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Carte blanche: l’Espagne, comme toute démocratie, doit avoir le droit de se défendre

Le nationalisme catalan a injustement terni l’image et la réputation de l’Espagne. Qui reste une démocratie ouverte et inclusive, obligée de se défendre contre les outrances et les mensonges des leaders indépendantistes.

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

Juan Claudio de Ramón.
Juan Claudio de Ramón. - D.R.

L’une des expériences les plus amères pour un citoyen espagnol ces dernières années a été de voir comment la réputation démocratique de l’Espagne était remise en question lors de la crise provoquée par le nationalisme catalan en octobre 2017. Une crise qui est, par ailleurs, la plus inutile d’Occident, et dont les seules responsables sont certaines élites indépendantistes frivoles et vaniteuses qui ont fait semblant de croire, comme il est malheureusement courant dans ces temps de dialectique populiste, que sa volonté était Loi. Elles ont cru qu’elles pouvaient agir non seulement en dehors de l’ensemble de la citoyenneté espagnole, mais aussi en ignorant la moitié des citoyens catalans qui ne partagent pas leur projet de se séparer de l’Espagne.

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Rappelons-nous, au bénéfice du lecteur belge, certains faits qui sont nécessaires pour se former une opinion sans idées préconçues. La Constitution de 1978 a fait de l’Espagne un Etat social et démocratique de Droit. Cette Constitution fut approuvée en référendum par un 90,5 % des Catalans en âge de voter qui se sont exprimés dans les urnes (avec une participation de 68 %, légèrement au-dessus de la moyenne espagnole). Deux des sept juristes qui ont rédigé cette Constitution étaient des Catalans. La Catalogne a voté lors de 50 différentes élections depuis 1975. Elle a envoyé plus de députés au Parlement espagnol que la région de Madrid. Il y a eu plus de 70 ministres catalans depuis 1918. En ce moment, les deux présidents des deux chambres parlementaires en Espagne – Congrès de députés et Sénat — sont catalans.

Sentiment de double identité

La Constitution a dessiné un Etat décentralisé, avec une large autonomie pour ces « régions et nationalités historiques ». Grâce à cela, la Catalogne bénéficie d’un très haut degré d’autonomie politique dans des domaines comme la santé et l’éducation. Avec le Pays basque, c’est la seule communauté autonome à avoir son propre corps de police. Tous les gouvernements espagnols, aussi bien de droite que de gauche, ont élargi, grâce au dialogue avec les partis catalans, le degré d’autonomie gouvernementale dans le cadre constitutionnel. Grâce à tout cela, la Catalogne est aujourd’hui l’une des régions le plus prospères de l’Europe. Deux exemples : l’Etat espagnol a soutenu et financé la candidature réussie de Barcelone pour célébrer les Jeux Olympiques ; et la Catalogne est aujourd’hui la seule communauté autonome qui voit ses quatre capitales de province faire partie du réseau de grande vitesse ferroviaire.

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Tout au long de son histoire, un sentiment de double identité a prévalu en Catalogne : une identité catalane et espagnole à la fois. Le nationalisme catalan a toujours essayé de réduire les liens d’appartenance à l’Espagne à travers des campagnes de manipulation étouffantes, en utilisant aussi l’intimidation. Ces derniers temps, les deux fausses plaintes les plus mentionnées sont le supposé mauvais traitement de la langue ainsi que de l’économie catalane. Aucune des deux accusations n’est confirmée par les faits. L’Espagne est l’un des pays signataires de la Charte européenne des Langues régionales et minoritaires ; la Constitution défend et protège la langue catalane. Il n’y a jamais eu autant de catalanophones qu’aujourd’hui. En ce moment, dans l’école publique en Catalogne, le catalan est la seule langue de scolarisation. En ce qui concerne l’économie, ce n’est pas vrai que la Catalogne apporte une contribution anormale au fisc espagnol ni qu’elle souffre d’un déficit d’infrastructures. Malgré cela, l’indépendantisme catalan n’a pas hésité à utiliser des slogans démagogiques dans sa campagne, tels que « L’Espagne nous vole » ou « L’Espagne subventionnée vit grâce à la Catalogne productive ». Ils sont allés jusqu’à montrer des affiches avec des enfants en haillons, censés venir du sud de l’Espagne, en disant qu’ils vivent des impôts des classes moyennes en Catalogne.

Simulacre de référendum

L’histoire de la Catalogne en Espagne est l’histoire d’une réussite qui commence à tourner mal quand, sous la direction de Carles Puigdemont, elle déclenche une course illégale vers l’indépendance contre plus de la moitié de la société. Cette rupture se consomma les 6 et le 7 septembre 2017 quand, lors d’une session qui ne peut se qualifier que de coup parlementaire, l’indépendantisme, sans avoir la majorité de deux tiers nécessaire, a abrogé son propre Statut d’Autonomie de la Catalogne, en approuvant, en dépit de la Constitution, les lois de la nouvelle République.

