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Uiko Watanabe sort du placard

Avec « Oshiire », la danseuse et chorégraphe japonaise sera l’un des ovnis du D Festival aux Tanneurs.

Temps de lecture: 3 min

L’« oshiire » est un meuble typique des maisons japonaises, placard en portes coulissantes de papier dans lequel on range les objets encombrants ou les souvenirs d’enfance. Et comme les maisons sont souvent petites au Japon, c’est aussi dans l’oshiire que les enfants aiment se cacher, s’évader. Mais c’est là également, dans cet espace noir et réduit, qu’échouent les enfants punis. Petite, Uiko Watanabe y a donc passé des moments à la fois rêveurs et angoissants. Si sa dernière création s’intitule Oshiire, c’est visiblement pour replonger derrière les parois de papier fin d’une enfance fragile.

C’est l’histoire d’une mère et de son enfant. Une mère divorcée qui a élevé seule sa fille, tout en travaillant, ce qui détonnait dans un Japon traditionaliste. Une mère au caractère bien trempé. « A quatre ans, j’étais plus petite que les autres enfants, et j’avais du retard pour la marche, pour la parole aussi, alors ma mère a décidé de m’inscrire à la danse classique. » Dès lors, devenir danseuse devient un rêve pour la petite même si l’adolescence obscurcit son horizon : « Mon père est parti et je n’avais pas le droit de le voir. En effet, au Japon, lorsque des parents divorcent, la loi stipule qu’ils ne peuvent plus jamais se voir. Je n’ai jamais regretté d’avoir vécu avec ma mère mais durant cette période, j’ai souffert d’anorexie. J’imagine que c’était encore plus dur pour ma mère de voir sa fille, dans un tel état, refuser son aide. A cause de cette maladie, je n’ai pas eu de jeunesse. J’ai souhaité, en partie, récupérer cette période perdue de ma vie sur scène. » Il n’est donc pas anodin que ses premiers spectacles aient accouché d’une trilogie alimentaire La pièce avec les légumes, La pièce avec les gâteaux et La dernière cène.

Avant cela, le rêve de danse d’Uiko est passé par le déracinement : « Au Japon, il est impossible de vivre de son art. Tu dois travailler pour vivre et quand tu pars de chez toi à 6 h du matin et que tu reviens à 1 h du matin, ça laisse peu de temps pour autre chose. » Elle part donc passer des auditions en Europe, vit un temps aux Pays-Bas, déteste ça, tente de conquérir la France mais finit « coincée » entre les deux, en Belgique. Elle y travaille pour de grands chorégraphes mais finit par trouver le monde de la danse contemporaine égocentrique, fermé, déconnecté de la réalité, et se tourne peu à peu vers le théâtre. Séduite par le travail d’Armel Roussel, elle le convainc, en lui écrivant une lettre, de l’engager. Depuis, sa présence étrange, son petit corps de moineau tombé du nid, occupe les plateaux d’Utopia2, comme dans Si demain vous déplaît. Aujourd’hui, elle creuse son sillon entre théâtre et danse. D’ailleurs, dans Oshiire, elle joue en duo avec le comédien Vincent Minne, qui interprétera… sa mère. Façon détournée de régler l’absence du père ?

Les 4 et 5 juin aux Tanneurs, Bruxelles. Dans le cadre du D Festival (aussi au Marni) jusqu’au 13 juin. www.dfestival.be.

Corps étrange(r)

Temps de lecture: 1 min

1975. Naissance à Kanagawa. Uiko commence la danse classique à 4 ans.

1996. Diplômée du Collège d’éducation physique et de danse à Tokyo. Elle part étudier aux Pays-Bas puis danse pour plusieurs chorégraphes de renom : Philippe Decouflé, Fatou Traore, Maria Clara Villa Lobos ou Les Ballets C de la B. En tant que comédienne, elle joue pour Sofie Kokaj et Armel Roussel.

2008. Elle crée son premier spectacle, « La pièce avec les légumes ». Suivront « La pièce avec les gâteaux », « La dernière cène », « Hako Onna/Femme boîte ».

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