dierckx se voit proposer la restitution du panneau en échange d’une rançon de 500.000 francs belges. Mais le Premier ministre de l’époque, Paul-Henri Spaak, tranche et refuse, expliquant qu’« on n’est quand même pas en Amérique ».

Où est le panneau des Juges intègres ? Nul ne le sait. Il semblerait qu’il soit chez une grande famille gantoise. Il y a 35 ans, celle-ci aurait même contacté la direction de la Kreditbank pour proposer de rendre l’œuvre en échange de 20 millions de francs belges. Le comité de direction de la banque se réunit, hésita, craignit d’être accusé de recel.

Finalement la famille gantoise se ravisa. Mais qui sait… à l’occasion des festivités Van Eyck que la ville de Gand organise l’année prochaine, cette famille rendra-t-elle peut-être le trésor…

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