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La suite est connue par tous. La Cour constitutionnelle espagnole a suspendu ces lois. La raison de principe est simple : la souveraineté appartient à l’ensemble du peuple espagnol. Personne n’est propriétaire seulement d’une partie du pays, et personne ne peut fragmenter le bien commun pour enlever une partie de ce tout. Malgré cela, le gouvernement catalan a poursuivi sa course, en organisant, contre le mandat judiciaire, le simulacre de référendum du 1er octobre. Devant l’inaction de la Generalitat pour empêcher sa tenue, la police espagnole a été obligée d’agir sous le mandat d’un juge – et non du gouvernement — dans des circonstances très difficiles, pour assurer le respect de la loi. Cela a été une journée très difficile. Mais elle s’est achevée avec seulement trois personnes à l’hôpital. Le chiffre de presque 900 blessés qui a été mentionné est un pur produit de la propagande de la Generalitat. Beaucoup d’images qui circulent sur cette journée sont fausses.

Pas de prisonniers politiques

La décision judiciaire qui a été annoncée récemment est le résultat de ces événements. Dans sa tentative de s’attirer de la sympathie envers sa cause, le nationalisme catalan accorde aux condamnés la condition de prisonniers politiques. C’est faux. Aucun homme ou femme politique n’a été jugé pour ses idées. Tous les jours, les leaders indépendantistes s’expriment librement dans les médias. Même le président Torra, le successeur de Puigdemont, est l’auteur de dizaines d’articles xénophobes contre les Espagnols. Par contre, la condamnation judiciaire est due à la perpétration de délits qui sont codifiés dans la loi espagnole et qui existent, sous le même ou sous d’autres noms, dans la législation des plus grandes démocraties. Aucune organisation de défense des droits de l’homme (comme Amnesty International ou Human Rights Watch) ne considère que ces personnes sont des prisonniers politiques ou prisonniers de conscience.

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Une démocratie qui a peur d’appliquer son Code pénal ne serait pas capable de survivre. L’Espagne est une démocratie dotée des instruments appropriés, légaux et de garantie des droits, pour assurer le respect de la loi, pour favoriser le dialogue dans la légalité, pour surmonter cette crise, et pour continuer à être, pour l’Europe et pour le monde, un exemple de société ouverte et inclusive, une société unie dans sa diversité.

 

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16 Commentaires

  • Posté par cobbaert jean, vendredi 3 janvier 2020, 22:21

    La justice espagnole ne respecte pas les droits des catalans. Punir de 13 ans de prison une personne pôur ses opinions politiques et parce qu'il a organisé un référendum est scandaleux. De même privé quelqu'un de ses droits de député européen alors qu'il a été élu est digne d'une dictature. Heureusement que la justice européenne est là pour rappeler le droit aux juges espagnols!!! La Cour suprême espagnole est partiale et est encore dans l'esprit de la dictature franquiste

  • Posté par Xavier Rivera, dimanche 20 octobre 2019, 18:16

    Magnifique article!

  • Posté par Dechamps Pascal , vendredi 18 octobre 2019, 19:01

    Même fédéralisés les Etats de tradition centralisatrice sont culturellement incapables d'imaginer une division unilatérale par un état fédéré. Pourtant, le fédéralisme est la matérialisation même de la capacité d'une entité de connaitre un traitement différencié, voire de choisir de se séparer. Quant à la mise en doute du caractère démocratique de la décision de séparation, cela revient à considérer que le système électoral espagnol n'est pas démocratique car les indépendantiste avait une majorité élue nette en siège. Or précisément, l'auteur de l'article considère qu'il l'est. C'est une contradictio in terminis. Enfin,les indépendantistes catalans ne sont assurément pas sympathiques, mais vouloir faire croire que l'on peut résoudre un problème politique (50% de la population catalane quand-même) au moyen unique du Code pénal est un extraordinaire aveu de faiblesse.

  • Posté par Charlier Albert, vendredi 18 octobre 2019, 11:24

    Pourquoi l'Espagne ne pourrait-elle pas tout simplement accepter un référendum, comme en Ecosse? Et puis en accepter le verdict. Car si une majorité de Catalans veulent l'indépendance ou même plus d'autonomie, cela ne mène à rien de s'opposer à une majorité populaire, quelles qu'en soient ses raisons. C'est comme dans un couple: si un des partenaires veut absolument divorcer, il ne sert à rien de vouloir maintenir le couple unis à tout prix.

  • Posté par Vaes Xavier, jeudi 17 octobre 2019, 17:21

    Cher Monsieur de Ramon, je vous invite à lire l article publié ce mardi dans Libération par le correspondant de ce journal à Bruxelle. Il explique clairement combien la justice espagnole est politisée et loin d être un modele de séparations des pouvoirs. La question territoriale est très complexe.. Elle ne se résoudra, comme dans de nombreux pays, que par le dialogue; dialogue que l état central désire évacuer sous prétexte qu'il est un état "democratique"...

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