Les frituristes sur la pub sexiste de Bicky Burger: «C’est trop bête pour être pris au sérieux»

Les frituristes sur la pub sexiste de Bicky Burger: «C’est trop bête pour être pris au sérieux»
Bruno D’Alimonte

La campagne en ligne lancée par le producteur néerlandais Izico pour son produit de friture Bicky suscite une très forte réprobation d’une partie de l’opinion publique, car elle repose sur un visuel pouvant être interprété comme une incitation à la violence faite aux femmes. Le Jury d’éthique publicitaire (JEP) a ainsi déjà reçu des centaines de plaintes contre cette publicité.

Du côté de l’Union nationale des frituristes (Uniafri) contactée par Le Soir, on réprouve aussi cette campagne menée sur les réseaux sociaux et retirée, vu la polémique qu’elle suscite. « Cette campagne, que nous ne cautionnons pas, n’a rien de justifié. Son arrêt est d’ailleurs un aveu de faute de la part de l’annonceur, » déclare Bernard Lefevre, président de l’Unafri. « Elle n’a pas été bien réfléchie, même si toute publicité, même mauvaise, en est une. Ici, soit cela a été fait sciemment pour choquer, soit c’est une blague de mauvais goût. Ce n’est ni la première ni la dernière bête campagne qui voit le jour… »

« C’est traumatisant »

Bernard Lefevre estime que porter plainte auprès du JEP était nécessaire. « Il faut intervenir à temps et dire : ce n’est pas le genre de chose qu’on accepte. Point. Il y a des instances pour intervenir. » Le président de l’Unafri ajoute : « Je peux comprendre que cette campagne choque certaines personnes, singulièrement celles qui vivent ou ont vécu des agressions familiales. Pour ces gens, cette campagne n’est plus une faute, c’est quelque chose de traumatisant. »

► Déjà 300 plaintes au Jury d’Ethique Publicitaire

Toutefois, le président de l’Union nationale des frituristes semble appeler à une certaine retenue dans la réaction à apporter contre la pub pour Bicky. « S’il y a mauvaise intention, le fait d’y attacher de l’importance ne fait qu’accentuer la campagne et obtenir le contraire de ce qu’on veut : que ce genre de message ne soit pas diffusé. Moins on y attache de l’importance, plus vite ça passera. C’est trop bête pour être pris au sérieux. »

« À force de lancer des alertes pour tout et n’importe quoi… »

Bernard Lefevre va plus loin et semble dénoncer de possibles effets pervers du politiquement correct : « À force de lancer des alertes pour tout et n’importe quoi – bien que ceci ne soit pas n’importe quoi – il s’installe un certain ras-le-bol. On ne peut plus manger de sucre et de graisses. L’air est pollué, on ne peut plus respirer. En fait, on ne peut plus rien faire. À force d’avoir trop souvent des réactions sur tout et n’importe quoi, je crains qu’on obtienne l’inverse, c’est-à-dire une non-sensibilité. Cette campagne pour Bicky valait la peine d’être arrêtée. Mais si on pousse trop loin dans la réaction, cela pourrait inciter les gens – tant les fabricants que les consommateurs – à faire du choquant rien que pour marquer le coup. »

Reste à voir si cette publicité nuira au produit. « Ce n’est pas une campagne du meilleur goût mais le produit reste bon. Je ne pense pas que le Bicky va en souffrir. Sauf si l’un ou l’autre frituriste avait la mauvaise idée d’afficher cette publicité sur son lieu de vente. »

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